Vous aussi, j'en suis sûre, avez déjà lurké un jour dans ce gros ouvrage posé sur l'étagère de la bibliothèque familiale pour y chercher la signification de votre prénom et le pourcentage de sensorialité qui y était associé. Je me suis dit récemment que les groupes faisaient peut-être pareil, à en croire certaines similitudes dans la résonance de leurs noms. Décryptage en ré(gles)

La semaine dernière, une breaking news m’apprend que les filles avec un prénom qui finit en ‘a’ seraient considérées par les hommes comme étant plus sexy que les autres. Sale temps pour les Cécile, Nathalie ou Mathilde, sans parler de celles dont le prénom finit en ‘ine’, depuis toujours habituées aux blagues les plus poétiques à base de rimes délicates. Il faut donc croire que le prénom des gens ouvre parfois un imaginaire insoupçonné. Ceci est encore plus vrai en musique : dans le groupe qu’on a tous plus ou moins essayé de monter un jour, trouver un nom était l’étape numéro un (peut-être est-ce d’ailleurs à cause de cette priorité discutable que la pérennité desdits projets musicaux s’en est trouvée raccourcie, et simplement pour cette raison).

Je me demande toujours comment se passe ce brainstorming, d’ailleurs : “bon les gars, on écrit tous un nom sur un bout de papier, on mélange bien, et on demande à la copine du chanteur d’en tirer un, dac ?“. Un procédé ma foi un peu risqué, où l’on peut se retrouver avec des noms qui commencent systématiquement par ‘The’ suivi d’un verbe en anglais au present perfect sorti des vieux souvenirs d’anglais LV2. Ou encore la possibilité de se retrouver avec un tribute name accolant le prénom d’une idole qu’on n’aura pas besoin de citer comme influence du coup, à un verbe conjugué, pour les plus forts (les anglais LV1).

Comment tu t’appelles ? J’sais pas ton nom.

Un exercice difficile, car de la même façon qu’avec le nom des gens (quoique dans une moindre mesure), l’identité d’un groupe passe aussi et surtout par son nom. Alors, est-ce qu’il faut que ça claque, ou bien que ça fasse sens ? Est-ce qu’il faut pouvoir servir aux journalistes une anecdote bien croustillante auréolée d’un épais mystère du type “En fait… tu vois… Nina Bobsing c’est un peu une créature du Lower East Side… ça date de quand j’étais en Erasmus Design à NYC… et un jour il s’est passé un truc… mais pfff, je préfère pas en parler en fait. Tu vois ?” Ce nom c’est un peu toi, moi et le monde entier, quoi. Hmm Ok. Si tout ça pouvait servir aux journalistes et leur éviter de poser LA question dont finalement personne n’a rien à foutre : “Alors les gars euh, votre nom là, Erevan Tusk, c’est parce que vous êtes arméniens ?” Où le journaliste prend ici la lumière, puisqu’il peut montrer à tout le monde qu’il connaît la capitale de l’Arménie. Trop bien.

Étude de K

L’histoire du nom d’un groupe est peu importante donc. C’est à dire aussi importante que de savoir qu’Alexandra ça veut dire “celle qui protège les hommes”. Un nom, il faut que ça sonne, un peu comme la musique en fait. Les Anglo-saxons ont compris ça depuis bien longtemps, et pas seulement parce que la langue anglaise offre plus d’occurrences de lettres à 10 points au Scrabble que la nôtre. En électro, les mecs ont intégré ça depuis mille ans : le X, le K, le W, le Z, c’est une condition d’existence. Essayez de faire rouler votre poing fermé sur un clavier (ça marche aussi sur un piano pour épater les gens quand on a 10 ans) et enlevez presque toutes les voyelles du mot que ça forme: MSTRKRFT, NZCA/ LINES, !!!. Si tu décides de garder les voyelles, tu es le pionnier, tu es Aphex Twin, tu claques 32 points. Kraftwerk est hors-concours et compte triple. En pop ou rock ça marche aussi : Arctic Monkeys, Strokes, Cat Power, Kim Wilde, The Kills, The Killers, Vampire Weekend, Cults, The Ex, Kasabian, Coconut Records, Klaxons, Kavinsky, Midlake etc.  Dans beaucoup de ces noms, vous remarquerez que c’est le cas par [k]. En linguistique, le [k] est une consonne occlusive vélaire sourde, qui pourtant fait vachement de bruit. Et c’est à la lueur d’une résonance similaire des noms de ces trois petits groupes français que tout devint clair (ou kler) : les Sonic Satellite, Kim Novak et Erevan Tusk. De l’aveu des trois, aucune parenté évidente avec la NASA, le cinéma hitchcockien ou Aznavour. Sans doute le vœu des trois était-il bel et bien de trouver dans ces consonnes un assemblage qui sonne. Pour donner le ton du reste, comme une adéqua-son entre le flacon et l’ivresse.

D’autres Français ne s’y sont pas trompés : Daft Punk un peu par hasard, les Magnetix, Koudlam, Phoenix, Zzz, Yuksek, Poni Hoax, Kyo Cherchez l”intrus. Le compte est bon, les gars.

Déchiffre et des lettres

Récapitulons donc : dans le grand Boggle du Name your band, il y a plus de consonnes que de voyelles, plus de gutturales que de labiales, plus d’anglais que de français et un imaginaire mythologico-géographico-animallier si possible, mais tranquille.

Cette génération AZERTY a-t-elle compris plus aisément qu’un nom c’est ce qu’on transmet en premier, dans l’oralité du bouche à oreille, à travers les ondes radiophoniques, surligné en gras dans les chroniques ? Adieu Ablettes, Avions, Pijon, Porte-mentaux, Sylvain Vanot, la courbe de résonance de vos patronymes est proche de 0. Ça ne faisait pas rêver.

À l’inverse, Elisabeth Grant, au nom de scène de déesse aztèque élevée au soleil de Veracruz, incarnait pourtant la sensualité dans le seul délié de son Lanaaa del Reyyy. Mais le flacon a fait pschiiiit… pour se transformer en vaporisateur d’ambiance. Pour prendre l’expression au pied de la lettre, pour se faire un nom, parfois il ne suffit donc pas d’en trouver un bon..

Bien évidemment, le fond de l’affaire restera toujours le contenant, la musique sera heureusement toujours un cri qui vient de l’intérieur. Cependant, tout comme le titre d’un article est secondaire face à ce qu’il y a dedans le nom d’un groupe, c’est un peu un détail, mais qui compte.

4 commentaires

  1. Au mieux un pseudo (y’avait qu’un clavier de blackberry dispo quand il a fallu trouver, -8 degrés et des f***** mitaines, je fais un minable 16 points…)

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