Alors que la carcasse de Michael Joseph Jackson prend le frais depuis Juin dernier, la place du roi interplanétaire de la musique reste vacante. La nature (et les médias) ayant horre

Alors que la carcasse de Michael Joseph Jackson prend le frais depuis Juin dernier, la place du roi interplanétaire de la musique reste vacante. La nature (et les médias) ayant horreur du vide, il est temps de faire grimper quelqu’un sur ce piédestal, si envié et si rentable. Pour postuler au titre de roi, il faut remplir cependant plusieurs conditions…

Avoir marqué une décennie. De préférence les eighties, comme ça, pas trop de dissemblances avec l’époque de feu Jackson, faut ménager le consommateur passif, qui, soit, acceptera un nouveau régnant mais pas un trop grand changement dans ses référents temporels.

Savoir bouger son corps (qualité devenue intrinsèque au « génie » musical, va comprendre pourquoi…), et maîtriser les codes du spectacle médiatique (mystère et mégalomanie associés). Quant au talent, il est nécessaire mais peut être tourné vers l’arrière (la sempiternelle danse des magnétos télé peut réactiver une magie déjà éteinte).

Une fois que le portrait robot est lancé, on part à la recherche de la nouvelle star. Et depuis une semaine en France, on a un gagnant. J’ai nommé Prince !

Le Kid de Minneapolis, 51 ans au compteur (comme Wacko Jacko), a enflammé, avec un plan com’ hors pair (Merci Because, son nouvel label) la capitale en trois étapes, dignes d’un précis d’hystérie médiatique. Éclair d’un événement (soi-disant) impromptu, répercussion dans la sphère des infiltrés (qui relaieront le mythe en marche), déversement généralisé sur la masse. Compte à rebours d’une intronisation annoncée.

1. Lors du défilé Chanel, sis au Grand Palais, Prince “craque” sur la nef monumentale du bâtiment. Dont acte. Le lieu est loué pour le Dimanche suivant. Deux concerts le même soir. 77minutes de ventes pour les 11000 places (soit 140 places à la minute). Entre 99 et 149 euros la place, je vous laisse faire la multiplication. Tout le monde veut y être vu. Des politiques en manque de visibilité, des créatures médiatiques éphémères (genre Sliimy), des acteurs sans carrière…

2. La Cigale à Paris, le mardi pour des happy few. Name dropping à faire pâlir le Who’s Who, à base de journaleux et autres écrivaillons qui feront chauffer la plume dès le lendemain pour dire aux absents (et exclus) comment “c’était le concert du siècle”.

3. Séance de rattrapage, pour les provinciaux et les fauchés qui ne pouvaient pas débourser 20% de leur smic pour voir en chair et en os la star, la grand-messe de Canal Plus (le grand journal donc) a mis les petits plats dans les grands: Annonce de la présence inédite du chanteur en boucle les jours précédents (savoir faire monter l’attente), teasing intensif dans la première partie de l’émission le soir même et plateau de people, choisis au pif dans le portable de Denisot. En vrac, Manœuvre, (l’homme-caution musicale qui a toujours quelque chose à dire), Mathilda May (encéphalogramme cinématographique plat depuis des lustres), Mylène Jampanoï (jolie mais pertinence proche du néant), Inès de la Fressange (qui se précipite dès qu’on l’invite sous un projecteur), Emma de Caunes, (hérédité de l’esprit corporate oblige), Sliimy, ENCORE, un nain de jardinet qu’on compare à Prince. Faudrait quand même voir à arrêter les boulettes un jour.

Et enfin l’apparition de Prince. Prestation excellente (Prince est une bête de scène de cinquante berges qui sait gérer une salle de deux cents fans hystériques). Un faux départ, un rappel tonitruant et un retour gagnant (il y a des formules qu’on connaît tous, mais qui marchent toujours). Et là, sous les acclamations, le sacre. « On n’avait jamais reçu Dieu sur ce plateau ». La messe est dite. Le nain pourpre a fait mieux que crapahuter au panthéon de la musique, il a carrément fait vaciller le piédestal du cran du dessus, celui de Dieu.

GO !

Extase, transe, (on attend encore les immolations) pour le chanteur, raillé quelques années auparavant par les mêmes médias autour de son Love Symbol de pseudo, vivement critiqué pour ses derniers albums, à coup de « Prince n’a plus d’excuses pour justifier son impuissance et dit tout en trois albums : soit rien. » (1995), ou il « a surtout brillé ces dix dernières années par son talent à louper tout ce qu’il a entrepris » (2001) ou encore « un artiste en chute libre » (2009).

FLOP !

On est quand même en droit de se demander si on ne nous prend pas pour des tanches, fascinées par un hameçon frotté à l’huile de coude par des médias prêts à tout pour vendre du papier. Mais une tanche peut avoir un peu de mémoire, et dépecer un artiste pour en faire son Dieu quelques années plus tard, ça s’appelle au mieux une vilenie, au pire un foutage de gueule.

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