13 octobre 2025

Andromeda, étoile filante du hard-rock anglais

Grapefruit Records vient de publier un magnifique coffret de cinq disques réunissant l’oeuvre d’un trio anglais nommé Andromeda. Cette formation précurseur du hard-rock anglais va connaître une intense activité créative et musicale durant 18 mois avant de se disloquer, faute de soutien. Il est temps de rétablir l’histoire mystérieuse du trio londonien.

Il n’est pas facile d’écrire l’histoire de musiciens aussi obscurs. D’autant plus que le guitariste-chanteur John Cann, connu sous le nom de scène de John Du Cann, n’est pas le genre d’homme à se répandre en détails sur sa vie. Mort le 21 septembre 2011, il est sans doute parti avec la plupart de ses secrets. Mais Cann fut un musicien crucial au tournant des années 1960-1970, et dont Andromeda est le premier groupe majeur, artistiquement parlant.

John Cann est né le 5 juin 1946 à Leicester, une ville au nord-est de Birmingham. Elle fait partie du Nord industriel de l’Angleterre, la cité est réputée pour ses usines de textile. Le jeune John découvre le rock’n’roll grâce à un cousin qui travaille dans la marine marchande et revient avec des disques américains de Little Richard et Elvis Presley. Le choc est suffisamment sévère pour qu’il se mette à la guitare. En 1964, il fait l’acquisition de sa première guitare électrique, dotée d’un petit amplificateur. C’est la mode du Merseybeat, ce courant qui a suivi l’arrivée des Beatles, et qui voit des clones apparaître un peu partout.

Il rejoint les Sonics (sans rapport avec le groupe garage américain), qui enregistrera un acétate fin 1965 avant de se séparer. Puis, il rejoint le Mailtown Blues Band, et y fait la rencontre du bassiste Mick Hawksworth. Les deux hommes sympathisent et partagent un appartement, en fait une dépendance de la maison des parents de Hawksworth, situé à Clapham, dans la banlieue sud de Londres. Le Mailtown Blues Band enregistre un simple avant de disparaître. Puis Hawksworth forme son propre groupe, London, avec le guitariste Rod Roach et le batteur Gerry Conway, rapidement remplacé par Jack McCullough.
Pendant ce temps, Cann rejoint Forovus, un groupe qui joue des tubes de soul et de rock music dans les bases américaines et les clubs. Puis en juin 1967, il est recruté dans The Attack. Le groupe a été fondé par le chanteur Richard Shirman, qui cherche un nouveau guitariste. The Attack est managé par Don Arden, l’un des futurs magnats du management rock des années 1970. John Cann arrive pour l’enregistrement du troisième simple du groupe : Creative By Clive/ Colour Of My Mind en juillet 1967. Rapidement, le guitariste impose sa patte sonore et son écriture.

Au début de l’année 1968, The Attack est l’un des groupes favoris sur les programmations des clubs Marquee, Middle Rarth et Speakeasy à Londres. La formation travaille d’arrache-pied sur de nouvelles chansons, et Cann espère un enregistrement pour un premier album Mais DECCA, leur label, est déçu par les ventes des derniers simples, et met fin à leur contrat.

Pas découragé, Cann finance avec ses maigres deniers des démos de morceaux. Shirman partage le chant sur la plupart des chansons, le guitariste ayant pris le micro, soutenu par le bassiste Roger Deane et le batteur Keith Hodge. La musique commence à se faire plus psychédélique et électrique. Des morceaux comme Too Old ou And Now The Sun Shines ont fait leur apparition, qui sont en fait les prémices d’Andromeda. Contre toute attente, si ces enregistrements ont été publiés par la suite sous le nom du futur trio, il s’agit bien toujours de The Attack.

