« Nevermind est le deuxième album studio du groupe américain de grunge Nirvana, sorti le 24 septembre 1991 par le label DGC Records. Kurt Cobain écrit et compose seul quasiment toutes les chansons de l’album et le groupe commence à enregistrer en… ». Mais ta gueule, Wikipédia. Plutôt que de vous copier-coller une histoire que vous connaissez tous à propos du disque de Nirvana, je vais vous en raconter une plus intéressante : la mienne.

Dieu existe-t-il ? Qu’est-ce que j’en sais, j’écris pour Gonzai, pas pour la NRF (mais Dieu sait que j’aurais aimé être à l’origine du papier Booba ou le démon des images de Thomas A. Ravier). Cependant, c’est le genre de questions qu’on se pose quand on réussit enfin à chopper une PS5 au Carrouf du Pré-Saint-Gervais, mais qu’une fois branchée à la télé on ne sait plus à quoi jouer (Cyberpunk 2077 est-il enfin patché ?). Comme si le bonheur résidait uniquement dans sa quête (ressaisis-toi, tu parles comme un militant LFI en L2 de philo à Nanterre) et que celle de Kurt Cobain s’était arrêtée bien avant « In Utero » (DGC Records, 1993). Ou pire, que ses douleurs intestines ne lui avaient jamais permis de débuter cette quête, et que peut-être même s’était-il rendu compte qu’il avait pris pour vérité un pur simulacre en se décidant alors à écrire les paroles de Lithium.

Lithium, c’est un sacré morceau. Pendant longtemps, ça a été mon titre préféré de « Nevermind » (DGC Records, 1991), désormais j’hésite également avec Polly, Lounge Act, Something in a way et à vrai dire avec tous les autres morceaux de l’album. Allégorie parfaite de la maniaco-dépression ou du quotidien d’un taré faisant les cent pas boulevard Saint-Jacques, dessinant des va-et-vient discontinus entre Saint-Anne et la Santé. Au-delà des paroles, c’est musicalement que Lithium me remet une claque à chaque écoute : Nirvana a fait preuve d’une incroyable bipolarité sonore qui m’a immédiatement fasciné. C’est simple, si j’ai toujours rêvé d’un album entre Iggy Pop et Thom Yorke, c’est parce que j’ai toujours fantasmé cet album rempli de sons qui ressemblent à Lithium. D’ailleurs, c’est quand même dingue que le directeur artistique de DGC ait pu penser que le hit de l’album serait Come As You Are et qu’il n’ait sorti Lithium qu’en 3ème single. Au final, nous avions tous les deux tort : le son de l’album, c’était Smells Like Teen Spirit.

Tout le monde a déjà entendu ce titre. Si vous êtes nés dans les années 90, on pense sûrement aux mêmes choses quand on l’entend (à peu de détails près) : le bébé dans la piscine, les soirées en 4ème, le logo smiley, Elodie lors d’une soirée en 4ème, des Converse taguées au Posca, Elodie en crop-top à cette soirée en 4ème … Enfin, est-il étonnant que SLTS (Smells Like Teen Spirit, j’adore les acronymes) ait marqué toute une génération ? Kurt voulait écrire le ultimate pop song, s’inspirant fortement des Pixies pour y parvenir. Et il a réussi, SLTS est pop à tous les niveaux sauf un, et c’est justement ça qui en fait le titre pop ultime : le son en lui-même n’a rien de pop (si ce n’est la structure). Et je pourrais aussi vous parler des autres sons de « Nevermind » qui sont tous des ultimate songs dans d’autres catégories, même Endless, Nameless dans la catégorie meilleur gag de fin d’album.

Nevermind - 20ème Anniversaire: Nirvana: Amazon.fr: Musique

A vrai dire, ça me fait bizarre de décortiquer les morceaux d’un album qui va fêter ses 30 ans. C’est généralement un exercice qu’on fait à la sortie d’un nouvel album (ou du moins c’est comme ça que je le conçois). Mais aucune sortie musicale ne m’a excitée depuis mon dernier papier sur un album contemporain (« Man On The Moon III » de Kid Cudi, et encore j’ai trouvé mon bonheur dans l’attente plutôt que dans l’écoute, ça vous rappelle quelque chose ?). J’ai du mal à écrire sur autre chose qu’un album, et ressasser des vieux disques je trouve ça franchement chiant, ce que je reproche assez souvent à Rolling Stones et Rock & Folk… En même temps il ne se passe pas grand-chose dans la grande cour du rock, si ce ne sont les updates régulières sur le compte Instagram du perroquet d’Iggy Pop. Mais bon, je le fais quand même car je suis plein de contradictions et que je peux quand même m’accorder le plaisir d’écrire sur mon album préféré en 2021 puisque j’étais dans l’incapacité totale de le faire en 1991, la faute à mes parents qui n’ont pas pris l’initiative de me concevoir plus tôt.

