Tu veux créer ton festival méga tendance mais tu ne sais pas vraiment comment t’y prendre? T’en as marre des soirées karaokés tous les jeudis au camping, et tu voudrais changer d’air? Gonzaï se fait guide du routard, loin de la routine des fêtes foraines de la musique, pour parler des vrais initiatives qui proposent des choses intéressantes, manière de parler des petits nouveaux qui forcent le respect comme des anciens qu’on admire - tout en évitant le trop attendu top des festivals de l’été.

Que se passe-t-il en France? Ces dernières années voient l’avènement de festivals d’un nouveau genre. Plus petits, plus pointus, hybridant la musique avec d’autres domaines. Sous l’impulsion des musiques électroniques qui ont pris de l’ampleur et amené de nouvelles perspectives sur les manifestations musicales et manières de faire la fête, ces nouvelles formes ont d’abord germées chez nos voisins britanniques ou allemands. Une nouvelle vague a grandi sous les auspices des pionniers qui, depuis une dizaine d’années, prêchent la bonne parole de l’alter festival: on pense aux Siestes électroniques à Toulouse, au MIDI festival à Hyères, à la Villette Sonique à Paris.
 Ces cinq dernières années, cette avant-garde est venue s’étoffer de nouvelles propositions, de festivals nouveaux ou nouvelles directions pour des anciens, ce qui nous amène à cette interrogation première : De quoi festival est-il le nom?

Les festivals d’aujourd’hui ne sont plus uniquement ces mastodontes qui accueillent cinq milles personnes au minimum et vous permettent de voir d’une traite, et sans s’en rappeler, tous les groupes que vos avez écouté durant l’année. Qu’est-ce qu’un festival alors, quand on voit certains évènements s’affublant du nom investir un lieu, une salle, pour quelques soirées d’affilées, ou parfois une seule? “Ce ne sont pas des festivals!” diront les plus marrants d’entre nous, ceux qui crient « After sur le camping A!!! » après le concert qui vient clôturer la nuit à zigzaguer entre les quatre concerts programmés au même moment. A quoi ça sert, un festival, si on ne se réveille pas les pieds dans l’eau dans sa tente à ciel ouvert, ou sans la certitude de prendre trois douches à l’eau de javel en rentrant chez soi, puis de prendre rendez-vous au centre de dépistage le plus proche six semaines plus tard? “A écouter de la musique” diront les moins marrants, ceux qui snobent les évènements rassemblant plus de mille personnes parce que « c’est pas vivable », et qui gueulent quand Jimmy a pissé sur leur tente.

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Le terme « festival » est avant tout devenu une marque super bankable, et on apprend à surabuser du terme en cours de marketing culturel pour attirer les djeun’s. Le mot peut donc désigner n’importe quel évènement à programmation quelque peu rallongée (restons honnête, l’évènement monté par votre fidèle magazine rentre dans la case, bien qu’il soit de très bonne facture).

En somme, le festival, c’est tendance, et ça suit de nouvelles tendances. Comme de proposer des programmations plus courtes qui permettent au spectateur d’apprécier un concert sans avoir à choisir tout ceux qui se déroulent au même moment. En terme de logistique, ça ne fait qu’une ou deux scènes et pour le festivalier, moins de marche en scrutant anxieusement l’agenda du jour. Et ça fait du bien à la musique.
En ce qui concerne les dj, cette idée vient à contre courant de la rockstarisation de ceux ci, et cela leur permet de faire leur vrai job, à savoir non seulement passer des disques, mais de les mixer, de développer une ambiance tout au long d’un set, qui pour cela doit durer un plus d’une heure et demi. C’est ce qui faisait militer nos confrères de Thump pour la revalorisation du dj résident, c’est ce
qui rend des programmations comme celle des Warehouse projects de Manchester époustouflantes, et peut-être une bonne liste de course pour aller chez le disquaire, mais non pas une bonne nuit de clubbing.

Warehouse-Project
Les programmations sont plus ciblées, plus cohérentes. On fragmente la formule et la décline en diverses soirées, à l’image de la Villette Sonique, ou du Weather qui, en plus de son festival, occupe tous les grands clubs de la ville par ses soirées OFF, au Rex, à la Machine du Moulin Rouge et au Batofar, organise des « goûters » ou des « cartes blanches ».
Dans cette même veine, la programmation se fait plus personnelle, et on l’apprécie comme une émanant d’une figure connue. En témoigne le YEAH! de Laurent Garnier ou le Worldwide festival de Gilles Peterson. On se réfère ici à une personnalité. La programmation du Macki festival repose ainsi clairement sur l’identité des deux collectifs à son origine, Cracki records et la Mamie’s, et leur amour mutuel du rare groove. Qui d’autre qu’eux pour programmer Antal, dj peu connu mais patron du label Rush Hour, bien connu de tous les crate diggers pour son important travail d’import de pépites house et techno en Europe?