 

Andromeda

The Attack se sépare de David Shirman en acceptant un boulot alimentaire : accompagner le chanteur Billy Nicholls, un petit protégé d’Andrew Loog Oldham. Puis à la fin de la tournée, The Attack se sépare.
Pendant ce temps, Mick Hawksworth continue d’aller de groupe en groupe, sans véritable perspective. Il décroche un petit contrat alimentaire durant l’été 1968. Il s’agit d’enregistrer les chansons de deux compositeurs en devenir, David Montague et Guy Mascolo, sur un petit label bon marché nommé Saga. Hawksworth a carte blanche pour les enregistrer à sa guise, mais le temps de studio sera très limité. Il faut donc des musiciens solides capables d’enregistrer vite et bien. Il faut aussi un groupe en configuration minimale, car le contrat ne propose pas des fortunes. Il vaut donc mieux partager l’argent en trois qu’en quatre ou en cinq. Pour se faire, Hawksworth fait appel à son copain John Cann pour la guitare, et à Jack McCullough, alias Jack Collins, à la batterie. La seule condition des musiciens sera que leurs noms n’apparaissent pas sur la pochette, pas très fiers de devoir se plier à un tel exercice.

« The Five Day Week Straw People » est enregistré en une séance de quatre heures en juillet 1968, et sort en septembre. Hawksworth, Cann et Collins ne sont pas spécialement emballés par le résultat, mais ils ont grandement apprécié jouer ensemble, et décident donc de s’unir pour former Andromeda. Les trois musiciens souhaitent créer leur version de Cream, un groupe mêlant blues, proto-heavy-rock et psychédélisme.

Dès l’été 1968, parallèlement à « The Five Day Week Straw People », Andromeda capte une démo de trois morceaux aux Graham Clark Studios à Walton-On-Thames. Il s’agit de studios bon marché qu’avait déjà utilisé John Cann pour les démos de The Attack. Pour quelques livres sterling, le groupe et leur nouveau manager Tim Sharman disposent d’une bande de promotion. Sharman se prend le culot d’aller voir le grand DJ de la BBC John Peel, particulièrement attentif à la nouveauté psychédélique et proto-hard-rock. Le son de la bande est un peu caverneux et rude, mais c’est ce que le DJ aime. Peel est raisonnablement ravi de ce qu’il entend, ce qui pour cet homme discret et de peu de mots signifie qu’il est emballé. Il décide de les programmer pour une session live sur son Radio 1 Show en octobre 1968 pour une diffusion le 17 novembre.

Andromeda enregistre cinq morceaux. Ils ont été magnifiquement et miraculeusement préservés, les ingénieurs de la BBC devant normalement réutiliser les bandes pour faire des économies, ce qui fait que de nombreuses sessions ont été perdues. Le premier disque les propose en version restaurée. Le résultat est magnifique : on y entend un tout jeune groupe capté dans son essence la plus pure, sur scène. Pour une formation qui n’a que quelques mois, ils disposent déjà d’un matériau solide : The Reason, Day Of The Change, Return To Sanity… Le son y est assurément psychédélique, mais le côté heavy se loge partout. D’abord dans la basse gargantuesque de Mick Hawksworth, mais aussi dans les riffs assassins et saturés de John Cann. Ce dernier a un jeu d’une inventivité folle, créant des licks de guitare que l’on retrouvera chez Ritchie Blackmore, Jimmy Page, comme chez Tony Iommi. Jack Collins est par ailleurs un batteur solide et puissant qui a compris qu’il fallait taper fort pour se faire entendre entre les deux joueurs de potences à cordes.

La diffusion de l’émission fait exploser la réputation d’Andromeda, qui se retrouve en résidence au Marquee de Londres au milieu de Spooky Tooth, Jeff Beck Group, Joe Cocker, Spice, les futurs Uriah Heep, mais aussi le nouveau groupe de Jimmy Page : Led Zeppelin. John Peel est de son côté dans une phase militante. Il a fondé son propre label, Dandelion, pour venir au secours de tous les groupes proto-heavy qui restent devant la porte des grands labels. Il souhaite signer Andromeda. Pour cela, il les emmène enregistrer de nouvelles démos aux nouveaux Trident Studios en mars 1969. Mais la formation évolue musicalement très vite. Sa musique se fait plus heavy, mais aussi plus élaborée. Jack Collins est remercié car il ne convient pas, il est remplacé par Ian McLane. Tous ces changements ne plaisent pas à Peel qui a l’impression de perdre le groupe lourd et sans fard des débuts. Le contrat avec Dandelion échoue donc.

