Houston, United States of America. Un jeune texan regarde par la fenêtre et contemple l’horizon, ses vaches maigres et le pipeline qui fuit.

Houston, United States of America. Un jeune texan regarde par la fenêtre et contemple l’horizon, ses vaches maigres et le pipeline qui fuit. L’air un peu las il cède enfin, concédant quelques mots à son épouse fraichement liftée :

– «Tout est fini, chéri Darling.
– Que se passe-t-il, John, tes résultats d’analyse ne sont pas bons ?
– Oh non, tout va bien, merci, mon cancer de l’œil est endigué… Ce que je dois te dire est bien pire…
– But what’s goin on John ? Tu m’inquiètes là…
– Je viens de voir le….C’est terrible…
– MAIS PUTAIN JOHN TU VAS CRACHER LE MORCEAU ?
– … le classement Pitchfork des meilleurs titres de 2008 vient de tomber
(John se resservit une rasade de whisky pour faire passer la douleur)
– Et ?
– Bah c’est vraiment de la merde.

***

Il n’était pas dit que l’année 2008 ne se finirait pas sur une touche d’optimisme. Coincé entre une boite d’aspro et deux guirlandes, j’avais pris pour pari d’écouter tout ce que j’avais raté durant l’année. Fort de ma réputation légendaire de « mec cool à l’écoute de ce tout ce qui couine mais légèrement braqué sur ses positions de connard de droite qui dézingue tout ce qui marche à la radio », j’avais décidé, l’espace d’une journée d’écouter tout ce que j’avais laissé sous cellophane durant douze mois.

Hiver, résolutions, espoir, y’aurait bien une lumière au bout de ma guirlande (sic).

Ce fut d’abord quelques blogs et leurs top 100, notamment celui de Sous les pavés la plage, qui bien que contenant certains points de dissension (Hot Chip en première position ?) m’avait au point permis de découvrir quelques newbies (Holy Fuck, de l’expérimental canadien de haut vol).
Faut dire que j’ai jamais trouvé rien à redire à ce que des gens fassent leur best-of de l’année (les mixtapes de Rob Gordon, High Fidelity, sont un parfait exemple de névrose contenue), il y a toujours une pointe de romantisme solitaire à se prêter à l’exercice des « 100 meilleures chansons commençant par la lettre Z» ou les «dix plus belles ballades au piano commençant par un do majeur». Le réel problème, comme dans tout ce qui touche au romantisme, c’est lorsqu’on commence à trop se prendre au sérieux. Coincé en haut à gauche de la fenêtre de mon écran, un message vibrait comme un « viens par ici petite, j’ai une grosse sucette pour toi. Au début un frisson a parcouru mon échine, et puis finalement… j’ai cliqué :

« Le site Pitchfork a sorti son Top 100 des meilleures chansons de l’année. Et aussi son Top 50 albums. »

Forcément, pour les novices, je rappellerai juste que Pitchfork est depuis plusieurs années la bible du barbu mondial, le temple de l’indie-rock accessible à tous (mais seulement en anglais) sur lequel se recueillent tous les rédacteurs en chef du monde entier pour flairer la tendance. En creusant un peu, on pourrait également retrouver des groupes ayant joui sur place en découvrant leur nom sur le site, affublé d’un 6,7/10 (la moyenne de notation des albums, NDR) par l’un des nerds en chemise à carreaux terré derrière son écran à Chicago (le centre de commandement des nouveaux maitres du monde de Pitchfork, NDR). Plus précisément, histoire que vous me détestiez encore un peu plus, petit panel par catégorie des artistes que vous pourrez entendre si votre délire du moment consiste à vous faire agrafer les testicules par des naines hémophiles à demi-édentées :

– Des tubes au tubas joués sous l’eau par des hippocampes asthmatiques : Time to prétend de MGMT, L.E.S. Artistes par Santogold, Street flash par Animal collective (mais putain qu’est ce que c’est chiant…)

– Des pastiches de Bryan Ferry période costumes satinés et synthés Korg : Kim & Jessie de M83, Things are gonna be easier par Low motion Disco.

