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Le temps avançant, la nouvelle était inexorable. Pourtant, avec la mort de Charlie Watts, la cruelle réalité s’est rappelée à nous : non, les Rolling Stones ne sont pas immortels. Depuis, tout le monde a salué son immense talent, mais on oublie un peu vite que Charlie Watts fut pendant longtemps un musicien sous-estimé, voire méprisé, et que son attitude discrète fut souvent sujet à moqueries.

Le seul élément vrai dans cette avalanche d’hommages publiés depuis le 24 aout, date de sa mort, c’est que Charlie Watts fut effectivement la pulsation des Rolling Stones, et que la prochaine tournée américaine du groupe en septembre va en révéler la cruelle absence. L’erreur d’appréciation n’est hélas pas nouvelle. Parce qu’un batteur a un jeu à l’apparence simple, qu’il se montre peu démonstratif, parfaitement fondu dans la musique du groupe, il peut être aisément remplacé. C’est totalement faux, et un exemple majeur me vient aussitôt à l’esprit : AC/DC.

En 1983, le batteur Phil Rudd est débarqué du quintet australien. N’arrivant pas à se remettre de la mort du chanteur Bon Scott, il boit de manière totalement incontrôlable, au point de voir le fantôme dudit vocaliste dans les couloirs d’hôtels. Les frères Young, Angus et Malcolm, optent donc pour une mise sur la touche afin qu’il se repose et prenne du recul. Il est remplacé par le jeune Simon Wright, mais surtout par le batteur chauve Chris Slade, l’homme du grand retour avec l’album « Razor’s Edge » en 1990 et surtout le double live à Donington en 1991.
Chris Slade est un excellent batteur, il n’y a aucun doute là-dessus. Il fut notamment membre du sous-estimé Manfred Mann Earth Band, excellent groupe de rock progressif dans lequel il officia de 1971 à 1978. Sa frappe est solide et subtile, ses interventions techniques mais mesurées. Lorsqu’il accepte le poste chez AC/DC, il doit brider son jeu afin de rester « simple ». Son style devient mécanique, carré, et sans vie. Lorsque Phil Rudd reviendra en 1995 sur l’album « Ballbreaker », l’évidence est là : Phil Rudd est un batteur économe, mais il a un swing impeccable et inimitable. C’est cela qui rend irrésistible les albums « Highway To Hell » et « Back In Black ».

Charlie Watts est le précurseur de ces batteurs qui se fondent dans la musique de leurs groupes respectifs sans vouloir se mettre en avant : pas de roulements de caisses intempestifs, pas de solo en concert, juste le soutien rythmique efficace et impeccable d’une bonne chanson, ce qui n’est en réalité pas une mince affaire.

Pas vraiment un baby boomer

Charlie Watts est né à Londres le 2 juin 1941 d’un père chauffeur routier et d’une mère ouvrière en usine. Il grandit à Wembley, dans une communauté de réfugiés londoniens habitant dans des préfabriqués, ayant perdus leurs maisons dans les bombardements de la Luftwaffe. Ce point est important : les membres des Rolling Stones originels ne sont pas des baby boomers. Ils ne sont pas nés à la fin du second conflit mondial ou juste après, mais bien pendant : Watts est de 1941, Brian Jones de 1942, Mick Jagger et Keith Richards de 1943. Quant à Bill Wyman il passera son enfance au milieu des bombes; il est né en 1936.

Charlie Watts, de par son âge, ne grandit pas dans le rhythm’n’blues et le rock’n’roll pionnier américain, qui n’ont pas encore traversés l’Atlantique. Il devient un grand amateur de jazz, et notamment de Charlie Parker, l’amour musical de sa vie. Charlie Watts est un garçon discret et bien élevé, qui suit une scolarité sans heurt. Il intègre les Beaux-Arts à Harrow, mais n’y va pas pour glander comme le feront d’autres futurs musiciens de renom : Pete Townshend ou … Mick Jagger. Dégourdi, responsable, il intègre une agence de publicité, et va même travailler au Danemark. Nous sommes en 1961.

Charlie Watts aime toutefois beaucoup la musique, et joue de la batterie, et plutôt bien. Il est en tout cas suffisamment précis pour intéresser un petit cercle d’amateurs qu’il côtoie car ils ont les mêmes goûts pour le jazz et le rhythm’n’blues, dont les précieux Alexis Korner et Cyril Davies. Le monde des amateurs de blues, de jazz modal et de rhythm’n’blues se limite à une trentaine de musiciens au début des années 1960. Watts joue dans le groupe d’Alexis Korner, Blues Incorporated. La formation est à géométrie variable en fonction des disponibilités. Il joue notamment avec Jack Bruce, futur bassiste et chanteur de Cream avec Eric Clapton. Alexis Korner n’hésite pas à ouvrir la scène aux jeunes pousses amateurs de ce genre de musique. Ainsi, trois garnements montent régulièrement sur scène au Jazz Club de Ealing : le guitariste et harmoniciste Brian Jones, le guitariste Keith Richards et le chanteur Mick Jagger.