Andromeda est ensuite approché par Track Records, le label du manager des Who : Kit Lambert. Il est alors prévu de les enregistrer, avec Pete Townshend, le guitariste des Who, à la production. John Cann pense pouvoir faire le travail lui-même et écarte l’hypothèse d’un Townshend à la console, ce qui contrarie Lambert. Le trio se retrouve donc à nouveau sans perspective de label.
Tim Sharman réussit à obtenir un contrat chez RCA avec la promesse d’une liberté artistique totale. C’est sur le moment une bonne nouvelle, et Andromeda assemble son premier album aux Advision Sound Studios en juin 1969. John Cann classe avec précision l’ordre des chansons pour créer un vrai voyage sonore représentatif du trio. Mais le problème, c’est que son assemblage ne respecte pas vraiment la demi-heure par face. RCA se permet donc de refaire l’ordre des chansons et d’en supprimer. Il coupe aussi certains passages instrumentaux dans les titres. Par ailleurs, il invente des sortes de suites progressives en créant des sous-parties inexistantes. Lorsque l’album sort en septembre, John Cann est dégoûté : son travail n’a pas été respecté. Par ailleurs, le premier simple, Go Your Way/Keep Out’Cos I’m Dying est signé Tim Sharman à la production, une magouille administrative pour permettre à Andromeda d’avoir sa complète liberté sur l’album. Le manager n’y est pour rien et reversera ses droits au groupe. Mais il s’agissait d’un engagement obscur entre RCA et Sharman pour signer Andromeda.

 

Le sabotage

Lorsque Andromeda enregistre son premier album, la formation tourne intensivement en Grande-Bretagne, jouant en tête d’affiche pour des cachets proches de ceux des meilleurs : cent vingt livres la soirée, une belle somme à l’époque. Andromeda joue au Lyceum de Londres, les critiques sont élogieuses. Cann, Hawksworth et McLane sont impatients de la sortie de l’album.
Lorsqu’il sort, Cann découvre le nouveau tracklisting, il enrage. Le trio peut néanmoins se réconforter grâce aux critiques de la presse musicale de l’époque, toutes élogieuses et dithyrambiques. Tim Sharman se démène et réussit à décrocher de nombreux encarts publicitaires dans des revues populaires, mais RCA annule tout. Il faudra trois mois pour que le label se décide à lancer un peu de publicité pour le disque. Bien évidemment, les ventes sont médiocres.
Le coffret propose l’album originel remasterisé, par ailleurs déjà excellent en soi, et un mixage/assemblage inédit signé John Cann avant sa mort, restituant grâce au format cd le vrai track-listing de l’album comme il fut conçu initialement. On découvre que le puissant et furieux Seven Lonely Streets devait ouvrir le disque. Cette pépite aurait fait de « Andromeda » un disque majeur, une bombe atomique sonore, qui plus est sortie à une période cruciale : l’automne 1969.

 

John Cann, Mick Hawksworth et Ian McLane gardent foi, et commencent à assembler des démos pour un nouveau disque. Andromeda joue de nouveau au Lyceum avec Peter Green’s Fleetwood Mac et les Move. Des démos sont enregistrées avec Lou Martin, membre de Killing Floor et futur Rory Gallagher Band, au piano sur certains titres. Mais RCA se fiche totalement d’Andromeda. La promotion du premier album a été catastrophique, ce que fait le groupe pour un nouvel album ne les intéresse pas. John Cann finit par craquer et s’en va.
Hawksworth doit répondre aux derniers engagements scéniques, et Rod Roach prend la guitare pour des sets incluant une tête d’affiche avec Black Sabbath en première partie, venant de sortir son premier album, le 18 mars 1970 à Carlisle. Et puis le nom d’Andromeda disparaît définitivement.

Le groupe a un son véritablement à lui, et même si les influences de Cream, les Yardbirds et Jimi Hendrix Experience sont bien là, John Cann et Mick Hawksworth ont bien inventé une musique unique.

