La route est longue, la gorge sèche, le Franprix quasi désaffecté et le grand portail un peu rouillé. Trouver Jean-Paul Bourre, en plein été, relèverait presque du parcours de combat

La route est longue, la gorge sèche, le Franprix quasi désaffecté et le grand portail un peu rouillé. Trouver Jean-Paul Bourre, en plein été, relèverait presque du parcours de combattant, sur la grande rue de St Ouen. L’adresse de l’ancien blouson noir, reconverti en Gentil Organisateur de messes rouges -un type capable de s’attacher à un télescope italien pour capter les étoiles et addict à Warcraft à plus de soixante ans- n’est pas sur toutes les cartes.

Rescapé des soixante dernières années de débauche, témoin de plusieurs apparitions (le rock’n’roll, Nico bouffie, la vierge peut-être, dans un ravin), Bourre (re)publie aujourd’hui Sexe, Sang & Rock’n’roll, un livre à tiroirs où s’empilent les histoires sombres du genre. Celles qu’on connaît tous (Brian Jones et son pull marine, l’épopée folle de Florence Rey), d’autres un peu moins connues (le couple de tueur Mods Ian Brady et Myra Hindley, le combat des néo-vikings suédois) et subitement tout devient rock’n’roll, tout se prête à l’exercice noir, avec un soupçon de jouissance non feint. « Vivre comme dans un film » souligne-t-il, « avec des cow-boys et des indiens ». Il fait chaud à St Ouen, JPB m’ouvre une boite de souvenirs : des bouts de météorites, des figurines, des photos de lui. En blouson noir. Tout cela n’a plus vraiment d’âge, tout cela échappe aux datations carbone 14.

A day in the life.

Des évangiles de Manson à James Dean, la grande force du livre, l’objet même de sa réédition, ce sont les ressemblances entre l’auteur et ses sujets d’études. Cette force du destin qui transforme les humains en héros. Ou en monstres. Du passage à tabac au passage de relais, il n’y qu’un pas : « Je pense être un passeur, je l’ai toujours cru. Certains signes ne trompent pas et je me suis longtemps trouvé lâche de ne pas l’assumer. Un exemple ?  Je suis né à la Clinique des Neufs Soleils, à Royat. A deux mois j’ai une méningite, jusque là tout va bien. Récemment en fouillant l’Histoire, je tombe sur une pierre des neuf soleils qui jadis était sensé guérir de la Méningite. Je suis né sur une source gallo-romaine, qui était un point d’offrande chrétien. Sans dire qu’on m’ait demandé un truc précis, il y a des signes, une piste ».  Les mêmes qui conduiront surement Sid Vicious au suicide, Nico à vouloir sniffer les os de Morrison, un fan de Bjork à se suicider direct live et bien d’autres histoires vertigineuses. De petites saynètes de la vie « quotidienne » raconté par un sexagénaire illuminé.

Bigger than (second) life

Une fois n’est pas coutume, il y a dans l’air comme un parfum d’authenticité chez Jean-Paul Bourre, quelque chose de plus dicible que ses écrits. Dépasse-t-il ses idoles, est-il vraiment perché, croit-il vraiment en toutes SES légendes ? Tapis dans les 10m2 de sa salle de jeu, certains regards ne trompent pas : « Des 60′ très rock aux messes rouges du début des 70′, tout concorde dans mes choix de vie. Il ne faut pas oublier qu’on a grandi avec le début du psychédélisme instinctif, à l’époque on lit tous Tolkien, et puis il y a Woodstock, la danse des festivaliers pour empêcher la pluie de tomber, c’est génial ! Idem avec Hendrix qui enflamme sa guitare à Monterey, comme une incantation. C’est l’acide qui embrase les esprits, c’est l’époque où tout est permis ». Le ventilateur du PC 1996 souffle un peu fort, je balance entre admiration et … fascination. Bourre se souvient de tout avec une acuité plombante : « Il y avait un courant californien à l’époque, Charles Manson bien sûr, les débuts de Black Sabbath, l’église de Satan (15.000 adeptes en Californie) tout un courant de magie.. Tu te serais baladé avec un casque à hélice sur la tête, tout le monde aurait presque trouvé normal que tu assumes ta différence. En France, non ». Just do it Jean Paul ; la notion du clan, la notion perdue, la nation des rockers. « Aujourd’hui on erre dans les solitudes » pense-t-il à voix haute, « pour qu’il y ait un clan, il faut un totem, un esprit commun ». You’re damn right.

Entre Matrix et La Nausée

Le temps ne fait pas toujours bien les choses. Il y a 2500 ans, l’ex-blouson noir aurait été druide ou magicien. Il y a 500 ans, Bourre aurait surement été brulé par l’Inquisition. Aujourd’hui, il vit en toute tranquillité dans ses sphères parallèles, ses croyances, l’accident de Porsche 550 Spyder de James Dean qui ira jusqu’à le traumatiser personnellement (un accident de famille qui emportera sa mère : « Dans la voiture avant l’accident, je raconte la mort de James »). Son aventure, c’est chercher ce qu’il ne souhaite pas trouver, titiller les frontières du réel, le sien, décortiquer celui des autres, creuser la déviance, flirter avec l’ô de là : « Je me sens coupable de ne pas aller au bout des choses. J’ai ici une préparation spéciale avec des plantes précises, mon propre sang. Puis tout cela dans une bouteille en cuivre. Tout est là, enroulé dans une feuille prise dans un lieu précis, près de Glastonbury et des dolmens. Et puis j’hésite : La peur que les choses ne fonctionnent pas, ou l’extrême inverse : ne pas savoir ce qui en résultera. ».

Ces mondes invisibles, ce sont ceux de Jean-Paul Bourre, un romantisme noir à la recherche de l’invisible et de l’infiniment petit : « Il m’arrive d’observer une fourmilière, fixer l’écorce d’un arbre, percevoir les choses autrement, comme si on était sous acides, faire preuve de romantisme et ne jamais rompre le pacte avec mon enfance ». Cet homme est grand, et tout comme la poussière redevient poussière, Bourre retournera surement un jour sous les stèles de son enfance. Ce jour là, sur la rue de St Ouen, pas besoin de porter le blouson noir pour avoir l’air d’un dur.

Jean Paul Bourre // Sexe, Sang et Rock’n’roll // Camion Noir  
http://www.camionnoir.com/

Photo: Virgile Biechy

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