Editeur également des journaux So Foot et So Film, le big boss Franck Annese est au papier ce que Xavier Niel (Free) est au numérique : un bourreau de travail, recycleur de concepts au carnet d’adresses boulimique et au look improbable… Avec un talent : celui de faire croire aux nouvelles révolutions. Mais en vrai, il est comment ce mag-dont-tout-le-monde-parle ?

fdklurlIls en ont bouffé d’la condescendance, ces p’tits gars du 11e arrondissement parisien, mangeant des pizzas et s’auto-vannant les deux pieds sur le bureau. Paraîtrait même qu’ils sont payés que dalle, ces rois du cool… (on s’croirait à Gonzaï) Ah ah ! Tremblez, grands de ce monde : les branleurs barbus prennent leur revanche après s’être fait refouler des rédactions cul-serrées. Et c’est probablement pour cette raison que les principaux médias se sont davantage attaqués au régime alimentaire/vestimentaire des collaborateurs de ce nouveau-venu, plutôt qu’au fond.

Avouons que la grande farandole magique de la presse en voie de disparition a l’habitude de se serrer les coudes. Pas touche au gâteau (qui fond). Pour preuve : peu d’analyse sur les méthodes. A croire que l’enjeu était d’évoquer vaguement le magazine pour espérer en récupérer un peu de hype/buzz. Quand on vous dit que les journalistes sont des flemmards… Pardonnez-leur : ils auraient bien voulu, eux aussi, avoir une mise en orbite aussi médiatique. Comme quoi, les boss de Society ont tout compris : être nègre pour Antoine de Caunes ou chroniqueur dans le Supplément (Canal+) vaut tous les lobbies. Question de carte de membre. Regardez donc comment la communauté connectée se pâme devant ce canard qui ne se pignole pourtant que sur le papier… Le cordon VIP, ça fait des envieux.

N’empêche que.

Après So Foot et So Film, Vas-y-Francky Annese fait dans la déclinaison de marque. Wahou : c’est qu’il y en a sous la casquette ! A ce p’tit jeu, facile de deviner la suite… A quand, donc, la création du magazine So-Six (sur le sexe à plusieurs), So-Mont (pêche en altitude), So-Briquet (tabac), So-Jah (reggae et alimentation bio), voire même So-Mure « le mag de Dédé sur la prostitution » ? Encore heureux qu’Entrevue n’ait pas sorti un mag pour les seniors… Imaginez : Entremous avec des photos de mamie non épilée. Ca aurait d’la gueule, non ? Prends ça dans ta face, petite presse quotidienne régionale… Tu vas voir ce que tu vas voir, le dinosaure ! Ah et, bien sûr, chaque nouveau titre a droit à sa propre police d’écriture. Histoire de. Hâte de voir ces nouvelles moutures en comics sans MS !

Allez, passons rapidement sur les rubriques superflus (BD anglaise, Actuponcture), où l’on apprend peu/pas, voire les reprises de concepts (la frise, l’Heureuscope) trop souvent repompés et d’une pertinence relative. Et pour cause : Gonzaï n’est pas le dernier pour torcher l’idée post-digestion qui fera marrer les potos. Sauf que, une fois avoir réussi à combler la désaffection d’un pigiste sous-payé (et donc difficile à engueuler), le résultat sur papier n’est pas toujours à la hauteur. 1 partout. Oui, mais… la maquette ? Quel savant plan marketing a pondu l’idée d’une mise en page proche du VSD à la papa et sans réelle ambition photographique ? Tu parles d’une révolution ! Quant au format (23×30), il est en décalage avec le lectorat urbain supposé, plus attaché au A5 ou au reliage en dos plat… Vanity Fair et Lui se gaussent.