Charlie Watts n’est guère plus vieux qu’eux. Ils finissent par créer un groupe ensemble dont Brian Jones trouve le nom : The Rolling Stones, inspiré de Muddy Waters. Les concerts avec Korner sont prenants en terme de temps, et Watts travaille à côté. Au moins, avec les Rolling Stones, l’ambiance est moins exigeante techniquement, et on joue pour le plaisir, puisque les Rolling Stones ne gagnent pas encore un rond pour leurs prestations.

Les choses vont évidemment rapidement changer après 1964. Les Rolling Stones deviennent officiellement les concurrents des Beatles en Grande-Bretagne, mais aussi aux Etats-Unis. Le quintet connaît les mêmes affres : la sonorisation trop faible, les filles qui hurlent, les émeutes qui envahissent la scène et stoppent tout set au bout de dix minutes.

Charlie Watts : hommage au batteur rock des Rolling Stones | Vogue Paris

Loin des emmerdes

Alors que Brian Jones, Mick Jagger et Keith Richards sont les coqueluches des filles, Charlie Watts se marie le 14 octobre 1964 avec sa petite amie : Shirley Ann Sheperd, née le 11 septembre 1938. Pragmatiques, les deux époux attendront que la situation financière du couple soit stable pour enfanter Seraphina en 1968, leur unique enfant.

Alors que les Rolling Stones, incluant le plus vieux Bill Wyman, cherchent la provocation, Watts est donc tranquillement en retrait. C’est effectivement Wyman qui sera à l’origine du premier grand scandale du groupe en urinant sur le mur d’une station-service en pleine nuit sur une tournée américaine, car on leur refusa l’accès aux toilettes à cause de leurs cheveux longs. Il sera arrêté par la police et fera les gros titres de la presse. Suivront les affaires de drogues avec la police anglaise en 1967, qui traumatiseront un Brian Jones déjà instable et Mick Jagger. Le tout est monté habilement en épingle par le manager Andrew Loog Oldham, qui alimente le duel Beatles/Rolling Stones, avec d’un côté les gentils, et de l’autre les mauvais garçons.

Charlie Watts: The life of a Rolling Stone in pictures - BBC News

Les Rolling Stones vont réellement se révéler à partir de 1968 et l’album « Beggars Banquet ». Dès lors, la rythmique devient capitale, et Charlie Watts, qui n’était qu’un subtil et discret accompagnateur, apporte ses idées par touches. Sur les premiers albums, il s’agissait essentiellement de reprises de rock’n’roll, de rhythm’n’blues et de blues. Il y avait aussi quelques compositions originales, mais assez rares, bien que déjà solides : Satisfaction, The Last Time… Cette fois, Charlie Watts est l’homme derrière le tempo implacable de Jumpin’ Jack Flash ou Honky Tonk Women.

Charlie Watts suit la guitare de Keith Richards, avec un léger temps de retard pendant que Bill Wyman place sa ligne de basse légèrement en avance sur Richards. C’est cet équilibre instable qui va devenir le son définitif des Rolling Stones.

L’approche de composition change, car le groupe est totalement bouleversé. Il ne s’agit plus de la petite équipe de copains. Les personnalités s’affirment. Brian Jones est mis de côté, se désintéressant de plus en plus de l’écriture. Mick Jagger devient la figure en avant. Bill Wyman est au service de la session. Les idées électriques viennent du cerveau de plus en plus caramélisé de drogues de Keith Richards. Ce que capte Jean-Luc Godard sur One+One en 1968, c’est le processus de composition des quinze années à venir qui est en train de se mettre en place : Keith Richards trouve un riff, et Charlie est là pour poser une proposition de rythme. Le duo produira ainsi quelques merveilles comme Brown Sugar.

La dynamique musicale de scène évolue de fait. Charlie Watts suit la guitare de Keith Richards, avec un léger temps de retard, pendant que Bill Wyman place sa ligne de basse légèrement en avance sur Richards. C’est cet équilibre instable qui va devenir le son définitif des Rolling Stones et en fera toute la magie. Keith Richards devient à partir de 1969 le principal compositeur musical, et est le chef d’orchestre avec ses riffs en open tuning sur cinq cordes, technique enseignée par Ry Cooder. Il n’a même plus à se préoccuper des chorus, puisqu’ils sont désormais l’affaire du brillant remplaçant de Brian Jones décédé le 3 juillet 1969 : Mick Taylor.

