Khamsa contre l’oubli

Ce qu’il y a de bien avec la soul, c’est quand même de pouvoir tomber sur

Khamsa contre l’oubli

Ce qu’il y a de bien avec la soul, c’est quand même de pouvoir tomber sur des choses passées totalement inaperçues et se prendre à aimer sans friser de trop près avec le collectionneur frustré. Oh pas forcément des albums de génie, mais des disques qui dépassent largement le correct pour des obscurités. Un niveau trop souvent oublié sous couvert de la kultur.

 

C’est un peu par hasard, cachée dans le fond de la photo loin derrière Vicki Anderson et Lyn Collins que j’ai récemment découvert Marie ‘Queenie’ Lyons, Archibald, Louisiane. A ensuite déménagé à Ashtabula, Ohio. Et puis New York où elle rencontre King Curtis pour qui elle chante un temps, à en lire les notes de pochette. Sans être à la soul l’énigme qu’a été Robert Johnson au blues, Queenie Lyons -comme elle s’appelait avant Soul Fever– fait partie de ces cas multipliables à l’infini de chanteurs et chanteuses qui ont disparu après un single, un album, comme ici. Des bulles d’oxygène dans lesquelles le maniaque peut se réfugier pour éviter de se noyer dans le sable mouvant des grands disques, à la bougie dans sa chambre de bonne.

 

Il y a d’abord eu cette chanson en 1967, A Minute Of His Goodtime, Sims Records. Un label de country à la base, comme Stax. Y’a qu’à aller voir la tronche du site de ce label aujourd’hui pour constater qu’à l’époque, valait mieux se lever tôt pour faire des millions sur le dos de la soul. Que Russell Sims le boss de l’histoire ait produit Redding Otis n’y change rien. Le titre ne vaut d’ailleurs pas vraiment tripette, avec ou sans grésillements.

Des belles voix puissantes, elles en avaient toute une et beaucoup faisaient simplement leur tour de chant sur le circuit southern soul avant de retourner à l’Eglise, le point de départ.

 

Supposons que ‘Marie Queenie Lyons’ y soit retournée un jour, elle dut attendre pour disparaître le temps d’enregistrer cet album. Plus onctueux qu’I’m A Loser de Doris Duke, moins smooth que The Three Degrees, c’est un best-of de ce qui se faisait dans le genre aux alentours de 69-70. Les Hayes ou Mayfield, sans qui tout ça n’aurait été possible, se doutaient-ils que trente-neuf ans après on dirait, pour faire de l’humour à un mec jusqu’alors seul dans une chambre à se passer Superfly et défoncé à l’acide en attendant sagement que ses potes reviennent, qu’il écoute de la musique sonnant « like in a porn movie » ? Probablement pas.

Quoiqu’il en soit, la musique black prenait un tournant bien plus humide en balayant devant la porte des chansons d’amour à la papa. Ce disque fleur bon le sexe de la rupture, les vestes en velours des musiciens pas toujours assorties aux chemises paisley et l’espérance de percer dans un genre sursaturé par le talent. Depuis, plus rien.

 

On pourrait aller jusqu’à dire que ‘Queenie’ avait les capacités vocales et physiques d’être une des funky divas de son idole James Brown (LE soul bro’, pas Jackson), penser que c’est mieux qu’ It’s My Thing de Marva Whitney dans les cartons du culte, mais non. Comme sur toutes les photos de classe, il y a toujours quelqu’un dont on a totalement perdu la trace, un peu à l’ombre du grand balèze de l’école mais qui se tient droit pour ne pas perdre la face. Le regard plein d’assurance devant l’objectif, personne ne se souvient de son nom mais tout le monde est persuadé qu’il a bien réussit quelque part.

Marie ‘Queenie’ Lyons a au moins ça en plus : Soul Fever, une main tendue en dehors de la mêlée pour les mémoires défaillantes des encyclopédies.

 

 

Marie ‘Queenie’ Lyons // Soul Fever // Vampisoul


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