Sur les cendres encore fumantes des festivals Kill Your Pop et Novosonic, toute l’avant-garde culturelle dijonnaise – à savoir Sabotage, La Vapeur, Octarine Productions et l’Athénéum – s'est creusé les méninges pour lancer un nouveau festival de printemps. Le résultat a germé du 12 au 20 avril dernier : MV, acronyme un peu trop facile pour Musique et Arts Visuels. Retour, embrouillé de souvenirs elliptiques, et verdict parfaitement subjectif sur cette première édition b(r)ouillonnante.

MV-1553468_464006233745021_848831956_oDirection l’Alchimia, café-galerie du centre-ville pour l’ouverture du festival avec la ferme intention de me cogner in-extenso ce nouveau festival dijonnais. MV aligne une programmation hétéroclite : assemblage de concerts attendus (Owlle, Cheveu), de bonnes surprises (Tropical Horses, Singes Chromés), de création graphique (atelier fanzine avec l’équipe de Wonderpress et d’expérimentations (Lee Ranaldo ou Les Mécaniques Célibataires). Conscience professionnelle oblige, il faut choper Boris Ternovsky (Sabotage), l’artistic director du festival, et lui soutirer quelques lignes. Reconnaissable à son bonnet invariablement posé derrière les oreilles, Boris Ternovsky se révèle disponible, et même magnanime, malgré un jet de (très) mauvaise humeur pissé par le fantasque M. Ig il y a quelques années sur ‘‘son’’ festival (RIP Kill Your Pop). Boris lâche, sans rancune, une accréditation et explique sereinement la genèse apparemment compliquée du MV : « On a commencé à se réunir en octobre et à boucler les artistes seulement à partir du mois de décembre. Il faut dire que l’on n’avait pas de chiffre précis, le budget était encore brinquebalant, se souvient l’organisateur. Vu les délais, l’enjeu de cette première édition (in-fine budgétée à 60 000 €, ndla) était déjà que l’événement ait lieu et de vérifier qu’on avait les moyens humains de travailler ensemble. » Quatre organisateurs, ça ne simplifie pas les choses, quoique tout ce petit monde se connaît très bien et bosse ensemble depuis l’époque bénie du chanoine Kir.

Épilepsie et acouphène

Cap sur le Consortium, centre d’art contemporain pour écouter, un brin perplexe, Lee Ranaldo bidouiller sa guitare pendant une heure. La performance, parce qu’on ne peut décemment pas appeler ça un concert, laissera une bonne partie du public songeur, hésitant entre l’étonnement et l’ennui. Pas moins expérimental, mais nettement plus immersif, le ciné-concert donné par Les Mécaniques Célibataires au même endroit quelques jours plus tard, laissera un souvenir bien moins périssable et pour le coup parfaitement dans le thème du festival. Le “Naufrage”, de Guillaume Malvoisin (vidéo) et Sébastien Bacquias (contrebasse), est un maelström de prélèvements d’images sur une partition très Unheimliche. L’ensemble, d’une belle cohérence, donne une relecture savante et pertinente à l’œuvre d’Herman Melville, Moby Dick.

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Dans un autre genre, l’Eldorado, salle de cinéma art et essai, présentait en avant-première le dernier “film” de Michel Gondry : Is the Man Who is Tall Happy ? – Conversation animée avec Noam Chomsky. Pas vraiment à la hauteur de son sujet (le linguiste et philosophe Noam Chomsky, sa vie, son œuvre), le docu-animé met au défi le spectateur de suivre les concepts épistémologiques de cedernier en même temps que les animations épileptiques de Gondry. Un conseil : accrochez-vous aux sous-titres si vous ne voulez pas finir avec un strabisme divergent et un bon mal de casque.