Les Rolling Stones entame une période dorée, alignant les disques exceptionnels : « Beggar’s Banquet » en 1968, « Let It Bleed » en 1969, « Sticky Fingers » en 1972, « Exile On Main Street » en 1972, sans oublier le fantastique live « Get Yer Ya-Ya’s Out ! » de 1970 avec Charlie Watts en vedette sur la pochette.

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La richesse de leur musique leur permet de rester au sommet de la hiérarchie rock, alors que le son général change. La fin des années 1960 voit arriver de nouveaux musiciens plus flamboyants et habiles. C’est le début de l’ère de l’improvisation reine et des guitare-héros. Jimi Hendrix lance son Experience, Eric Clapton fonde Cream avec le batteur Ginger Baker et le bassiste Jack Bruce. Puis ce sera Led Zeppelin. Le point commun de ces trois groupes au succès international massif, outre leurs guitare-héros respectifs, sera leurs batteurs. Mitch Mitchell, Ginger Baker et John Bonham sont trois as de la batterie, à leur manière. Mitch Mitchell crée avec Keith Moon, batteur des Who, la science du roulement de caisses. Ginger Baker développe un jeu virtuose inspiré du jazz sur un kit double grosse-caisse. Quant à John Bonham, il est une certaine synthèse des deux : roulements de toms, pied droit sur la grosse caisse comme une castagnette, et frappe lourde et agressive. La suite ne fera que confirmer la tendance, avec notamment le rock progressif et ses instrumentistes virtuoses : Carl Palmer dans Emerson, Lake And Palmer, Alan White de Yes, Ian Paice de Deep Purple, Neil Peart de Rush… Le batteur a désormais droit à son solo à chaque concert, comme les autres, parfois long de plus de dix minutes. Les kits deviennent gargantuesques : double grosse-caisse, des dizaines de toms et de timbales, un gong…

Un batteur à contre-temps

Charlie Watts devient alors la source de nombreuses moqueries. Son jeu minimaliste comme son kit frugal ne vont pas avec l’époque. Watts est la risée des classements des meilleurs batteurs de l’année dans les magazines musicaux. Il est une survivance des batteurs accompagnateurs des années 1960 comme Ringo Starr des Beatles ou Mick Ivory des Kinks. On en est même à se dire que finalement, si Brian Jones avait été remplacé par le fabuleux Mick Taylor, Watts pourrait être lui aussi judicieusement évincé par un batteur plus virtuose. Depuis 1970, Mitch Mitchell et Ginger Baker sont au chômage…

What Charlie Watts meant to the Rolling Stones | EW.com

Mais les Rolling Stones refuse de lâcher leur précieux batteur, Richards en premier. Watts est la colonne vertébrale rythmique de la musique des Stones. C’est son beat solide, simple et délié, qui tient toute la baraque. C’est aussi le décalage entre son jeu et l’effervescence des guitares qui rend la musique des Stones si particulière. Charlie Watts est un grand admirateur de Gene Krupa et Kenny Clarke, et son jeu est bien plus fin qu’il n’en a l’air. A commencer par cette manière de délier charley et caisse claire, technique héritée du jazz. Il a d’ailleurs conservé une manière très jazz de tenir les baguettes, non comme des gourdins, mais toujours vers l’intérieur, à la Art Blakey, permettant de taper sans effort dans le fond de la caisse claire, technique du swing. Et c’est justement bien de cela dont il est question dans la musique des Rolling Stones : de swing.

Charlie Watts prend toutes les précautions pour rester au maximum éloigné des frasques des autres membres du groupe. Sur les répétitions de la tournée américaine de 1969, qui se terminera dans le sang à Altamont, Watts loue une maison à Los Angeles à l’écart des autres, avec sa femme et sa fille. Cela n’empêche pas les autres de venir chez lui. Jagger, Richards et les autres y trouvent une ambiance calme et familial. Le repas est servi à midi, comme le dimanche chez les parents. Les vapeurs des excès de la veille à Oriole House s’effacent dans la douceur d’une vie simple et équilibrée, ancrage qui permet aux Stones d’atterrir en douceur quelques heures et de raccrocher à la vie normale des gens normaux. Charlie Watts est une sorte de Buster Keaton, au sourire vertical, et à l’humour typiquement anglais, pince-sans-rire. La saillie humoristique sort l’air de rien, et fait hurler de rire tout le monde. Seul signe de satisfaction chez Charlie : son œil frise légèrement.

