Encore une nuit noire pour une nuit blanche. Il n'y a rien à faire. La solitude me perce, me pénètre, me ronge le cortex. Je ne suis pas seul chez moi -il y plane des ombres et des s

Encore une nuit noire pour une nuit blanche. Il n’y a rien à faire. La solitude me perce, me pénètre, me ronge le cortex. Je ne suis pas seul chez moi -il y plane des ombres et des spectres envahissant qui me suivent. Pour oublier mes histoires d’amours, je regarde celles des autres  – ça m’occupe – : la redif’ sur canal du septième épisode de la saison 2 de skins. Ces teenagers de Bristol m’ennuient ; j’échange l’intégralité de la série Skins contre un poème de Percy Shelley :

« Oublieras-tu les heures heureuses que nous ensevelissions dans les doux berceaux et des feuilles en guise de terre ! Fleurs qui étaient les joies évanouies et feuilles, les espérances qui restent encore. Oublier les morts, le passé ? oh ! il y a pourtant des spectres qui peuvent se venger de cet oubli ! Souvenirs, qui font du cœur une tombe, regrets qui glissent à travers le crépuscule de l’esprit, et dont les chuchotements de spectres disent que la joie une fois perdue est douleur. » Le passé

Rien que de retranscrire ces quelques lignes, j’en transpire.

Percy Shelley était membre de la confrérie très secrète des trois mousquetaires du Romantisme anglais (Byron, Keats & Shelley). Par sa poésie et les thèmes qu’il aborda, on le comparait facilement à Byron. Pourtant, ces deux poètes avaient bien distinctement une personnalité différente. Shelley était plus sincère que Byron, et du Don juan il réfutait tout, et prônait l’ascétisme et la monogamie aux plumes.

Si Juan passe, croise le chemin de sa future conquête. Il la séduira, il se montrera charmant, distant et envahissant à la fois, tout en restant courtois. Elle lui offrira ses lèvres. Puis, en fin d’après midi, ils feront l’amour à cette heure exquise, où la lumière du jour se teinte de roses et d’oranges, où les stores vénitiens entrouvert habillent les corps d’ombres et lumières… au beau milieu de la nuit Don Juan disparaitra tel un fantôme. La fenêtre est ouverte, et seule la nuit entendit les pleurs de Mme Muir mêlés aux rires de Don juan.

Shelley, lui, est incapable de prendre les femmes pour des lubies que l’on oublie dès le lendemain. Son coeur est pur et fragile. Tourmenté du besoin de croire et d’aimer, il hait et nie; partisan du tout sceptique et de la liberté, toujours critique mais jamais blasphémateur, athée et pourtant frappé par la transcendance spirituelle tel  Saint-Antoine de Padoue.

Dès son plus jeune âge, Shelley comprit qu’il était différent, qui il était et accepta son devenir. Moqué par sa beauté fémininement virile et sa santé fragile, livré à lui-même, sans guides et sans amis, il découvrait son chemin foulé par d’autres, qui, comme lui, portaient avec passion une camisole de flammes. Alma Venus Genitrix ! Lucrèce lui fit offrande de l’héritage de la Grèce, et de la tragédie antique, Pyrrhon lui loua son stoïcisme, Dante lui apprit le lyrisme, Luther le verbe.

Il brûle, il brûle, il brûle ! et explose sa première gerbe d’or à 16 ans dans  »Zastrozzi ». Sa vie est tracée, épaulé par ces maîtres (ceux que je viens de citer) il poursuit contre vents et marées son œuvre et fend la foule afin d’y réveiller une personne : toi ! Comme tout grand poète qui se doit (Dante, Byron, Ezra Pound, Pasolini…pour n’en citer que quelques un) sa vie ne fût pas un long fleuve tranquille. Engagé en politique, il défend ses idées libertaires  au court de meetings parcourant tout le Royaume-Unis et dans ses écrits. En même temps il engrossa ses deux amoureuses. De la part d’un  »monogame », ce détail m’amuse beaucoup.

Critiqué pour ses idées libertaires et sa vie « so british poetry » il quitta son pays en 1818, pour s’installer en Italie ; avec des amis comme Keats et Byron, eux aussi charmés par l’Italie, la vie est plus agréable. À partir de cet instant, il ne lui reste plus beaucoup de temps. Orphée sera italienne. Proserpine lui donnera l’ultime baiser au large de La Spezia, avec la complicité de Neptune qui agitera les flots, de sorte que l’embarcation cède et s’engouffre  »nel golfo dei poeti ».

Le 8 juillet 1822, à l’aube de ces trente ans, dans l’épaisse nuit noire, dans un Mare Nostrum agité, l’eau vint éteindre l’ardeur d’un mousquetaire.

À Dieu cher poète ! Qui ne craint plus les autres, ni l’eau… Le bûcher sur  une plage de Viareggio en ultime défit et hommage à la vie. Te voilà devenu poussières. Depuis tes poèmes conservent et conserveront le feu qui les habille. Des cœurs innocents te découvrent et t’écoutent… ou plutôt, tu nous rassures de nous écouter nous-même. Persistons, dans ce que nous sommes et ce qui nous attend. À cheval sur notre instinct au défi du destin, nous ne nous laissons pas englober. Tu as réussi à vivre en passant par là, comme tant d’autres avant toi. Alors, pourquoi n’y arriverais-je pas ?… À jouer avec cette poussière.

2 commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*
*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.