Soyez certains que tous les articles sur les 30 ans de « Nevermind » sortiront très exactement le 24 septembre 2021.

Je me rassure en me disant que je suis original, j’écris cet article quelques mois avant l’anniversaire de l’album. Soyez certains que tous les articles sur les 30 ans de « Nevermind » sortiront très exactement le 24 septembre 2021.

C’est d’ailleurs plutôt logique de les publier le jour de l’anniversaire, mais cette logique répond plus à une nécessité de traiter les sujets tendance pour être mieux référencé sur les réseaux sociaux, qu’à célébrer un album culte. Ils ne vont strictement rien vous proposer d’intéressant (vous savez exactement de quels médias d’info-divertissement je parle), se contentant de vous dégueuler à la face un article réalisé en partenariat avec Marshall Headphones ou Coca-Cola et vous submerger de backlinks vers leur dernier clickbait « Découvrez ce qu’est devenu le bébé de Nevermind de Nirvana ! » ou « Lisez la lettre de suicide de Kurt Cobain ! ». Là où le marketing est censé être un moyen, il est érigé en motif et rien d’étonnant, ça se sent dans l’écriture.

Dans la série "Que sont-ils devenus?" : le bébé de l'album "Nevermind" de Nirvana

A ce propos, Kurt Cobain était non seulement un génie de la musique, mais – consciemment ou non – il était bien meilleur en marketing que des types sortant de l’EMIC (allégeant papa-maman de 19200€ pour apprendre à faire des transitions sur PowerPoint) et qui pensent devenir directeur artistique chez Pias ou Barclay mais qui finissent Community Manager d’artistes avec moins de trafic sur Instagram qu’un tatoueur ayant pignon sur rue à Châtelet.
« Nevermind » est un exemple de branding pour tous les artistes du monde : une des pochettes culte de l’histoire de la musique a duré 200 $, et couté 15 secondes, ou l’inverse (Lithium, vous me suivez ?). Kurt Cobain est le styliste qu’Hedi Slimane aurait aimé être. Il a également réussi à rendre le rock alternatif mainstream. Moins il se pensait éclairé (« I wish there had been a music business 101 course I could have taken ») et plus Il l’était. Je préfère croire qu’il ne calculait rien. Tout comme je préfère croire que les Daft Punk portent leurs casques pour préserver leur anonymat dans la rue, alors qu’au fond on se doute quand même que c’est purement marketing quand on constate leur génie post « Discovery » d’un point de vue communication. Pour « Nevermind » en tout cas, le marketing est bien un moyen et non un motif. Artistiquement et musicalement, c’est un album parfait. Et à force de me demander si la démarche de Cobain était vraiment sincère, j’ai fini par m’égarer de la question initiale.

Dieu existe-t-il ? Je ne suis toujours pas plus avancé sur le sujet, mais de toute manière je fais partie de cette génération qui vénère Kurt Cobain, Layne Staley et Chris Cornell. Celle qui se pose des questions sans chercher de réponses. Alors, nevermind.

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4 commentaires

  1. « Never mind the bollocks » a bientôt 45 ans et c’est à peine plus caricatural que la version américaine.

    1. Caricatural ? Je ne vois pas où. Caricature de qui, de quoi, au fait ?
      Jusqu’au boutiste, peut-être…
      A l’opposé certainement de la punkitude mainstream qui dégouline aujourd’hui d’un peu partout ; du freak qui se parfume en Dior…
      Kurt Cobain avait ce don pour les mélodies évidentes, comme les Beatles, l’une de ses grandes influences…
      Mais réécouter cet album aujourd’hui ne me fait plus rien, peut-être parce que je l’ai trop écouté autrefois.
      Trop de confiture tue la confiture…

  2. Caricatural ? Je ne vois pas où. Caricature de qui, de quoi, au fait ?
    Jusqu’au boutiste, peut-être…
    A l’opposé certainement de la punkitude mainstream qui dégouline aujourd’hui d’un peu partout ; du freak qui se parfume en Dior…
    Kurt Cobain avait ce don pour les mélodies évidentes, comme les Beatles, l’une de ses grandes influences…
    Mais réécouter cet album aujourd’hui ne me fait plus rien, peut-être parce que je l’ai trop écouté autrefois.
    Trop de confiture tue la confiture…

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