Il m’aura fallu plusieurs allers-retours en métro pour m’enfler ces deux premiers tomes de la série Gonzo Papers, sortis chez Tristram. Recueils de piges, notes et autres papelards transpirant l’acide, Parano dans le bunker et Un dernier tango à Las Vegas redonnent vie à Hunter S. Thompson comme Marie Guibert à son fils. Parce que oui, on est dans la réédition de La grande chasse aux requins, des pages et des pages de copies bien pissées et passionnantes, même si on relèvera pour l’anecdote un léger problème de visuels et d’envoi des bouquins…

C’était l’autre soir, quelque part dans Paris, éditeurs et traducteurs avaient posé leurs lunes sur les chaises de la librairie Atout Livre pour promouvoir leurs nouveaux bébés en face du rayon jeunesse. Si c’était pas putain de gonzo ça ? Johnny Jet, autre Gonzaï boy qui errait par là, critiquait déjà le choix des couvertures et de la typo, en bouffant ses mèches. Pour ma part, je regrettais surtout la gueule du rouge qui coulait du cubi posé sur une table non loin du Manœuvre. Un Philippe venu en tant que translator pour démontrer que le HST c’était tout de même fendard – certainement plus que son magazine, je suppose – alors que l’éditeur en personne m’avait proposé quelques semaines auparavant de défoncer ma boîte aux lettres pour faire rentrer son pli trop épais pour ma fente (sic). Bref, dis-toi bien, cher lecteur, que j’avais comme un mauvais feeling avec ces livres avant même de les ouvrir. Enfin, pour parler un peu du fond sans avoir encore miré une ligne, j’avais pré-reniflé dans ces Gonzo Papers l’envie de faire du neuf avec du vieux. Mais j’avais le pif plein ce jour-là. On en avait vraiment besoin.

Ça y est, je les ai ouvert… Mr. Gonzo a réglé ses problèmes avec l’armée. En avant, vieux !

Lors de la lecture du texte originalement intitulé Jacket Copy for Fear and Loathing in Las Vegas, Thompson livre ses dernières volontés concernant la publication de Las Vegas Parano. Une sorte d’épilogue où l’aspect science-fiction cramé du livre est bien mise en avant par son auteur. Entre déception du lecteur naïf et coup de Dieu de la part du scribe, le mythe reste indemne. Aussi on découvre un acolyte qui a marqué au fer rouge le travail du maître : Ralph Steadman, dessinateur flippé mentalement et flippant physiquement. C’est avec cette brute d’artiste anglais au coup de crayon paranoïaque que Thompson a pondu le Derby du Kentucky, entre autre. Tout le long de ce premier acte du Nouveau Testament Gonzo, Hunter dégueule un talent indémodable qui s’étale sur les pages de Playboy, Scanlan’s Mounthly, Rolling Stone ou le Times. Une plume aussi à l’aise que sulfureuse lorsqu’il s’agit d’articles de société comme Une ville du Sud avec les problèmes raciaux du Nord, ou lorsque Jean Claude Killy (vainqueur de ski alpin aux J.O. de Grenoble) se voit passer à la moulinette.

Bien évidemment, cette lecture posthume c’est du bonnard, du petit lait à boire avec les yeux et la tête, des recueils qui s’avèrent être des putains de pavés d’histoire à la ricaine. Car le Thompson grattait les niches de la société pour en chier l’éther de base, de quoi offrir certaines clés pour comprendre sa terre. En tant qu’enfant du XXI° siècle, je me demande encore comment Hunter parvenait à déballer autant d’infos si pointues avant l’avènement d’Internet : sport, politique, racisme, drogue et conso de masse, tout y passe avec du texte anglé comme personne. Des articles datés mais pas périmés qu’il serait intéressant de lire avec, posées sur la cuisse, les correspondances d’Hunter publiées dans Gonzo Highway. On baigne ici dans le journalisme, la poussière, les mers et le bitume. Et si cette série devait avoir un impact dans la mouvance gonzo, elle pourra au moins en finir avec le mythe réducteur qui nage autour du Thompson. Car une fois torchées les deux ou trois Nixonnades du style Parano au Watergate : M. Nixon règle l’addition, on se rend compte que l’écrivain américain vous en donnait généreusement pour votre argent, et tant qu’à fustiger la monnaie de singe, autant en rire sans oublier l’investigation. Pro du renseignement, pisse-copie de la Remington, Thompson était un vrai journaliste affublé d’un nez rouge. Ce qui l’aura miné ? Qu’on l’attende au tournant. Mais paix à son foie, maintenant que le clown triste est mort, on peut y allait sans crainte. Moi, j’attends la suite.

Illustration : http://guillaumearramy.over-blog.com/
Hunter S. Thompson // Parano dans le Bunker et Un dernier tango à Las Vegas // Tristram 2010

2 commentaires

  1. dans le GERS y’a pas que la bouffe, le rugueux-bi, le château de JC/DC, la statue de D’ARTAGNAN qui montre son cul…y’a aussi TRISTRAM!
    chouette « papier » sur le PAPE-PAPA de GONZAI!

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