A celebration of Charlie Watts' impeccable style | British GQ

Cet aspect impassible deviendra une touchante plaisanterie récurrente au sein des Rolling Stones. Mick Jagger aime faire une petite blague avec Charlie Watts à chaque concert, ou simplement en le citant : « Ce soir, Charlie joue bien ! », « Cette chanson est la préférée de Charlie ! », « Charlie va vous introduire cette chanson ! »… Cela ne se fera pourtant pas toujours sans mal : à Amsterdam en 1967, un Jagger saoul, prêt à sortir en ville avec Richards et Watts après le concert, va hurler dans l’hôtel : « Où est mon batteur ? ». Cette phrase provoquera la colère de Watts, qui assènera un magistral coup de poing dans la tronche de Jagger. Et Richards racontera qu’il faudra encore deux bonnes semaines pour que la pilule passe.
L’accolade est également de rigueur, que ce soit de la part de Jagger ou de Richards. Charlie Watts est toujours là, inamovible, et son swing fait que chaque nouvelle chanson tient le plancher avec dynamique. La carrière des Rolling Stones mettra à l’épreuve cet instinct : rhythm’n’blues à leurs débuts, blues-rock americana à la transition de la décennie 1960-1970, funk et disco à la fin des années 1970, rock mainstream MTV dans les années 80… Charlie tape toujours dans le fond de sa caisse claire, tenant toujours ses baguettes comme un batteur de jazz des années 1950, et aucune production moderne n’arrivera à effacer cela.

Charlie Watts's style of playing would make drum machines weep' | Times2 | The Times

Charlie Watts tentera toujours de s’extraire de la folie des Rolling Stones, et notamment des émeutes de jeunes filles des années 1960, qu’il trouve particulièrement incompréhensibles et insupportables. Mais il ne saura totalement échapper à l’effervescence stonienne à la jointure entre les années 1960 et 1970. Oui, Charlie sombrera dans l’alcool et la came. L’alcool sera son principal problème. Timide, discret, il peinera à faire face aux conflits familiaux qui éclatent immanquablement, liés aux tournées épuisantes et aux rumeurs qui y circulent. Watts n’est pas un coureur de jupons, mais la dope et l’alcool sont omniprésentes en coulisses avec les Rolling Stones. Dès la tournée américaine de 1975, la première depuis trois ans et avec Ron Wood, le remplaçant de Mick Taylor, commencera à révéler les premières limites de Watts.

Charlie Watts: five jokes about the Rolling Stones star – Kuwait News

Mauvaise passe

De souriant batteur effacé, Charlie Watts devient un homme aux cheveux ras, plein d’amertume, le poil grisonnant, le sourire félin disparaissant derrière une lippe maussade. Il débute un cycle d’amour-haine avec les tournées, terminant chacune en se disant que cette fois, c’est la dernière. Mais invariablement, il finit par tourner en rond, et sa femme ne peut que l’encourager à y retourner.

Les Rolling Stones connaissent une sale passe à partir de 1976. Ils ont désormais largement tous la trentaine, et le punk débarque. Les Stones deviennent l’un des symboles de ce rock de stadiums déconnectés de la réalité des jeunes de la fin des seventies. Même si au fond, les punks les adorent parce que les Stones sont à la base même de leur propre rock, ils font partie de la monarchie du divertissement international, ce qui, au fond, ne plaît ni à Jagger ni à Richards. Pour Keith Richards en particulier, la période sera particulièrement difficile. Il perd d’abord son fils Tara, âgé de quelques mois. Il apprend la nouvelle au téléphone en coulisses alors qu’il doit monter sur scène pour jouer une série de concerts aux Abattoirs de Paris, le tout étant enregistré pour un double disque en direct à venir, « Love You Live ». Puis ce sera la spectaculaire arrestation à Toronto en 1977 pour détention et trafic de drogues, et pour lesquels il risque plusieurs années de prison. Cette période est mise à contribution pour ralentir un peu le train des Rolling Stones, qui espacent leurs tournées : périple américain en 1975, dates européennes en 1976 en soutien à l’album « Black’N’Blue », plus quelques dates au club El Mocambo de Toronto en 1977, toujours en vue de l’album « Love You Live ».