Les raisons du culte

Si Andromeda fascine les amateurs de heavy-rock psychédélique, c’est que l’album « Andromeda » est avant tout un authentique chef d’oeuvre. Le groupe a un son véritablement à lui, et même si les influences de Cream, les Yardbirds et Jimi Hendrix Experience sont bien là, John Cann et Mick Hawksworth ont bien inventé une musique unique. Elle doit d’abord aux jeux très caractéristiques des deux musiciens : la guitare à la fois sinueuse et agressive de Cann, la basse ronflante et virtuose de Hawksworth.
Le refus de signer Andromeda chez Dandelion chez John Peel est assez incompréhensible, car en fait, le trio n’a pas tournée le dos à son ancien répertoire. On retrouve de nouvelles versions de morceaux joués lors de leur session à la BBC : The Day Of The Change, The Reason, Return To Sanity. Le groupe a toujours sa patte acide, et ne donne pas dans la férocité sonore. Le côté heavy s’installe dans certaines parties mordantes de guitare, dans le jeu de basse lourd, et dans les tempos appuyés de McLane. Mais la voix de Cann est mélodique et plutôt douce, pas vraiment dans le même registre que Rod Stewart ou Robert Plant.
Cann, qui a composé l’intégralité des morceaux excepté The Reason signé Mick Hawksworth, a un vrai don de mélodiste, en plus d’être un guitariste prodigieux. Chacune de ses petites interventions, aussi infimes soient-elles, est lumineuse. Il suffit d’écouter ses petits chorus derrière son chant et la petite ligne en forme d’imitation de violoncelle sur Now The Sun Shines, pour comprendre que le guitariste avait atteint un niveau d’excellence assez rare. Andromeda en lui-même était devenu un excellent groupe en très peu de temps.

 

« Turns To Dust – The Complete Andromeda » réunit absolument tout ce que Cann et le trio Andromeda ont enregistré en à peine deux ans. Et cela occupe cinq disques où rien, absolument rien n’est à jeter. On est quasiment dans le génie permanent. Et toute cette musique a été produite durant des années cruciales pour le rock, de 1968 à 1970. Il faut par exemple s’arrêter sur le morceau Seven Lonely Street. Cette merveille est à l’origine un blues-rock heavy. Mais le riff assassin et caverneux, la ligne de chant à la fois mélodique et conquérante, et l’interlude du solo de guitare avec ses relances hard-rock et ses alignements rapides de notes, tout rappelle les albums à venir de Led Zeppelin, Deep Purple, Black Sabbath, voire même UFO et Thin Lizzy. John Cann est un innovateur prodigieux avec des moyens extrêmement limités : sa Fender Telecaster et un ensemble d’amplifications Hiwatt. On peut même dire que Return To Exodus avec sa cavalcade folle annonce rien de moins qu’Iron Maiden.

 

Quelques enregistrements live ont aussi été ajoutés, et dévoile la capacité d’improvisation folle du trio. C’est notamment vrai sur Round House Blues, une version de You Need Love de Willie Dixon. Ce qui a été enregistré en studio procède du direct, avec quelques overdubs. Acidus, une version embryonnaire de Return To Exodus, est une exploration heavy-psychédélique de plus de dix minutes fascinantes. Et même si le son est un peu bootleg, du fait notamment de l’âge de la bande, la qualité de la musique emporte tout.

L’écoute de ces cinq disques ne peut que faire regretter la disparition prématurée d’Andromeda, trio exceptionnel qui avait sans doute encore beaucoup à offrir, comme le montre les pas loin de deux cds complets de démos et de morceaux à l’état quasi-final. Mais la bêtise d’un label va entraîner Mick Hawksworth et John Cann vers d’autres aventures.

