Souvent relégués au fond de top 10 d’artistes à suivre parrainés par des marques de téléphone, ils luttent contre 60 ans d’histoire pour se faire une place dans le cœur d’auditeurs qui croient avoir tout entendu. Eux, ce sont les musiciens d’aujourd’hui, anonymes et fauchés. Aujourd’hui, Oi Boys, un duo de Metz, qui comme son l’indique, fait de la K-Pop. Ça va, on déconne.

Bon, en réalité, Oi Boys ne fait pas de K-Pop. Ni de la oi! d’ailleurs. En fait en Lorraine, « oi », « c’est une sorte de mot fourre-tout qui représente un peu le désordre et la destruction » explique Bat. Même s’il y a une influence dans le chant, « ça me fait un peu marrer cette différence entre le nom du groupe et la musique, peut-être parce que j’ai l’impression qu’il y a quand même pas mal de personnes de la scène punk-rock, oi! ou anarcho qui ont du mal à se détacher de certains codes tout en se disant anticonformistes », continue celui qui s’occupe dans le groupe de faire sonner des synthés de mauvaise qualité. Val, l’autre moitié de Oi Boys, est à la guitare baryton. Et ensemble, les deux Messins, qui ont formé le groupe pour jouer dans la rue afin de se payer un voyage à Berlin, viennent de sortir leur premier album éponyme où se mêlent des chansons « d’amour un peu tristes. On est entre synth-punk et la chanson syntho-depresso-française ». Le topo est fait.

Coincé entre la figure locale (Noir Boy George) et les formations dont ils se sentent proches (Syndrome 81, Zone infinie, Utopie, Litovsk, etc.), Oi Boys débarque sans brouiller les pistes mais sans vous donner les clefs pour les comprendre. Sa musique sent bon la 8.6 que l’on boit dans les ruelles sombres et tristes de Metz et ses alentours, sorte de désespoir mélodique craché à la gueule des quidams avec autant d’hostilité que peut engranger en lui un être humain normalement constitué. Les sonorités, froides, métalliques, proches de l’industrielle à certains moments, ajoutent une couche bien épaisse de raideur à ce disque. Vous pouvez essayer de gratter, rien à faire : « Oi Boys », c’est un peu un énorme mollard, bien vénère, expulsé en plein visage avec toute la rancœur du monde. Ça fait splashhh, c’est sale, c’est un tacle à la carotide mais putain, c’est tellement jouissif.

Le duo attaque l’album sur des bases solides, sans prendre de répit, jusqu’à Sur La Place, le seul titre clippé à l’arrache avec des potes assez fous pour se faire tatouer les paroles de la chanson. L’atmosphère, brutale au début, devient petit à petit plus nébuleuse, avec des morceaux où de l’espace est donné aux compositions, et où les moments de « silence » renforcent le climat hostile (Mon dernier dieu), comme pour laisser planer une ambiance grisâtre, martiale, morne et totalement désenchantée. Si Dernière Tournée revient te coller une petite torgnole pour te remettre les idées en place, Oi Boys fait ensuite un virage à 432 degrés pour laisser planer un faux calme ambiant (Les Réverbères, Jack Palance et le magnifique Mourir Accompagné de Rien, qui aurait facilement pu venir clôturer « Metz Noire » de Nafi). L’album vient de vous tomber sur un coin de la gueule, et rien n’a pu être fait pour éviter l’inévitable. Envie d’hurler ? Laissez-les faire.

On peut essayer de les cataloguer (Cold-wave ? Synth-punk ? Punk ? Post punk ?), mais au final, pourquoi se faire chier à enfermer Oi Boys dans une boîte ? Les Messins chantent ici l’amertume de la vie à cœur ouvert : le temps qui passe, les potes « qui continuent à se défoncer sévèrement et qui se mettent à traîner avec des plus jeunes pour finir par tituber dans ton ancien village, habillés en militaire », les mauvais vins ou encore l’abandon. Des thèmes aussi glauques que la région dont ils sont originaires, mais qui sont depuis longtemps une source d’inspiration musicale capable de rendre beau les bassesses de ce monde. Et l’album de Oi Boys le prouve une fois de plus.

L’album de Oi Boys s’écoute juste ici. Il sort en co-production avec Amour entre Chien et Loup, Hidden Bay Records, Dans Le Vide, Kanal Hysterik, Les Disques de la Face Cachée et Maloka.

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