Après deux saisons intégralement financées par ses lecteurs, le magazine papier Gonzaï milite actuellement pour une nouvelle campagne d’abonnement sur Ulule qui se clôturera le 15 décembre. Mais alors que nous n’avons jamais semblé aussi proche de ce que Gonzaï doit être à nos yeux (une alternative globale à la morosité ambiante portée à bout de bras poilus), manquent encore près de 15.000 € (250 abonnés) à moins de 20 jours de la deadline. Mission impossible ? Si vous êtes contre l’IVG (Interruption Volontaire de Gonzaï), il est grand temps de passer à l’action. Car pour cette troisième saison et comme dit le proverbe : c’est jamais deux sans toi.

Au début de cette nouvelle campagne d’abonnement, non seulement destinée à garantir l’indépendance de notre magazine mais aussi son bon fonctionnement pour toute l’année 2015, l’idée d’un édito manifesto-commercial m’emmerdait un peu. Braquer le lecteur avec une prise d’otage façon « Do or Die » pour vous faire comprendre qu’on préférait crever si vous n’étiez pas assez nombreux au rendez-vous, on avait déjà fait le coup l’année précédente. Et même si cette stratégie de communication anti Jacques Séguéla s’était avéré payante (22.000 € d’abonnements récoltés en 45 jours à la sueur de nos fronts comme dirait Rocco), revenir avec le même scénario alarmiste et les mêmes dialogues (« pas de bras, pas de chocolat », pour résumer) me semblait manquer un peu de panache.

A la place, on a préféré préparer cette campagne 2015 avec des paroles et des actes.

2013-09-30_12.14.10Au départ, c’était une idée simple mais un peu folle : lancer un magazine intégralement financé par ses lecteurs avec une ligne éditoriale impossible à pitcher aux éditeurs comme aux régies publicitaires (qui de toute façon ne comprennent jamais rien). Nous l’avons fait. Depuis 2012, ça s’appelle Gonzaï et c’est distribué – presque – tous les 3 mois dans votre boite aux lettres avec des FAITS, des FREAKS et du FUN. Ca nous ne fait pas gagner d’argent, c’est plein d’emmerdes à gérer au quotidien MAIS nous avons l’impression d’écrire une petite histoire, quelque chose qui compte pour nous. En refusant d’être distribué en kiosque, comme en prenant le parti de refuser le traitement des actu promotionnelles, nous souhaitions dès le départ imposer un ton, et oserai-je le dire, une vision. Pouvoir imprimer la légende des personnes, souvent méconnues, qui nous tiennent à cœur. Ca aussi, nous l’avons fait.
Et afin de ne pas copier-coller la même histoire tous les ans, nous avons même décidé de profiter de cette nouvelle campagne d’abonnement pour annoncer la naissance de Gonzaï Records, avec la possibilité de commander en exclu la réédition du disque mythique de Marie et les Garçons (jamais repressé depuis sa sortie en 1980 chez Ze Records, avec John Cale à la production sur 3 titres) mais aussi le nouvel LP des Français de Steeple Remove. Tout cela avec compris dans le pack un hors-série compilant les meilleurs papiers publiés sur le site depuis 2007. Voyez, on ne peut pas dire qu’on soit des bégayeurs professionnels, ni qu’on se foute de votre gueule. Chez Gonzaï, l’histoire ne se répète pas. Ca ne m’intéresse pas, ça m’emmerde. Plutôt se suicider plutôt que de faire du surplace. D’où notre ambition de proposer une offre 360° (un site, des soirées partout en France, un label et ce magazine papier) plutôt que de tourner en rond.

Et il en sera encore de même l’année prochaine, si vous êtes assez nombreux à vous mobiliser dans les 15 jours qui viennent. Car autant le dire franchement et une fois pour toute (ça fait 3 paragraphes que je tourne autour du pot) :

Sans dire qu’il y ait péril en la demeure, si nous n’atteignons pas la somme fixée (25.000€) avant le 15 décembre, le magazine Gonzaï s’arrête.

C’est une règle du jeu que nous avons nous même fixé depuis le départ, et aussi pénible soit-elle – je vous fais l’impasse sur les nuits blanches depuis 3 semaines – c’est la seule règle intangible de cette partition qui s’écrit à plusieurs. Qui nous aime nous suive. Au poker on dit payer pour voir. Voilà, comme chaque année nous proposons de faire tapis face à nos lecteurs. Et c’est tout sauf un strip-poker les amis, on se met à poil pour toi, littéralement.

Ce qui pourrait s’apparenter à un caprice éditorial – si tu ne veux pas payer je me rhabille – est en réalité un principe vertueux que la presse culturelle, dans son grand ensemble, semble oublier. Alors que le tirage de la majorité des titres est en diminution constante, que l’offre à disposition s’étiole année après année, que même des titres historiques comme Technikart [1] mette la clef sous la porte et qu’il ne se passe pas une journée sans qu’on entende les mécontents geindre sur la pauvreté de l’offre en kiosque, nous proposons depuis bientôt 3 ans une alternative consistant à remettre notre destin entre les mains du lecteur pour éviter d’avoir à traiter avec des intermédiaires [2] qui ne servent plus à rien. Ca vaut ce que ça vaut, mais c’est tout ce que nous avons à proposer. Et en regardant objectivement les 8 numéros déjà publiés en 2 ans d’existence, il me semble que c’est déjà pas mal.

Evidemment, ce processus de responsabilisation du lecteur est à double tranchant.

Cela nécessite de le convaincre numéro après numéro, année après année ; cela implique quelques tours de passe passe comme par exemple préférer se serrer la ceinture pour payer l’imprimeur plutôt que de payer les charges sociales en temps et en heurt [3], cela implique une transparence vis à vis de ce même lecteur, et cela passe par l’écriture de ce billet [4]. Et cela passe aussi, pour conclure, sur un goût pour la prise de risque doublé d’une forte dose d’inconscience : être capable de croire suffisamment en soi pour mettre un mouchoir sur les tableurs Excel qui sonnent l’alerte, et se convaincre que l’énergie humaine déployée sera plus forte que les chiffres.

15.000 € à récolter en moins de 20 jours, ça peut sembler beaucoup, mais c’est en réalité assez peu. Ce sont moins de 250 personnes prêtes à cliquer immédiatement sur le lien ci-dessous parce qu’elles croient en ce projet de vie qui anime plus de 30 personnes au quotidien.

Moins de 20 jours pour réussir. Le temps, c’est certes de l’argent, mais c’est avant tout une affaire de convictions. Pas de punchline pour conclure ce papier coup de poing, si tu veux nous rejoindre sur le ring, l’heure est venue.

[1] Une référence de presse des années 2000 à qui l’on doit beaucoup, même inconsciemment, comme à Actuel pour ne citer que les plus marquants.

[2] Ce qu’on appelle les « diffuseurs », à savoir des distributeurs kiosque comme Presstalis qui ponctionnent le peu de marge réalisé sur des titres imprimant moins de 10.000 exemplaires par numéro, comme les régies publicitaires traditionnelles, incapables de penser la presse spécialisée autrement que comme un média de « niche », donc un média de pauvre.

[3] Si un inspecteur des Impôts lit ce papier, qu’il se rassure : on est presque à jour sur nos cotisations, hein. Bisou.

[4] Dont la finalité reste de te convaincre de t’abonner sans plus attendre, tu l’auras bien compris.

33 commentaires

  1. J’ai payé et je regrette. Comment faire ? J’ai payé que pour l’abonnement au Mag, pas pour les disques. Et je regrette. Comment faire ? Rien trouvé sur Ulule pour réparer mon erreur stratégique … Help !

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