 

Les poussières d’étoiles d’Andromeda

Mick Hawksworth va rejoindre Fuzzy Duck, un excellent groupe qui sortira un unique album devenu mythique en 1971. Puis, on le retrouvera dans le super-groupe d’Alvin Lee, ancien guitariste de Ten Years After. La chose est un trio nommé Ten Years Later, qui sortira deux disques en 1978 et 1979, et va faire frémir les scènes européennes et US. Ian McLane, redevenu Ian McLean, sera le batteur de Ray Owen’s Moon, formation de l’ancien chanteur de Juicy Lucy, pour un disque unique de heavy psychédélique d’excellente qualité en avril 1971 : « Moon ».
John Cann va devenir John Du Cann dans le cadre d’Atomic Rooster. Vincent Crane, l’organiste et fondateur du groupe, a décroché son téléphone pour l’inviter personnellement. Atomic Rooster était plutôt prog-jazz-rhythm’n’blues sur son premier album, dans une lignée issue du Crazy World d’Arthur Brown dont Crane fut l’une des chevilles ouvrières. La nouvelle version pour le simple US de Friday The 13th est totalement frappée de la fureur de John Du Cann : le riff méchant, la voix claire et teigneuse, les chorus imbibés d’acide.


« Atomic Rooster » fut 49ème en Grande-Bretagne en 1969, « Death Walks Behind You » se classe 12ème en Grande-Bretagne, et 90ème aux USA. Crane et Du Cann se sont trouvés, labourant le même sillon sombre et ésotérique. Le nouveau batteur Paul Hammond est presque meilleur dans l’exercice que son prédécesseur, le pourtant brillant Carl Palmer, parti formé Emerson, Lake And Palmer. Le disque est un nouveau révélateur du talent de John Cann. Son approche redoutable de la guitare, sa voix, ses compositions, tout est atomique. L’album va devenir un classique qui va conduire à quelques succès : Tomorrow Night sera n°11 des simples anglais, et la nouvelle version de The Devil’s Answer n°4.

 

Peter French de Leaf Hound est ajouté sur le conseil de Cann, Crane voulant un authentique vocaliste. Le chanteur et le guitariste avait travaillé ensemble sur des démos en 1970 au sein d’un groupe appelé Hellhound, dont les bandes ont été publiées en 1994, et sont absolument extraordinaires. Puis, Cann va rejoindre Atomic Rooster et French va continuer avec Leaf Hound. L’album « In Hearing Of » est enregistré, Cann apparaît sur la pochette, mais c’est Steve Bolton qui en est devenu le guitariste à la sortie du disque : Cann a été viré, car il commençait à former un duo de compositeurs avec French qui mettait en danger le leadership de Vincent Crane.


Cann est ensuite contacté par un manager qui souhaite faire tourner Atomic Rooster et Deep Purple ensemble en 1971. Le guitariste n’est plus dans le groupe. Il a déjà commencé à travailler sur de nouveaux morceaux avec le batteur Paul Hammond, lui aussi parti d’Atomic Rooster, et le chanteur Harry « Al » Shaw sous le nom de Daemon. Il décide de recruter le bassiste John Gustafson, ex-Quatermass, et le quatuor devient Bullet.
La formation va donc jouer avec Deep Purple, et se voit proposer d’être la première signature du tout nouveau label du groupe : Purple Records, filiale de EMI. Après son premier simple, Bullet doit changer de nom, car un autre Bullet, qui vient d’avoir un titre dans le Top 30 US, existe. Le quatuor devient donc Hard Stuff, et enregistre son premier album. Durant l’enregistrement, Shaw décide de rentrer chez lui à Liverpool, laissant Hard Stuff sous la forme d’un trio.

« Bulletproof » est un album fabuleux, résultat de presque deux ans de macération entre Hellhound, Daemon et Bullet. Jay Time, Sinister Minister, Taken Alive… sont des morceaux redoutables à la férocité impressionnante, faisant de Led Zeppelin un gentil groupe de blues-rock. La critique va pourtant éreinter le disque. On ironise sur ces vieux chevaux de course issus d’Atomic Rooster et de Quatermass, et signés sur le label d’un groupe millionnaire. La musique est considérée comme basse du front, à peu près au même niveau de détestation que Uriah Heep et Black Sabbath.