Les nuages s’écartent à partir de 1978 : album « Some Girls », tournée US, puis période d’enregistrement à Paris pour les albums « Emotional Rescue » et une partie de « Tattoo You ». Keith Richards arrête l’héroïne et la remplace par deux bouteilles de Jack Daniel’s quotidiennes. Jagger abandonne l’alcool et la cocaïne au début des années 1980, se consacrant désormais au sport. Au début de la nouvelle décennie, et via la tournée Still Life, les Rolling Stones deviennent ce qu’ils sont désormais : un groupe de stades, une attraction de grand spectacle. Les heurts entre Jagger et Richards n’affectent pas Charlie Watts personnellement. Il a d’autres soucis à régler, à commencer par ses addictions, qui atteignent leur paroxysme vers 1983. Sa vie familiale étant au bord du précipice à cause de son état, il entreprend de se soigner, et en sort finalement en 1986. C’est au cours de cette décennie qu’il décide d’utiliser son temps libre à ses projets solos, et notamment son quintet hommage à Charlie Parker. Il publiera même plus tard un disque en direct chez Impulse, le mythique label jazz ayant notamment accueilli John Coltrane  : « Charlie Watts Meets The Danish Radio Big Band ».

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Né pour être Stone

Watts accepte sans broncher de rester le batteur des Rolling Stones, ce qui n’est pas sans conséquence. En effet, Mick Jagger, en quête d’une image de jeunesse éternelle, ne peut s’empêcher de faire accélérer tous les morceaux, se dandinant comme s’il était à la salle de gym. La musique des Rolling Stones y perd en subtilité, ce chaos bancal qui faisait la magie de sa musique. On découvre aussi les subtilités perdues du jeu de Charlie Watts dans les interprétations anciennes des morceaux : des contretemps, une charley un peu élastique sur les morceaux lents, une attaque heavy sur un blues-rock… Désormais, tout galope au rythme de Jagger. Bill Wyman est le premier membre historique à prendre sa retraite en 1992, lassé des tournées marathon.

Depuis presque vingt ans, les tournées des Rolling Stones sont désormais des musées à ciel ouvert de l’histoire du rock, et chacune pourrait être la dernière. Incapables de s’arrêter, les Rolling Stones avaient déjà programmé une nouvelle série de dates américaines lorsque début août fut annoncée l’abdication de Charlie Watts pour raisons médicales. La chose était en fait bien plus grave, et il s’éteint à l’hôpital le 24 août 2021. Il était malade, mais il avait 80 ans, un âge respectable pour mourir. Tristement, les autres Stones se sont montrés bien peu loquaces sur sa disparition. Ils vont reprendre la route avec Steve Jordan, qui fut notamment le batteur du groupe solo de Keith Richards, les X-Pensive Winos. Il n’aura toutefois pas le mythique swing de son prédécesseur. Il ne reste plus que Jagger et Richards en tant que membres historiques des Rolling Stones, tous deux âgés de 78 ans.

Watts avait poursuivi au sein des Rolling Stones comme s’il était un de ces batteurs de jazz qu’il aimait tant, discret et élégant. Il n’avait de toute façon jamais eu aucune volonté de vouloir tenter de rester un jeune homme éternel comme Mick Jagger. Il faisait partie d’un orchestre, et seul sa capacité à bien jouer était sa limite. Sa santé l’aura rattrapé. Il aura été le batteur des Rolling Stones pendant 59 ans sans jamais s’arrêter. Sa mort est toutefois un cruel rappel de la disparition d’une époque, celle du rock tout puissant. La pulsation des Rolling Stones n’est désormais plus, et c’est semble-t-il véritablement la fin d’un monde.

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7 commentaires

  1. On va pas se mentir. C’est quand même beaucoup moins grave pour les affaires que si ça avait été Richard ou Jagger. Limite Ron Wood il peut crever aussi c’est pas trop grave pour le business. Je fiche mon billet qu’on va avoir droit à un album hommage avec des inédits de Charlie Watts . Et un docu avec toute la crème des batteurs qui sucent du caillou pendant 52 min.

  2. Pas de Richards ni de Jagger à l’enterrement de Brian , presque muet à la disparition de Ian Stewart sont quand même bizarre les deux, peur de croiser le Diable dans pas long peut être…
    Je pense à mon pote Claude, noyé connement du coté de Carnon l’été 2013. Ce fondu des Rolling Stones au 1000 Bootlegs, qui en ces temps d’avant le Net m’a fait découvrir les Stones de Brian et autres Bruxells Affairs. En vrai fan qu’il était son cœur allé du coté de Charlie. Si jamais il se passe encore quelque chose de l’autre coté du miroir, j’espère qu’ils se croiseront

  3. les bots avec encart papier, les meilleures sont ceux des stooges de lou reed de la smith, bowie, de television, du the clash & j’en passe,

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