Au-delà de l’emballage.

fdkjfurlCôté ligne éditoriale, le grand-écart (à la limite de la torsion de testicule) entre le people et le fait divers, fait penser à ces magazines érotiques 90’s, intercalant un reportage sur les poissons de Papouasie pour crédibiliser le téton page suivante. Pas étonnant que les actionnaires soient des footeux ou le PDG d’une chaîne de supermarchés. Entre les coups de ballon dans la timbale et la surproduction industrielle replastifiée, il y a de quoi aimer les fins de séries. Bientôt un numéro spécial (rayer la mention utile) sur le prix de l’immobilier/francs-maçons/stars de la téléréalité ? Rigolez, tiens. On n’est déjà pas loin du « 24h chez l’esthéticienne avec Nadine Morano »…

Bon, c’est vrai que l’accroche principale en Une de Society est généralement d’une hilarité monacale (ne nous plaignons pas : mieux vaut remercier ce mode mormon atteint de paralysie faciale que le blablatage inutile des autres titrailles). Mais, a contrario, est-on obligé de se coltiner les légendes photos pour beaufs écrites par le stagiaire ? Plus Closer, tu meurs. On dirait de la drague de rue – « Hey chérie, t’es bonne » (n’y a-t-il que les puceaux pour croire que ça marche ?) – afin d’attirer le lecteur neuneu vers les sujets de fond. Belle leçon d’universalité. Puis, ça doit sans doute être le même stagiaire qui colle les points d’exclamation aux mots, en mode LOL/réseaux sociaux, avec sa surdose d’anglicismes ? Hey mec, en mettre c’est bien : ça fait djeun’s itou. Trop, ça fait pétasse avec un chewing-gum (« tu vois, quoi »). A moins que ce soit pour faire court ? Pourtant, côté densité de l’info, on est loin de la (cir)concision de Twitter. Comprendre : c’est une véritable diarrhée verbale, couchée sur papier. A croire que les types sont payés aux caractères.

Conclusion : attention au bavardage en classe. La concentration s’en ressent ! Ce n’est pas parce que les camarades n’apprennent pas leur leçon qu’il faut se contenter de la moyenne. En attendant, arrêtez de frimer dans la cour (pour rappel, les casquettes sont interdites dans l’établissement).

http://www.society-magazine.fr/
Illustration d’ouverture : Maxime Mouysset

5 commentaires

  1. il leur manque quelque chose, il n’y a pas le truc en plus, le ton, qui fait le charme de so foot par exemple. là on dirait qu’ils se cherchent entre GQ et Vice, et c’est plutôt vide.

  2. Society c’est pas le mag de l’année, mais par contre c’est une super lecture de chiottes. On se prend pas la tête, les investigations et entretiens rivières (variante famélique de l’entretien fleuve) pour les cakes un peu laborieux, les rubriques pour les perfects rapidos et les rubriques pour les pissoiements assis. L’humour y est un brin fadasse, proche des mèmes de l’internet avec une touche loufoque se voulant marque de fabrique, et la densité des pubs te rappellent que t’es qu’un produit de conso.

    Sinon Gonzaï, je te propose de te pencher sur le cas Jef Klak qui sort son n°2 ou encore de la revue Z qui fait des trucs assez chouettos aussi.

  3. Je comprends pas ce papier, il n’y a pas d’argument. L’itw de Hollande est très bien dans Society, le papier sur Snoop pas mal du tout, y’a 2-3 rubriques sans intérêt mais je comprends pas vraiment le sujet de votre papier. Sur les légendes photos vous avez raison, elles sont ridicules, mais au fond du fond vous reprochez quoi ? Vous dites : « Pour preuve : peu d’analyse sur les méthodes ». Vous connaissez les méthodes de ces journalistes ? En fait, c’est sur ça que devrait porter votre papier, mais vous ne vous en êtes même pas donné la peine… Vous ne savez même pas 😉

  4. J’étais prêt à dézinguer cet article aussi bidon que le pseudo de l’auteur mais soudain : « Côté ligne éditoriale (…) fait penser à ces magazines érotiques 90’s, intercalant un reportage sur les poissons de Papouasie pour crédibiliser le téton page suivante. » Ça m’a fait rire, ahah.

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