 

Hard Stuff ne désespère pas, et se lance dans une vaste entreprise de tournée en Europe pour aller chercher le public, que ce soit sous son propre nom ou en première partie de Uriah Heep et Deep Purple. Hard Stuff commence à se faire un nom dans le Nord de l’Angleterre, en Belgique, en Allemagne de l’Ouest et en Italie.
Le groupe se met à travailler sur un second disque, partageant les prises de son entre les A.I.R. Studios et les De Lane Lea Studios, et assurant des concerts entre deux sessions. Peu de temps avant la finalisation du disque, Hard Stuff est sur la route en direction de l’Allemagne après une traversée en ferry depuis l’Angleterre. La Ford Zodiac qui transporte les musiciens se retrouve victime d’un grave accident de la circulation au petit matin. Si John Gustafson, qui conduisait, s’en sort avec quelques bleus, John Cann, assis sur le siège passager avant, a le dos blessé et des côtes cassées. Quant à Paul Hammond qui dormait sur la banquette arrière, il a les deux jambes cassées. Ils sont emmenés à l’hôpital Ziekenhuis Serruys d’Ostende en Belgique où a eu lieu l’accident. Cann y passera une semaine, Hammond un mois. Les deux musiciens dédicaceront le nouvel album au personnel hospitalier et à la Ford Zodiac dont la solidité leur a sauvé la vie.

« Bolex Dementia » sort en 1973, et présente un Hard Stuff mêlant hard-rock et funk, un peu à la Grand Funk Railroad. Le disque est très réussi, mais le trio ne peut pas tourner, car Cann et Hammond souffrent encore de leurs blessures, et sont incapables de prendre la route pendant six mois. Sans promotion sur scène, « Bolex Dementia » est condamné à l’échec, et Hard Stuff se sépare.

 

L’ascension de John Cann a été brisée vers Ostende. Il va assurer la seconde guitare pour une tournée allemande de Thin Lizzy aux côtés d’Andy Gee en 1974. Puis il va enregistrer un album solo en compagnie de Francis Rossi de Status Quo en 1977, qui restera sur une étagère. Cann aura un petit tube avec le morceau Don’t Be A Dummy avec Gary Numan au chant en septembre 1979. Puis ce sera la reformation d’Atomic Rooster dans sa configuration en trio Cann-Crane-Hammond. Ce retour s’accompagne d’un honnête album, « Atomic Rooster » en 1980, et d’une tournée européenne. Le groupe tente alors de se frayer une place au milieu de la New Wave Of British Heavy-Metal. En 1981, Atomic Rooster est raccroché à la dernière minute à l’affiche du Festival de Reading, mais John Cann n’est pas disponible, se partageant avec une activité de musicien de studio. C’est son vieil ami Mick Hawksworth qui viendra jouer de la basse pendant que Vincent Crane se chargera du chant. Cann décide ensuite de quitter Atomic Rooster fin 1982, découragé par le manque de succès du groupe.

Durant les années 1990, John McCoy le présente au label Angel Air, et Cann se lance dans l’édition d’archives d’Andromeda, d’Atomic Rooster, et de son album solo de 1977 : « The World’s Not Big Enough ». Son œuvre resurgit alors du passé, et Cann se montre plus bavard, évoquant dans les notes des livrets ses souvenirs.
Il s’éteint le 21 septembre 2011 d’une crise cardiaque. Sa collection personnelle comptant soixante-quinze guitares, trente amplificateurs, et des milliers de disques a été vendue aux enchères en janvier 1972. Sans femme ni enfant, sa mère sera l’unique bénéficiaire de son héritage. Sur la pierre de sa tombe est inscrit le premier vers du morceau The Devil’s Answer : « People are looking but they don’t know what to do – Les gens regardent mais ne savent pas quoi faire. »

John Cann est parti avec une partie de ses secrets. Mick Hawksworth a laissé derrière lui une série d’interviews sur le site FlyGuitars, dans lesquelles il revient en détails sur sa carrière. Il va s’éteindre le 28 janvier 2017, faisant désormais d’Andromeda une énigme sur laquelle subsiste les rares témoignages de ses deux principaux créateurs.

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