Si l'on connaît Rouen à travers Monet et ses cathédrales, les Dogs et Mélodie Massacre ou encore Jeanne d'Arc, l'occasion nous est aujourd'hui donnée de la redécouvrir pendant un mois à travers la thématique annuelle de sa SMAC locale, consacrée aux mythes dans les musiques actuelles. Petit tour d'horizon d'une initiative 'en région', aussi originale qu'iconoclaste.

Il y a des gens que ça rassure de capitaliser sur les héritages du passé. Des bars où on n’écoute jamais de musique sortie après 1974. Des musées où chaque été, on nous ressert la même rengaine impressionniste. Des restaurants où la même vieille bavette à l’échalote occupe le haut du pavé (de bœuf)

le-106-j7jekzEt puis il y a des gens qui prennent ces héritages comme prétexte pour justement les dépasser. C’est le cas de la thématique Mythomania que propose le 106 du 14 mai au 16 juin. Il est évidemment difficile de parler d’un événement qui n’a pas eu lieu sans se faire taxer de chargé de communication qui boit des bières à l’œil et ne paie pas ses places; mais puisque qu’à Gonzaï seul le détail compte, sachez que le fait que cette salle ne m’ait jamais déçue n’en est pas un. Je suis donc a priori ravie et impatiente de découvrir cette programmation qui enchantera les rues et soirées de ma ville pendant un mois, et selon un calendrier tellement bien pensé qu’il ne superpose même pas les soirs de match de coupe de monde.

Je suis même presque prête à trouver ça génial, en tant qu’anti-reggae farouche, qu’un film de 150 minutes sur Bob Marley soit diffusé en plein air dans les jardins de l’hôtel de ville. Car c’est un peu ça la réussite de cette thématique et par extension, celle de l’équipe à l’initiative du projet: ne pas proposer de la merde sous prétexte que c’est pour tout le monde. Mais donner plusieurs options de qualité à tout le monde, à travers une ligne éditoriale commune. Celle-ci étant, selon le dossier de presse de ‘faire vivre ces mythologies musicales sous leurs formes les plus actuelles, en acte, en découverte et réécriture’

C’est ainsi que l’on pourra découvrir entre autres évènements de qualité émaillant ce mois thématique, la soirée From Disco to Disco, avec James Murphy aux platines en point d’orgue de la soirée qui accueillera également Sal P (Liquid Liquid) et Golden Teacher. From disco to disco, ou comment la disco des seventies sous son apparente superficialité est devenue un courant musical mythique, cristallisant autant de nouvelles expérimentations sonores ou rythmiques, que des revendications sexuelles ou identitaires. From 1972 to 2014, la facette de certains nous a parfois filé les mêmes boules… #DPT Disco pour tous

Et aussi: Melt Banana, Prairie Litière, Brian Jonestown Massacre, Arch Ennemy etc.

The Great Googa Mooga

Concerts nomades

Outre la présence exceptionnelle du boss de DFA au 106 intra-muros, la salle renouvelle l’expérience qu’elle avait déjà initiée en programmant ‘hors les murs’ et à la rencontre du public une journée entière de ‘concerts nomades’ ce samedi 17 mai. En investissant le quartier le plus sympa de la ville, puisque j’y habite, tour à tour sur des places historiques ou dans des lieux créatifs, les concerts seront assurés par au choix: R.Stevie Moore, 10LEC6, Charlemagne Palestine, We have Band et surtout Sean Nicholas Savage, qui mérite un petit paragraphe à lui seul.

Les premières fois ou j’ai entendu parler de ce mystérieux Sean au nom à rallonge, c’était par un ami qui n’était autre que son agent et qui avait décidé de troller toutes les conversations de ses amis Facebook avec une promo marteau-piqueur sous la forme de ‘mesdames, vous allez toutes craquer pour Sean Nicholas Savage‘. Comme toujours sur des indications plus qu’insistantes à me faire écouter quelque chose, j’ai nié et n’ai pas jeté une oreille. Jusqu’à ce que par la grâce d’un festival en Ardèche, j’assiste au meilleur concert sur une place handicapé – c’était la deuxième scène du festival – de cet individu inclassable, mi-dandy mi-raisin, qui souriait inlassablement de toutes ses dents du bonheur entre chaque chanson, et qui incarnait si totalement la moindre once de souffrance amoureuse contée dans la majorité de ses compositions. Il jouera à 20h samedi soir dans une cour médiévale chargée d’histoire, de souffrances elle aussi. Un lieu mythique.

Et aussi: Mustang, Gnucci, AA & you etc. Concerts gratuits le 17 mai.

Pour résumer en quelques mots un événement trop complet pour qu’il soit détaillé ici – expositions, projections et conférences – espérons que ce concept de thématique que propose depuis son ouverture en 2010 l’équipe du 106 rencontre à nouveau son public. A l’heure où certaines Salles de Musiques Actuelles sont dans des situations critiques comme le rapporte cet article de l’équipe Sourdoreille, à l’heure aussi où la fonction même des SMAC est sans cesse remise en cause par certains détracteurs, il est plutôt agréable de vivre dans une ville où le cahier des charges culturel d’une salle sait se bousculer pour aller fouiller un peu plus loin, revenir en arrière pour mieux aller de l’avant, creuser le mythe sans les relents de naphtaline, déterrer les nouveaux talents formés sur les anciens. Mais il est surtout agréable qu’à ces salles soient donnés les moyens d’y parvenir sans compromission, et qu’elles jugent utile avec une thématique comme Mythomania, de reverser un peu de ces moyens à ses habitants. C’est en donnant qu’on reçoit comme dirait l’autre; un de ces mythes qui prendra en juin à Rouen, un peu forme de vérité.

Du 16 mai au 14 juin à Rouen
Toute la programmation sur http://www.le106.com/programmation/

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