Olivier Mosset, dit « Momosse », a la barbe aussi longue que sa carrière. Artiste plasticien réputé dans le monde de la peinture abstraite d’après-guerre, il fut aussi un activiste de mai 68 ayant trempé les lèvres dans la contre-culture, le rock et l’huile de vidange de plusieurs bécanes. Avec Michael Memmi, ex-bassiste du groupe de punk culte des Frenchies, il a accepté de tailler la bavette pour Gonzaï par téléphone. Lui depuis Tucson (Arizona), Michael depuis le Viet-Nam, où le rockeur coule des jours heureux, à plus de 70 ans.

Michael Memmi : On s’est connu juste après 68. Moi j’avais 19 ans et toi 25 ans. Nous avions les cheveux longs et des bottes de cowboy. Toi et tes amis avaient en tête un festival de rock sur les falaises de Cassis. Tu avais imaginé recouvrir l’herbe où se tiendrait le public d’une couche de ces nouvelles résines synthétiques utilisées par certains artistes. Cela aurait permis d’imprimer des œuvres surement conceptuelles sur lesquelles on aurait danse et même camper…  Tu m’as engagé car j’avais déjà organisé les premiers concerts interdits sauvages sur des camions avec groupes électrogènes et gros matériel de musique. Bref, comment a tu découvert la musique rock ? Quels musiciens t’y ont amené  ?

Olivier Mosset :  Je ne me souviens plus exactement comment on s’est rencontré.  Ce que tu dis doit être exact.  J’avais reçu un coup de fil de Michael Lang (l’homme derrière Woodstock, je me demande d’ailleurs comment il avait eu mon numéro). Il voulait faire un festival en France.  Il y avait une agence de com impliquée, et on était allé voir cet endroit. La musique rock ? Bon, je suppose que pour ma génération on ne pouvait pas échapper aux Beatles ou aux Rolling Stones  (je me souviens de ma sœur revenant d’Angleterre disant « les Beatles c’est fini, maintenant ce sont les Rolling Stones »). En plus, Paul McCartney était à notre première expo avec Buren Parmentier Toroni (une Groupe de peintres conceptuels, Ndr). En ce qui concerne la France, en 63 il y avait eu ce concert à la Nation qui avait fini en bagarre. En 63 j’étais à Paris, mais j’étais trop snob pour aller écouter les yéyés, j’écoutais Stockhausen. Ensuite après avoir rencontré Barney Wilen (Saxophoniste de jazz américain de Be Bop et de free jazz, Ndr), j’écoutais du jazz.  Mais après avoir rencontré Pierre Clémenti, Jean-Pierre Kalfon, j’ai dû m’intéresser à autre chose et Caroline ( Caroline De Berden, la « Marianne de Mai 68 », cette photo de Rey étant devenue icône) avait des disques les Beach Boys, Cream etc.  Et même avant, la première fois que je suis allé à New York, je suis allé à un concert du Velvet Undergound. On était allé à l’île de Wight avec Valérie (Lagrange, actrice- musicienne.)  Je me souviens aussi de ce concert à la porte de Versailles où tu étais monté sur scène et après, d’être allé au Georges V avec toi qui allait voir Mick Jagger. Et puis oui, il y a eu les Baba Scholae. On avait aussi fait une soirée Rockabilly en Banlieue. Et oui, il y a eu ce concert du 14 juillet (en principe interdit) avec vous (Référence a l’attaque d’un concert des Stones où Memmi était invité a assister gratuitement après réponse ambiguë de Jagger, Ndr)

Qu'est-ce que voir ? Entretien avec Olivier Mosset] | Alain Coulange

On s’est revu a New York. Je me souviens de Viva et de Nico. Tu étais proche de la Factory et la bande à Warhol … Qu’y faisais-tu ? Tu avais été assistant d’Armand et Niki de Saint Phalle ? Je voulais te parler de rock mais si tu as envie de me parler de ta peinture…

Olivier Mosset : Oui, j’ai été ami de Viva et de Nico, de passage à Paris. La Factory ? Il ne faut rien exagérer : j’y suis passé, c’est tout. Mais j’avais vu Andy à Paris. J’ai plutôt travaillé pour Jean Tinguely, Niki et Daniel Spoerri (et Arman, une fois, en effet). Parler de peinture?  Au fond, après les échecs de 68 et les suites de 68 (en tout cas politiquement, culturellement ça se discute), il ne me restait plus qu’à peindre. « Être absolument moderne » comme disait Rimbaud, sauf qu’il aurait fallu, je suppose, être post-moderne.

