Il y a des soirées qui portent fichtrement bien leur nom. Tiens, prenez celle là. C’était le 11 février à la Maroquinerie. Marqué en gros sur l’affiche : « Hommage au beau bizarre ». Une soirée hommage au dernier des Bevilacqua où l’on s’était mis en tête de réunir Christophe et la clique des jeunes parisiens inspirés par le dernier géant de la chanson française. Question pari, la barre était placée haute. Et pour le reste, on ne savait pas trop à quoi s’attendre. On n'a pas été déçu du voyage.

Dans cette chanson éponyme devenue en l’espace de trente ans un aphorisme du langage quotidien, il y a d’abord, comme le rappellera plus tard Guillaume Fédou, la pensée de Baudelaire : « le beau est toujours bizarre ». Le luxe sans la volupté, le charme sans les caresses. Et plus concrètement, un sacré bordel à organiser avec une dizaine de musiciens réunis sur la scène de la Maroquinerie chargée ce soir comme un coureur cycliste.

On ne va pas refaire l’histoire de cette soirée atypique où se croisèrent sur scène Phantom & the Ravendove, Guillaume Fedou, Loane et Dieu. Et comme on ne saurait être juge et partie, tout au plus le reportage de cette soirée permettra-t-il aux absents de saisir par fragments les accidents heureux de ce foutoir à paillettes. D’un coté la jeunesse au garde-à vous, Fédou et ses chansons nostalgiques d’un autre monde, sa reprise de Téléphone et d’Un peu menteur sur le fil, de l’autre l’aquabonisme d’un Alister pince sans rire mais impeccable derrière son piano. Au milieu, Christophe en roue libre pour le troisième concert en solo de sa carrière. A 66 ans, il fallait oser. Comme il le soulignera, entre deux pains sur les touches et une gorgée d’alcool, Christophe n’est pas pianiste. C’est un bluffeur qui joue, dans son authenticité et ses hésitations, à n’être que l’acteur de son propre film. Ce soir, on aura donc eu les mots blues, un medley d’Elvis Presley seul à la guitare, des frissons parfois, un peu peur aussi de voir le vieil homme sans filet sur ses propres chansons. Et puis aussi des mémorables souvenirs en backstage, des anecdotes sur Patrick Sébastien, des histoires de travelots et de Pokemon, un Jean Felzine (chanteur de Mustang) en extase devant la gravure intemporelle, des musiciens qui menacent de vous casser la gueule passé minuit et une inondation impromptue qui inspirera à Judah Warsky une digression sur Moïse et la mer Rouge. Dans ce dancing sans danseur et malgré les imprévus du direct, personne n’était venu par hasard. Dans la nuit glaciale de cette interminable nuit, ce fut finalement comme annoncé sur la pancarte. Show blizzard.

Réalisation: Xavier Reim
Crédit Photo:  Joëlle Rasoarivelo
A venir le 9 mars: Gonzaï III  avec Damo Suzuki, Publicist, Aquaserge et Judah Warsky


GONZAÏ II: Hommage au Beau Bizarre par Gonzai_mag

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2 commentaires

  1. Des créatures d’une beauté non bizarre mais explicite, des cocktails novateurs exquis, des traditionnels éponges titubantes (un breton et un non territorialement identifié), un artiste qui suspend le temps, bref de quoi donner à tout un chacun sa raison d’être…heureux…Bcp mieux que les présidentielles. Merci Bstr et à toute l’équipe pour cette belle soirée, on en espère en province des comme ça!

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