Un antidote, du papier de verre pour l’oreille, le grand décrassage de printemps ! Il ne s’agit pas ici de

Un antidote, du papier de verre pour l’oreille, le grand décrassage de printemps ! Il ne s’agit pas ici de hurler au chef-d’œuvre mais de souffler un bon coup, d’échapper aux standards d’époque. Les modes, c’est agréable et distrayant, il n’y a pas à bougonner. Ca le devient un peu moins quand elles se transforment en raz-de-marée. Les filles en bottes de cuir marron clair avec des collants noirs, par exemple. Pourquoi toutes et en même temps ? Peut-on endiguer le déluge ? Et les guitares compressées, d’obédience rock mais de confession variet’, la production crade et calibrée que portait en eux indie rock et power pop ? Elles ont  triomphé comme les paires de bottes.

Nous vivons en quelque sorte le règne du « rock FM », de la Fender d’ambiance, décorative, à accrocher chez soi. Les singles de John Henry Timmins IV, eux, risquent de faire un peu tâche sur le mur du salon.

Sa biographie semble écrite sur mesure pour ces pages : Timmins quatrième du nom a distribué ses disques à la sortie des concerts ou dans les rues de Chicago au début des années 80 (d’où la rareté de ces titres), est entré dans le Guiness book des records comme réalisateur du film le plus long de l’histoire du cinéma (The cure for insomnia, 85 heures), a été interné à la demande de sa maman, a filmé ses propres concerts avec un faux public pour faire star puis s’est éteint en 2002. Epuisement plus maladie dégénérative de l’oreille et de la mâchoire. Un vrai conte de Noël rock. « Et à la fin Syd Barrett embrasse la grenouille qui devient un fou à lier se mettant à produire des singles dans tous les sens. Bonne nuit, les petits. » Voilà pour le folklore.

Le style JT IV, c’est l’effet de surprise. Après chaque titre, que ce soit sur la réédition (superbe, disponible uniquement en vinyl) ou sur la page myspace (plus facile à trouver), on se demande ce qui va nous tomber dessus. Timmins a d’abord le don pour le single fuzz, agressif et accrocheur, comme le prouve Death Trip, du Suicide qui se siffle. Mais il ne voit pas l’intérêt de poursuivre dans un sillon déjà creusé bien profond. Alors, il met le cap vers une sorte de cauchemar intitulé Destructo rock. Sur Waiting for the CTA, Timmins rend hommage, quasiment accord pour accord, à Waiting for my man du Velvet. Niais, hein ? Convenu ? Et attendez le plus beau, il opte en plus pour un saxophone dégoulinant le long du morceau. Vulgaire, n’est-ce-pas ? L’auditeur de 2009, pétri de bon goût et de références , jugera que cette blague colle aux dents avant de retourner, honteux, vers ce truc coupable. Du Velvet avec solo de sax…

Malgré tous ses efforts pour que l’entreprise craque sous toutes les coutures, JT IV parvient à une sorte de cohérence. Désolé mais il va falloir parler technique quelques secondes. Les filles peuvent aller écouter Alister, par exemple, ce ne sera pas long. Bob Weston (un des trois de Shellac) a travaillé les bandes d’origine avec un flair confondant, en évitant le piège du remastering moderne, du confort d’écoute. Faire apparaître des nuances, des basses, égaliser les crêtes, dans la musique de JT IV ? Surtout pas, même si la distorsion est parfois vraiment immonde ! Ce serait le meilleur moyen pour l’enterrer une deuxième fois, l’allumé. Ici tout est restitué au plus brut, dieu merci. Fin de l’intermède technique, je referme le capot.

John Henry Timmins IV est une série B. Et, comme dans ces films italiens des années 70, on y trouve des moments à part, naturels et directs, qui renouent avec l’énergie des pionniers, beaucoup mieux que ne saurait le faire un surdoué formé aux chefs-d’œuvre. En rock, l’imbécile a  l’avantage. C’est la beauté de la chose. Quand JT IV attaque The city never sleeps at night, il lance sans y penser une mélodie naïve et urbaine, romantique pour tout dire :  pas de pont ni de break, encore moins de solo, toujours le même air en boucle avec des claviers dégueulasses et des percussions limites. Qu’il le veuille ou non, il retrouve l’élan d’un Spector, des girl groups, du premier Mink Deville. Trois minutes en tête du troupeau, toujours ça de pris.

www.myspace.com/jtivpunk

 

 

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