Était-ce la peur de manquer quelque chose (syndrome FOMO) ou bien seulement l’engouement pour une telle exposition dans le temple de la musique ? Toujours est-il qu’une fois arrivé à la prestigieuse et gigantesque Philharmonie de Paris, on fait face à une queue de près 400 mètres. Pas de doute, le tout-Paris est là ce soir – on y a croisé un Jeff Mills, un Rebotini et même un Guy-Man de Daft Punk. Ce soir-là, c’était le vernissage, avec open bar géant et à Gonzaï, on a eu aussi droit au précieux carton d’invitation. Alors, ça dit quoi?

Cette exposition est assez historique. Hormis l’exposition French Touch, Graphisme Vidéo Électro en 2013 au Musée des Arts Décoratifs et celle, plus confidentielle Electrosound, Du Lab au Dancefloor à la Fondation EDF en 2016, c’est bien la première fois qu’un événement sur ce thème voit le jour avec une telle ambition et ce, dans un lieu institutionnel aussi classe. Mais bon, des disc-jockeys ont aussi joué à l’Élysée pour la dernière fête de la musique : the times they are a-changin‘.

Résultat de recherche d'images pour "expo electro philharmonie"À l’intérieur de l’exposition on déambule dans le noir, beaucoup de musique (mix de tonton Garnier), des vidéoclips, des documentaires que l’on peut écouter grâce aux casques mis à disposition à l’entrée. A la différence de la magnifique exposition sur le Reggae – Jamaica, Jamaica en été 2017 dans cette même Philharmonie – il n’est pas question de suivre une frise historique de la culture techno genre story Kraftwerk-Detroit-Chicago-French Touch, mais plutôt tenter de l’aborder par différents angles : la danse, l’évolution technologique, les icônes, le design, les discothèques, les flyers, le mix, le rapport aux corps, etc…

Résultat de recherche d'images pour "expo electro philharmonie"On peut ainsi admirer en vrac: des sculptures de Daft Punk par l’artiste Xavier Veilhan, des pochettes d’Underground Resistance, l’activisme LGBTQ, le très symbolique Fly case usé – et qui a vu un paquet de tapis d’aéroport – de Jeff Mills, toute une collection de synthés analogiques  (putain, la fameuse harpe laser de Jean-Mich’ quand même) ,des pochettes de disques et même une reproduction du fameux bandana à l’effigie du DJ Larry Levan par Keith Haring (l’équivalent techno du Saint-Suaire).

Résultat de recherche d'images pour "larry levan keith haring"Les Daft Punk ont spécialement créé une pièce instagrammable, basé sur leur vidéo clip Technologic de 2005. Des mini-salles abritent aussi des expériences où le visiteur peut toucher, tester et s’amuser. C’est parfait : allez-y en famille et en poussette, c’est pour les grands et les petits. L’exposition Electro, c’est surtout l’occasion de vulgariser cette culture, de la rendre accessible et de donner une impression d’expérience et d’immersion au public. J’étais personnellement étonné de retrouver des pièces déjà visibles durant une autre magnifique exposition – Night Fever. Designing Club Culture à l’ADAM de Bruxelles – comme la superbe pièce I Never Been To Berghain de Philip Topolovac ou encore le focus sur l’Hacienda. Certains pourraient râler en disant que c’est peut-être un peu trop grand public, qu’il n’y a pas grand-chose sur LA DROGUE, la trance, la Drum’n’bass ou juste le phénomène des sound-system campagnards des punks à chiens. Mais on ne fait pas une exposition à la Philharmonie sur quatre mois en parlant de synth-punk en cuir, de Gabber hollandais ou de Drum’n’bass. J’ai envie de dire: les punks à chiens je les adore mais l’exposition a prévu d’autres surprises: un concert de Kraftwerk en 3D dans la salle principale pour deux qui ont raté leur venue à la fondation Cartier en 2015, un live du pasteur Arnaud Rebotini, d’Etienne De Crécy, etc…

Pour finir, un conseil : allez-y quand il y a moins de monde pour profiter au mieux des détails – beaucoup de flyers d’époque sous verre – et n’hésitez pas à faire aussi un tour à la librairie. Je ne suis pas payé par le lobby de l’exposition en vous disant cela, mais c’est extrêmement rare de pouvoir trouver des livres qui traitent de culture techno, et là pendant trois mois, un large panel est disponible – notamment la version française de Last Night A Dj Saved My Life par Bill Brewster, Der Klang der Familie  et Modulation aux éditions Allia, le cultissime Chant De La Machine de David Blot et Mathias Cousin, des thèses universitaires rares sur le sujet, des essais et même le catalogue de cette fameuse exposition bruxelloise sur les discothèques (tiens, tiens…). Et si vous n’avez pas prévu de “monter à la capitale”, vous pouvez prolonger ou vous immerger dans cet événement via le catalogue de l’exposition qui fera date. Une somme de travail considérable sous le patronage du commissaire de l’exposition Jean-Yves Leloup : 50 centimètre de long sur une épaisseur de 4 centimètres avec plus de 250 pages de très, très, bonne facture.

Exposition Electro à la Philharmonie de Paris, plus d’infos ici. (Du 9 avril 2019 au 11 août 2019)
Livre Electro, de Kraftwerk à Daft Punk sous la direction de Jean-Yves Leloup. 45€, 260 pages

3 commentaires

  1. Comme d’hab le mainstream ne digère que ce qu’il intéresse,
    ne reconnait que ce qui est “cool”.
    Kraftwerk en est la meilleure caricature.

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