On connaît tous moult histoires sur ce légendaire quartier hippie de Copenhague fonctionnant comme une communauté autogérée. Des récits pas toujours très concordants qui n'ont fait que stimuler ma curiosité. Une providentielle rencontre à Paris plus tard, je trouvais un endroit où pieuter. Humectation de mon index... vent contraire et lieu de destination à contre-courant... Banco ! Je fonce en terre viking.

Jeudi 7 juin, 15h35. Je peine à trouver la sortie de l’aéroport. Ça n’étonne pas trop mon hôtesse, depuis longtemps accoutumée à ma débrouillardise équivalente à celle d’un mouflet de 6 ans. Les retrouvailles sont chaleureuses, bien qu’un tantinet timides — elle n’est pas ma petite amie mais pas juste une pote non plus, vous comprenez ? On décide donc d’aller poser mon sac puis de flâner sur le port en sirotant quelques bières. L’épicier, pas plus danois que moi, confond mon billet de 50 couronnes avec celui de 500 couronnes. Résultat : 80 euros supplémentaires dans la poche, une première ! D’humeur guillerette, nous nous rendons à Christiania pour un premier repérage.
Aux abords du quartier, un gus en bicyclette semble vouloir communiquer avec moi. Je demande une traduction à mon amie. « Il nous prévient qu’il y a les flics qui font une descente à Christiania ». Dès l’entrée, plusieurs panneaux indiquant « NO PHOTOS » sont une seconde indication de la tension ambiante. Nous empruntons la fameuse « Pusher Street », hébergeant habituellement des stands de haschich et de weed. La présence de la police a obligé les « pushers » à tout planquer fissa. Après un petit tour d’horizon et quelques échauffements entre forces de l’ordre et habitants, nous partons. Nous y retournerons le surlendemain.

Pour comprendre cette situation, une piqûre de rappel.

En 1971, un groupe de chômeurs, d’artistes et de hippies,  las de parler d’Aldous Huxley et d’instruments indiens, décident de réellement agir et de bâtir une ville libre et indépendante sans dogmes ni partis politiques — ni 4×4 diesel. Une rare expérience libertaire réunissant alors environ 700 personnes. Ils créent même un drapeau, une monnaie, une radio, une école, une salle de théâtre et tout le tralala. Les ennuis vont commencer dare-dare. Dès 1974, lorsque le gouvernement danois menace pour la première fois les habitants de Christiania. En cause notamment, les vendeurs et usagers de drogues dures. Menace pour la survie du quartier, ils sont tout bonnement expulsés à la fin des années 70. Trente ans plus tard, le cas Christiania est toujours aussi épineux. Une première maison est détruite en 2007, entraînant une vive protestation qui dégénéra en conflit entre policiers et habitants. Depuis, ça négocie sec. En 2011, un accord avec le gouvernement permet finalement aux Christianites de racheter leurs maisons. C’était moins une, encore une fois.

Samedi 9 juin, 13h et des brouettes. Le soleil fait sa première timide apparition du séjour. Nous garons nos vélos à l’entrée et remontons Pusher Street. Une femme entre deux âges joue de la guitare avec une voix à la Karen Dalton — une chanteuse hippie du temps jadis ; elle ne demande pas l’aumône, ni qu’on l’écoute, d’ailleurs. Seul un R. Steevie Moore local se dresse face à elle, bedaine dépassant largement de son tee-shirt taille 12 ans. La rue est pleine de touristes en tous genres, des parents baladent leurs mioches comme au parc Monceau, un groupe d’une vingtaine de personnes suivent attentivement un guide qui leur fait la visite tandis que d’autres viennent faire leur jogging hebdomadaire. On est bien loin du mythe Christiania.

Une petite fringale et un panini à 8 euros plus tard, je me mets à rechercher de l’autochtone, du vrai. Mon amie m’amène dans un bar au look westernien mais où la faune vient majoritairement du Groenland — province du Danemark dont environ 50 % de la population est alcoolique. Leurs regards vitreux n’ont rien d’accueillant, mais je m’avance courageusement vers le bar avec un air morriconien en tête. Une femme derrière le bar fait mine de ne pas nous remarquer et continue d’écluser plusieurs shots de je ne sais quelle liqueur infâme. Ça tache, pour sûr. Ses yeux bridés, sous lesquels trois étoiles sont tatouées, illuminent à peine son visage déjà creusé. Elle daigne finalement nous servir nos deux bières, que nous savourons dehors. Une touriste pas très dégourdie sort alors son iPhone 4s et prend des photos, tout sourire. Erreur. Elle est immédiatement stoppée par un mec peu commode qui lui explique que si elle recommence, il lui arrivera des bricoles.

