Pour qui baisse les yeux et vérifie la propreté de ses plimsolls à l'écoute de son nom, résumer Ian F. Svenonius équivaut à s'assurer qu'on a encore au moins dix doigts pour mi

Pour qui baisse les yeux et vérifie la propreté de ses plimsolls à l’écoute de son nom, résumer Ian F. Svenonius équivaut à s’assurer qu’on a encore au moins dix doigts pour mimer l’éventail des possibles. Du hardcore à VBS.tv en passant pas les magazines pour filles, ses écrits et ses groupes, on note surtout sa répartie et son sens de la situation. Evoquer ce mec, c’est redécouvrir les promesses d’une génération qui voulait comme d’autres, tout détruire. Underground visant global, Ian F. Svenonius met du fond dans ses discours sans fin. I couldn’t wait to speak with him.

L’assurance qu’il déploie en entrant dans la salle où nous commençons à discuter témoigne de la vingtaine d’années qu’il a passé à communiquer. Nous déménageons d’ailleurs deux fois avant de trouver un endroit calme pendant que ses musiciens balancent, car être le mieux entendu possible fait parti de ses priorités. « T’es sûr que je dois pas parler directement dans ton micro ? ». Mis à part la multitude d’activités à laquelle il se consacre, on sait finalement très peu de choses sur I.F.S. Qu’importe, lorsque l’on vient de Washington D.C et que l’on a fait partie de la famille Dischord, on a déjà presque tout compris. Loin des tondus en débardeur, il fait partie de ceux qui, excités comme une bande de bikers avant un gang-bang, se sont pris à travers tous les Etats-Unis la violence des galettes de Black Flag ou Minor Threat entre les dents.  Avec son groupe, Nation Of Ulysses, il pousse au maximum la rhétorique hardcore. Même si NoU joue mieux que quiconque, Svenonius a la bonne attitude et utilise son groupe comme un medium pour sa propagande. Et dans un monde ou Reagan était encore au pouvoir et le mur de Berlin encore intact, c’est peu dire qu’en musique comme ailleurs, on ne rigole pas avec l’idéologie.

Encore moins lorsque l’on fait du hardcore et que faire vaut plus que parler. Dans le lot, Ian S. est une anomalie comme Henry Rollins dans Bad Boys II. Influencé par le langage et la forme des manifestes futuristes, il pose dans un magazine pour fille, le bien nommé Sassy pour lequel il est élu Sassiest Boy of America. « Peut être que j’étais le plus intéressant ! C’était vraiment pas banal mais j’ai utilisé ça comme une plateforme. De toute façon, venir d’un mouvement anti-commercial et être dans ce magazine pour ado, c’en était presque ridicule. Beaucoup étaient outrés, ils pensaient que je couchais avec tous les top-models. Je ne dis pas que c’est grâce à moi, mais c’est devenu la preuve qu’on pouvait aussi faire ça en venant de l’underground. Avant, c’était des cover-bands de U2 et d’autres trucs horribles dans ce magazine, ensuite ils se sont mis à parler de Sonic Youth ».
Ce genre d’associations cafardeuses devant un certain conservatisme, les écrits de ce Boyd Rice en sens inverse en sont remplis dans The Psychic Soviet. Presque impossible pour lui de ne pas évoquer le capitalisme d’une manière où d’une autre dans ses réponses de dix minutes. Comme lorsqu’au détour d’une phrase je prononce trois lettres qui le font me couper en posant sa main sur mon épaule avec un sourire jusqu’aux oreilles : D.I.Y. « Tu sais qu’aux Etats-Unis, on a une chaîne qui s’appelle Whole Food pour tout ce qui est bio. Ce que tu as, c’est un budget, et tu dois te débrouiller avec. Tu es responsable de tout. Du coup, il n’y a plus vraiment de relations entre un employé et une autorité. Et de fait, tu ne peux te spécialiser en rien, au fond c’est l’Amérique. Comme la pop française des sixties que j’aime, avec un producteur, un arrangeur, des musiciens et puis un chanteur, bref le modèle de la Révolution Industrielle, maintenant c’est terminé. Et c’est pour ça qu’on n’a pas de bonne pâtisserie ici ».

Il est pourtant assez drôle de voir à quel point Ian s’efface devant l’invité dans Soft Focus, l’émission qu’il anime depuis quelques années sur la web tv de Vice, VBS. Ce qui fait tout l’intérêt de ces entretiens, c’est la place laissée à l’invité, sauf lorsque Svenonius peut remettre du punch dans la discussion avec un bon mot. Comme avec Henry Rollins, lorsqu’ils évoquent ensemble leurs problèmes avec les autorités. L’histoire, c’est que Rollins se fait arrêter en Australie lorsque toute la presse publie qu’il serait un terroriste potentiel, dénoncé par le type à ses côtés dans l’avion qui le mène là où il doit jouer. Svenonius reprend le fil et enchaîne « hum, il voulait pas que ses enfants t’entendent crier, genre j’aime pas trop l’accent de ce type ». L’audience rit, Rollins aussi. Et c’est assez rare pour être noté. « Peut-être que les reviews de Lester Bangs étaient intéressantes à l’époque. Sauf qu’au final il a tué la critique musicale puisque d’un coup c’était juste à propos du critique. Comme un blogger, assez ennuyeux quoi. Je veux dire, tu peux demander au serveur ce qui est bon sur le menu, mais qu’est-ce qu’on en a à faire de sa copine ? ».

Ce soir-là, je l’ai vu jouer avec Chain and the gang, juste avant Sonic Boom, dont il est fan. C’est sa dernière interview pour Soft Focus. Ce soir, il parle plus longtemps entre les chansons que la durée de ces dernières. C’en est à la fois grandiose et ridicule, toujours à la limite d’en faire trop, mais dans tous les cas, divertissant. Et c’est, je crois, autour de son situationnisme que s’articule tout Ian F. Svenonius. Taper à côté mais ne jamais se perdre et continuer à tout voir passionnément en face à face. Focused.

Première photo: Eric Callens.

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