Arts visuels et invisibles

Pas besoin d’être diplômé en ingénierie culturelle pour deviner que le festival a été bricolé à la hâte. Jusqu’en février, il s’appelait d’ailleurs MU et avait un homonyme à Paris… c’est emmerdant ! Sans être particulièrement novatrice, l’idée d’y intégrer les arts visuels aurait pu donner une cohérence, si ce n’est une trame, à la programmation ; mais au lieu de ça, on a eu droit à un saupoudrage d’arts graphiques. La sympathique équipe de Wonderpress, et leurs quelques ateliers graphzine, aurait mérité une autre implication, et le festival d’investir d’autres lieux. Pourquoi ne pas avoir organisé des concerts aux Bains du Nord (FRAC Bourgogne), au Musée des beaux-arts, dans les galeries dijonnaises ou à l’École des beaux-arts ? « Trop compliqué, répond Yann Rivoal, directeur de La Vapeur et co-organisateur du festival, il aurait fallu anticiper davantage et c’est vrai que, globalement, pas mal de choses, sur cette première édition, ont été sous-exploitées.» Boris lui, avance un autre regret : « C’est dommage qu’on n’ait pas pu avoir une “maison du festival”, un lieu clairement identifié comme un point de rassemblement. Pour les concerts, on a fait les salles qu’on connaissait et on l’assume. On se devait d’organiser des événements à La Vapeur, à la Péniche Cancale, au Consortium et à l’Athénéum, parce qu’ils sont partenaires de l’événement. Ça ne laissait déjà pas beaucoup de place pour essayer d’autres choses. » L’argument tient la route même si, à demi-mot, tout le monde concède que les organisateurs l’ont joué facile.

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Rock Dijon’cté

Le festival n’a pas fait grand bruit en ville, et pas sûr que les mecs del’agglomération dijonnaise (150.000 personnes tout de même) aient entendu parler de ce “truc-machin culturel”… Mais, ne soyons pas bégueules, reconnaissons quand même que quelques concerts ont emballé cette première édition. Tropical Horses, par exemple, a claqué les Dijonnais avec son rock garage sale, direct, régressif et totalement jouissif. Dans un autre genre, Larry Gus et son électro stressé, ponctué de considérations météorologiques, a décapé les tympans et le papier peint de l’Hôtel de Vogué. On se rappelle aussi avec plaisir des Singes Chromés, bonne surprise improvisée au dernier moment à l’Alchimia, pour une session live d’In Bed with Campus, la radio universitaire locale qui empêche impunément les étudiants de réviser leurs partiels.

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At last but not least, la soirée la plus démente du festival fut, sans aucun doute, celle passée en compagnie de KG et de Cheveu. « Venu d’un pays inconnu appelé l’Alsace », KG est une sympathique bande de quinquas débonnaires, VRP d’un krautrock garni d’électro et de synthétiseurs complètement fous. Pas moins cinglé dans le fond et dans la forme, l’excellent trio Cheveu, et son punk-rock complètement azimuté, terminait la soirée dans un fracas jubilatoire. Pourtant, malgré ce programme alléchant, peu de Dijonnais (une petite centaine de personnes seulement pour Cheveu) avaient fait le déplacement, sans doute contraints et forcés de passer le week-end de Pâques chez les (beaux-)parents…

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Heureusement, les soirées électro ont eu plus de succès. « Sur Dijon, relève Boris Ternovsky, c’est cette esthétique qui touche le plus de monde, on le voit très bien sur les concerts. Ici, les gens se souviennent de l’An-fer, où jouait Garnier… et aujourd’hui il y a Vitalic ! La ville est encore vachement ancrée dans les musiques électroniques ». Ah bon… Les Dijonnais auraient oublié Damien Saez et Jean-Philippe Rameau… dommage ! Sur le campus néo-totalitaire, l’Athénéum a fait salle comble pour sa soirée électro-pop. Jamaican Queens, Dillon et surtout Owlle ont réussi à faire se dandiner les Bourguignons sur leurs strapontins, une petite prouesse en soit dans un lieu qui tient plus de l’amphi à conférence que de la salle de concert. Les soirées techno (à La Vapeur et la Péniche Cancale), calées par Alexandre Class d’Octarine Productions, ont elles aussi envoyé sur orbite les clubbers dijonnais. Comme quoi… tout n’est donc pas à jeter dans ce premier jet du festival MV. Cette première édition a beau avoir quelques ratures et des airs de brouillon, c’est, on l’espère, l’ébauche d’une seconde édition plus aboutie et plus variée.

http://www.festivalmv.com
Photos : Edouard Roussel

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