Ami, tu as vingt ans, déjà quelques rides aux coins des yeux et, sans avoir eu le temps de vivre le moindre drame, tu cèdes régulièrement à ce que tu désignes pudiquement par le qualificatif d’épisodes dépressifs. Sensible à ta neurasthénie, Health signe la bande-son de ta jeunesse angoissée. Au Point Ephémère le 6 septembre dernier, les Californiens nous invitaient à danser sur nos névroses… Je ne suis pourtant pas certaine que le public parisien les ait entendus.

Endossant courageusement le rôle de première partie dans une petite salle déjà bien remplie, Chad Valley campe une pop star improbable. Le jeune nerd ventripotent et ses synthés calypso-dansants suintent, en pleurant une petite amie partie – soit en anglais dans le texte : « gowouhowouhone ». Sa musique est agréable : elle sent le sable chaud et les larmes de jeunes filles étouffées. Echange de sourires complices – accompagnés de petits pas de danse faussement dégagés – entre individus assurés d’être les tenants d’une culture légère mais pointue.

Les larmes de fillettes écrasées pour de bon, les HEALTH prennent rapidement possession de la scène en ouvrant leur set sur l’hypnotique Nice Girls. Moins de cascades que lors de leur prestation à la Villette Sonique en 2008. La sauvagerie musicale demeure, et le groupe continue de vivre chaque live avec la même intensité que s’il s’agissait d’une répétition de lycéens déchainés, une poignée de minutes avant de se faire expulser du garage par l’arrivée du Land Rover familial.

Dans la salle pourtant, à mille lieues des orgies sensuelles du clip de Die Slow, le public semble encore saisi par la torpeur causée par les plaintes du jeune nerd esseulé. En dépit de quelques regards fascinés, les carcasses sont en veille. Balayée par les faisceaux lumineux, la salle reste statique malgré le cataclysme sonore et visuel qui se joue devant elle. Peu m’importe, juchée sur l’escalier qui mène à la scène, captivée, j’arrive à imaginer qu’ils jouent pour moi seule. J’ondule, je me tords et je souris bêtement, dans un état de transe rarement ressenti en concert. Libération d’endorphines.

Contrairement à ce que pourraient laisser penser certains clips du groupe, la musique de Health ne cherche pas à choquer, elle se contente d’être épileptique et cathartique. Festive et angoissée, elle colle à l’époque, oscillant entre hédonisme et ringardisation de la subversion. Être subversif c’est chiant, être subversif demande de maîtriser les codes de la bienséance. Être subversif, c’est contraignant. Pleine de l’esthétique romantique du spleen tourmenté, leur musique est joyeuse et un peu malsaine, faisant la part belle aux distorsions séduisantes : quitte à foncer dans le mur, autant foncer avec grâce.

Crimewave, l’extraordinaire Die Slow – arrivé trop tôt pour que l’on puisse vraiment s’en repaître –, une reprise de Goth Star de Pictureplane, Heaven, We Are Water, pour finir en beauté sur USA Boys avant un rappel d’une dizaine de secondes un peu frustrant. Ce set de 45 minutes est peut-être trop court aux oreilles de certains ; de mon côté, je suis avant tout fascinée par la facilité avec laquelle le groupe parvient à associer sauvagerie, mélodie et maîtrise. Je n’attendais pas de Health cinq rappels de leurs meilleures ventes de singles. Non. J’attendais d’eux qu’ils m’offrent une parenthèse bruyante et captivante, propice à la catharsis. Je l’ai eue, j’ai maintenant tout le temps de mourir.

Live report du concert au Point Ephémère, le 06/09/2011
Toutes les photos du concert de HEALTH au Point Ephémère par Antoine Prévost sont visibles
ici.

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