Prochaine étape : l’incontournable herbe verte du voisin.

Non que je sois un gros fumeur. Mais à l’intérieur de ce folklore local — un peu comme à Amsterdam, les putes en moins — je me dois au moins d’y goûter un peu. Direction les stands, donc. On distingue deux catégories de dealers : il y a les vieux de la vieille, ceux qui font partie des meubles, qui depuis la genèse du projet défendent inlassablement les bienfaits des drogues douces et de la philosophie qui va avec. Puis il y a des jeunes aux crânes rasés et tenues sportives, semblables aux dealoss de Saint-Ouen, profitant de ce lieu pour écouler leurs stocks plus aisément qu’ailleurs. Mon choix se porte rapidement sur un petit papy édenté à la bouille sympatoche. Il vend du haschich en barre et de la weed à l’unité, pré-roulée (environ 6 euros le joint). En piètre rouleur de chaussettes que je suis, j’opte pour celui sur-mesure, plus vert que nature, trop vert peut-être. Disposé à l’intérieur d’une capsule, je remarque tout de suite l’absence de tabac. « Vous en auriez pas avec du tabac dedans ? », je lui demande. « Non, que du pur, mec. » Je le remercie et nous nous dirigeons vers un coin plus tranquille, au bord du fleuve qui longe Christiania. Après quelques inhalations, je réalise vite que ce machin est très fort.

Les deux heures qui suivent sont  une sorte de fuite de la réalité, entre contemplation de l’environnement et pensées qui se bousculent, toutes, aussi futiles qu’éphémères. Je réalise par exemple que le danois est une langue assez cocasse, comme si on appuyait sur un bouton reverse. Étrange. Ils sont tous blonds, bâtis comme des statues grecques ; ils parcourent tous leurs trajets en bicyclette et vivent, selon des études très sérieuses, dans le pays le plus heureux du monde. Ça en devient presque malsain, toute cette perfection. Peut-être ne sont-ils même pas humains, peut-être sont-ils des sortes d’aliens à l’encéphale hautement développé, venus sur terre afin de nous montrer le Bien Vivre. Peut-être finirai-je au bûcher à cause de mes cheveux bruns, de mes sourcils bruns, de ma peau brune et de mon humour un brin trop caustique à leur goût. Combien de temps me reste-t-il alors, à moi ainsi qu’à ce quartier, vestige d’une époque que je n’ai de toute façon pas connue ? Peut-être me foutront-ils à Christiania pour me brûler, moi et tous les autres sorciers bohémiques terrestres à l’hygiène de vie précaire et aux mœurs plus light qu’un coca zéro dégazéifié.
Et une fois que nous ne serons plus qu’un gros tas de fumier méphitique et que le nom même de Christiania n’évoquera plus qu’un conte que l’on narre aux enfants vertueux afin qu’ils filent droit, l’endroit aura-t-il été remplacé par un centre commercial gargantuesque, une firme de courtage ou un club de golf à l’herbe encore plus verte ? Peut-être même qu’on pourra voir les anges (de la télé-réalité) passer… La vie étant faite comme une partie de Légo, tôt ou tard tu finis toujours par te faire emboîter.

4 commentaires

  1. On n’apprend pas grand chose de ce commentaire si ce n est que son auteur réussit à commettre plusieurs fautes d’orthographe dans une même phrase. Et j ai vérifié : pas de paninis à 8 euros sur wikipédia, pas même en Беларуская ni en Українська.

  2. Pas la peine de s’énerver!
    C’est vrais que je n’ai surement pas assez explicité mon impression.
    Personnellement je m’étais déjà intéressé à ce quartier en fouinant à droite à gauche sur internet, et mis à part le fait que tu ai fumé de la weed, je répète ce que j’ai dit: on n’apprend pas grand chose… Ce n’est pas vraiment la vision que j’ai du journalisme, même du journalisme gonzo.
    On a l’impression que si t’avais pas bédave tu te serais fait chier…
    Voilà donc ma réponse, si tu voulais du commentaire constructif.

  3. Ton impression vient du fait qu’effectivement j’ai été un peu déçu par Christiania. A aucun moment je ne me suis senti vraiment à l’aise, les habitants du quartier sont méfiants et pas accueillants pour une chips, ce que je peux aisément comprendre vu la situation précaire dans laquelle ils sont.
    L’instant « bédave » comme tu dis allongé peinard au bord de l’eau fut donc forcément le plus agréable et placide de la journée.

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