– Le merveilleux retour de l’Electro-dance des années 90 qu’on pensait enterré à jamais: Don’t stop the music par Rihanna, Sound of Kudero par Buraka Som Sistema, Paris (featuring Au Revoir Simone) (Aeroplane Remix) par Friendly Fires

– Le clin d’œil altermondialiste pour les gens qui n’ont pas d’argent (mais qui ont quand même trouvé un synthé): Sabali d’Amadou et Mariam.

– Les « ah mais oui j’y avais pas pensé pourtant j’ai vu leur gueule toute l’année sur toutes les couv’ presse et pourtant j’ai pas écouté leur album » : Crystal Castles, Hercules and love affair, Esthelle, Cut Copy.

– Les bonnes surprises qu’on est presque surpris que Pitchfork les ai remarqué (okay, là je vais un peu loin) : Shake that devil par Anthony Hegarty, Where do you run to par Vivian Girls, The snow leopart par Shearwater.

– Et parce que Pitchfork est un média « indépendant », ne vous étonnez pas de trouver une tripotée d’artistes nominés plusieurs fois dans le classement : Crystal Castles, Cut Copy, Fleet foxés, Tv on the Radio, Vampire Weekend, etc…

Générer du flux avec des best-of, c’est comme spéculer sur le krach ou faire du pognon sur vos économies ; c’est de bonne guerre. Le problème fondamental n’est même pas dans le choix des artistes, sujet de polémique qu’on pourrait tout aussi bien retrouver dans la sélection des Inrocks (Je vous vois rire d’ici…on ne tire pas sur une ambulance, question de principes) ou même chez Gonzaï si on avait pris le temps de faire un top ranking. Vous serez toujours confronté à un Raymond de Nancy, un Ray du Mississipi ou un Bester de Paris pour vous rappeler qu’ «il manque le titre que vous aimez bien et ke c pas normal que le groupe machin qui a vendu 400 copies de son dernier album ne soit pas dans la liste». Ce sentiment d’injustice (tiens, au fait, Justice est aussi dans leur top 100, aux barbus de Chicago) nous l’avons tous ressenti avec les doigts crispés sur un journal aux moment des bilans de fin d’année.

Le véritable souci c’est plutôt la prescription. Vous aurez beau concocter toutes les listes du monde, y mettre Principles of Geometry, Married Monk, Turzi, Poni Hoax, The Brian Jonestown Massacre, Bertrand Burgalat ou Jeremy Jay (pour vous donner une indication de mon best-of 2008…) vous serez toujours moins entendu que les barbus boiteux de Chicago ou ceux à chemises repassées de la rue de Rivoli. Est-ce si grave, finalement, de ne pas être entendu, lorsqu’on a bien écouté ?

La bonne nouvelle, c’est que les gatekeepers du siècle dernier, ceux qui vous forçaient à acheter des albums cultes décevants (pour moi ce fut Paris 1919 ou ceux de Todd Rundgren, chacun sa croix subjective) et des nouveautés blasantes sont presque tous morts. La fameuse mode des prescripteurs qui faisait vendre des camions d’albums (A quand remonte le dernier album vendu à 15.000 ex grâce aux Inrocks de Rivoli ?) est finie.

Bien sur on vous répondra que l’entrée dans le digital, le mp3, les torrents, Myspace ont semé le chaos. C’est une énorme connerie. Power to the people, voilà ce qu’aura ramené l’ère du numérique. Le diktat du bon gout, l’élitisme ras la moquette et 100 pistes pour résumer une année, c’est aussi pitoyable que de confondre prescription et prescripteur. Dans le premier cas c’est une ordonnance, et dans le deuxième… c’est un donneur d’ordre.

Bonne année 2009 (et surtout n’oubliez pas que je vous emmerde.)

Illustration: Terreur graphique

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