Toute sa vie, Jean d’Ormesson a craint de mourir le mauvais jour, éclipsé par le décès d’une autre célébrité. C’est finalement Johnny qui l’a tué. Quant à Pierre Péan, c’est finalement la canicule qui aura eu raison de lui ; il est mort le jeudi 25 juillet, jour le plus chaud de l’année.

Physiquement, c’était une touffe de cheveux mal peignés. Pour le reste, c’est l’œuvre d’une vie : plus de quarante livres au total dont certains doivent, on l’espère, servir de manuel d’apprentissage aux étudiants d’écoles de journalisme. Pierre Péan, 81 ans, s’est éteint. Et avec lui une certaine conception du journalisme et d’un temps long, définitivement plus adapté à Twitter. Dépassé par les méthodes court-termistes de Mediapart, dinosaure d’un temps où l’on pouvait éclairer les parts d’ombre de la vérité grâce à un livre (Une jeunesse française : François Mitterrand révèlera les derniers secrets du Monarque, et pas les plus reluisants), il préférait aller à son rythme, soit cahin caha, un livre par an, dont certains ont fait date (Le Pen, une histoire française, récit sans concession du patriarche breton, de son enfance à son entrée sur le ring politique).

Mort dans une quasi indifférence estivale, exception faite de quelques publications éparses, il laisse derrière lui une méthode (l’enquête étayée par plusieurs mois de recherches discrètes) et assez de preuves pour ceux qui chercheraient encore une alternative à la presse d’accusation. Penser à relire TF1, un pouvoir ou encore Chirac, l’inconnu de l’Elysée, puis comparer avec le flot de mini-scandales en moins de 300 caractères qui dévalent tous les jours sur les réseaux sociaux. Non, Pierre Péan n’était définitivement plus en phase avec l’époque, et cela rend son œil tranchant mais jamais juge encore plus précieux.

Résultat de recherche d'images pour ""pierre pean""Voilà quelques années, nous nous étions aventurés à le contacter pour une demande d’interview. A force de SMS, il avait fini par décrocher, fixant même une date après s’être fendu d’un « elle est étonnante votre revue, ça me rappelle Actuel [où il avait travaillé, Ndr]… mais je ne sais pas ce que j’aurais à vous raconter ». L’aventure s’était finalement arrêté là, après que Péan ait décommandé notre rendez-vous. Un détail nous avait néanmoins frappé ; il vivait en banlieue, avenue François Mitterrand. Un ultime coin d’œil à l’histoire, bien française, de cet homme au dessus des partis-pris. Aux dernières nouvelles, Denis Robert dirige toujours la rédaction du Media, organe indépendant crée par La France Insoumise.

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