Le premier de tes ateliers que j’ai connu était rue de Lappe, vers Bastille (à Paris, Ndr), et tu avais prêté une annexe du rez-de-chaussée aux motards Marx et David dit le Chinois. Moi-même, j’avais répété dans la cave et nous y avions préparé un concert sauvage 14 juillet. D’où vient ton amour pour les motos ? Et quand as-tu eu la tienne ? 

Olivier Mosset : La rue de Lappe, il y a un petit livre de Bernard Cousin, qui en fait est un catalogue pour sa fille qui est artiste, mais qui est aussi un échange de lettres avec Marx et avec moi. On parle de la rue de Lappe et je recopie plus ou moins : il y a eu plusieurs étapes dans la rue de Lappe. La première autour de Marx et de ses amis et moi qui arrive à la moto par le gauchisme et cette 750 que j’achète au petit David…  Ensuite une deuxième, un peu plus lumpen. Laurent, Philippe, Vicky, autour de Triumph et d’Harley. Willy change sa Norton pour une Harley, comme David sa BMW. Ensuite il y a eu la rencontre avec Malakoff (une vraie bande de banlieue) et avec les Anges de Crimée (des sérieux).  Ensuite on a perdu la rue de Lappe. Sylvina (Sylvina Boissonas, riche héritière militante et philanthrope, Ndr). s’occupait des Editions des Femmes. Nous on a continué à se voir dans un bar rue Sedaine (chez Jean) et on est devenu « Bastille » puis on a eu un local (pas trop longtemps) boulevard de la Chapelle et ensuite un autre (enfin moi, j’étais parti à New York) rue de l’Ourcq (Malak, Crimée + Bastille) qui est par la suite devenu le QG des Hells Angels France. En Arizona j’ai un Pan/Shovel (special construction) et cette 750 en chopper. Il y a un livre Wheels qui parle de toutes les motos et voitures que j’ai eues.  Là j’ai un El Camino et une Galaxie de 64.  A part ça, je deviens un peu vieux pour tout ça. Enfin, j’ai quand même traversé les Etats-Unis avec un pan…

Très tôt, tu as aidé des cinéastes indépendants qui débutaient (Philippe Garrel étant le plus connu ) mais aussi des groupes de rock . De Jean-Pierre Kalfon à Baba Scholae, Didier Léon quand je t’ai connu à tes groupes texans d’Austin je crois… Quelle est aujourd’hui ta musique préférée ? En écoutes-tu en travaillant ?

Olivier Mosset : Oui, on a fait ça, avec les Productions Zanzibar (et l’argent de Sylvina). Ici, je suis ami avec Al Perry et d’autres, Al Fall, plutôt country ou désert rock, ils appellent ça. On avait organisé une tournée en France « le Cactus Tour » (« New york has night life, LA has Hollywood, we got cactus ») avec les ex Little Rabbits de Nantes et on a fait un disque « Christmas in Tucson » (et il y a eu un concert à New York « Christmas in Tucson in June in New York »). J’ai aussi produit un film, T.S.O.Y.W., une idée de Jean Genet avec les souffrances du jeune Werther… mais la femme dont il est amoureux est remplacée par une moto…

Chez Olivier Mosset, au milieu des cactus - Le Temps

Ensemble nous avions traverse Alphabet City à New York et passé des nuits au CBGB… Willy DeVille, Les Ramones, Johnny Thunders qui me demanda de remplacer Sid Vicious.. Tu as longtemps vécu au cœur du village dans des lofs vastes mais spartiates. Quelle scène musicale t’avait alors marqué, et pourquoi ?

Olivier Mosset : C’est comme tu dis. Il y a un film Downtown 81, où je passe en moto, qui dit un peu comme c’était.

Tu vis en Arizona maintenant . Tu étais pote avec Denis Hopper, Francois Dumesnil très riche héritier qui te promenait dans son petit avion. Cela devait être assez rock and roll. Veux-tu évoquer ces souvenirs et si vis dans le même décor easyrideresque ?

Olivier Mosset : Dennis Hopper, je l’ai croisé (il exposait dans la même galerie que moi, Shafrazi), mais on n’était pas amis.  François De Menil,  je lui avait acheté un Sporster.  Et oui, ici, on a des cactus.

Avant de nous accolader virilement et fraternellement, comment vis-tu ce virus et l’après Trump ?

Olivier Mosset : Je suis impressionné que tu sois au Vietnam, parce que toutes ces affaires de 68, c’est quand même à cause du Viet-Nam que ça a commencé !

Plus d’infos sur Olivier Mosset ici.

Daily Lazy: Olivier Mosset at Massimo De Carlo / Milano

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