Le festival est un divertissement

Disons le tout de go, le festival est un divertissement. On parle bien d’art, de musique, mais pas que. Et il faudrait ici reprendre André Rauch quand il explique dans le chapitre Aventure du dépaysement (extrait de Vacances en France de 1830 à nos jours, 1996) que le voyageur aujourd’hui cherche dans l’exotisme une propre image de soi, dans une véritable démarche narcissique. Cette citation porte sur les évolutions du voyage au tournant des années 70, mais remplaçons simplement le terme voyageur par festivalier. Car les festivals lorgnent définitivement du côté du tourisme.

Les festivals se font expériences. On vend de l’exotisme, de l’authentique en terme de musique, d’ambiance et de lieux. Heart of Glass, Heart of Gold l’exprime pour le mieux quand il tente de se décrire: « Au moment où festival de musique ” est en passe de devenir un synonyme de parcours du combattant, une poignée de passionnés se lance dans un nouvel évènement hors du temps et du quotidien. » On vend des packs incluant les billets d’avions pour les festivals les plus lointains, des bungalows tout confort plutôt qu’un terrain de camping et une douche pour cent personnes. Voilà pour le bling bling
.

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Concernant la programmation en revanche, ça donne des choses tout à fait uniques, avec des festivals qui recherchent l’authentique dans les passerelles, à l’image du Baleapop et de leur carte blanche à des artistes, ou du MIDI et de sa déclinaison mode. Musicalement même, on veut offrir l’inédit. Le concert se fait expérience, et je me souviens non pas du concert de Rone au Baleapop en 2012, mais bien de Rone sur la plage, face à la mer. C’est la carte jouée par les Nuits Sonores également, lorsqu’elles proposent un set en back to back de Roman Flugel et Axel Boman, ou de Laurent Garnier et Motor City Drum Ensemble. Plus que chaque artiste, on vient assister à une rencontre, on veut être surpris musicalement et chaque festival développe ce qu’on ne pourra retrouver ailleurs.

Les festivals ne sont plus des non lieux

S’ils sont toujours des hétérotopies; des espaces autres en rupture avec le temps ou même la société, ils sont inscrits dans un espace. Certains festivals s’installent ainsi dans les plus beaux décors, comme le Baleapop, Calvi on the Rock ou la flopée de festivals croates, à la tête desquels le Dimensions se déroule entre ruine de château fort et boat parties sur l’Adriatique. On n’est plus « nulle part », dans une plaine au milieu de le Bretagne ou comme le Dour festival, qui accueille en quatre jour plus de dix fois la population de la ville de moins de vingt mille habitants. Les festivals s’inscrivent dans des décors bien identifiés. Participer aux Nuits Sonores, c’est aussi visiter Lyon, entre des goûters gratuits dans les quartiers les plus connus de la ville, des nuits dans des hangars en périphérie, et les jours qui se passent dans des bâtiments comme ceux de l’historique Hôtel dieu les années passées. La Villette sonique, de la même manière, s’inscrit dans le moins exotique parc de la Villette, et l’occupe totalement, entre sa programmation gratuite dans le parc, et l’utilisation calibrée de toutes les salles alentours.

Ces idées importées de l’industrie du tourisme ont apporté un nouveau souffle au festival game. Et au final, c’est en replaçant la musique dans la case du divertissement que les festivals sont redevenus des lieux pour l’apprécier.

19 commentaires

  1. En quoi c’est un guide sociologique? Et puis “« A écouter de la musique » diront les moins marrants” ça veut dire quoi ? Perso je vais dans un festival parce que la prog me plait en premier lieux. Bien sur que je fais la fête mais je vais pas payer 80€ ou plus pour faire la fête dans un endroits où la prog est pourrie.

  2. En quoi c’est un guide sociologique? Et puis “« A écouter de la musique » diront les moins marrants” ça veut dire quoi ? Perso je vais dans un festival parce que la prog me plait en premier lieux. Bien sur que je fais la fête mais je vais pas payer 80€ ou plus pour faire la fête dans un endroits où la prog est pourrie.

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