40 000 personnes, Karim Benzema, des verres qui se remplissent par dessous, un carré or au 2/3 vide, des classiques, de la ferveur, un réacteur, des mitraillettes, des meufs, des flics et Willy Denzey. B2O à la U Arena, c’était ça et plus encore.

« Vous avez votre billet svp? ». Je suis à peine sorti du RER A qu’un policier m’interroge. Serait-il effrayé par mon tee-shirt Gram Parsons and The Fallen Angels ? A ses côtés, son collègue scanne un autre homme des pieds à la tête. Même question, même tenue. Un uniforme bleu marine barré d’une mitraillette étrangement menaçante. Ce sera le premier contrôle d’une série de trois. Chaque pas vers la désormais fameuse U Arena me confirme ce que j’imaginais avant de me pointer ici : ce concert organisé à quelques mètres de la grande arche de la Défense sent la poudre et la piraterie. Rien d’anormal pour un homme qui, contrairement à l’arche, a passé son temps à jouer l’attaque sous toutes ses formes. Cet homme, c’est Booba, B2O pour les intimes.

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Booba au civil, c’est Elie Yaffa. 41 ans et une dizaine d’albums au compteur. Bouffon pour les uns, patron du rap français pour les autres, cet ex-gringalet devenu armoire à glace ne laisse plus grand monde indifférent. C’est encore plus vrai depuis qu’il a eu la mauvaise idée il y a quelques semaines de détruire un duty free de l’aéroport d’Orly à coups de parfums de luxe avec Kaaris, son copain de bac à sable. S’offrant ainsi volontairement ou non un des plus gros buzz de ces dernières années dans le rap français. Une histoire qui a bien failli éloigner un temps l’ours mal léché des salles de sport de Miami pour goûter à celle, un poil moins lounge, de Fleury-Merogis. Booba fait peur, et le dispositif de sécurité du jour ne fait que le confirmer.

« Je me suis encore plus préparé que pour un contrôle de maths »

Il faut dire que ce concert a, excusez l’expression, un caractère exceptionnel. C’est le seul qu’il fera pour promouvoir « Trône », son dernier album sorti en 2017. Forcément, les fans du duc de Boulogne sont à cran. En voilà un qui lâche « Je me suis encore plus préparé que pour un contrôle de maths » devant moi. La tension est à son comble et le niveau de préparation mentale des disciples de Booba peut effrayer.

Et puis il y a l’U Arena et sa capacité de 40 000 personnes selon les rappeurs de ce soir (ou 32 000 selon les architectes). Ce vaisseau amiral des Hauts de Seine donnerait presque à l’AccorHotels Arena des airs de grosse salle des fêtes municipale. De l’extérieur, l’UA est magnifique. Une fois dedans, c’est tout noir et très long. Rien d’exceptionnel donc, mais les toilettes sont propres et c’est finalement le principal pour entamer une soirée qui s’annonce liquide tant la chaleur cogne dans l’arène. Avant de franchir la porte 105, et de rejoindre la place 12 du rang 22, direction un des très nombreux stands pour se désaltérer. Là, c’est le choc, l’instant David Copperfield. Chaque demi de bière se remplit par dessous, via une petite trappe intégrée dans le verre. Trappe qui se referme immédiatement une fois le verre à peine l’opération terminée pour que tout ne coule pas par terre sur tes Stan Smith bien sûr. Le progrès a du bon et la révolution technologique est décidément un grand pas pour l’humanité.

Autre point positif, le personnel est sympa comme jamais.

A peine assis, je regarde la salle se remplir peu à peu. Il n’est que 18h et le concert devrait démarrer dans une heure si j’en crois mon billet. Pour l’instant, il faut prendre des forces pour pouvoir tout donner quand viendront Double poney ou Friday, mes deux morceaux préférés. Alors je mange bio (popcorn, Pepsi Max, paquet de chips industriel) et je fais du sport en croisant et décroisant les jambes.

Dans la fosse qui se remplit tranquillement, quelques tee-shirts noirs. Fleurons du label 92i de qui vous savez, ils portent des slogans qui sont des punchlines saignantes du duc. Deux exemples : « C’est nous contre les fils de pute » et le cinglant « Les aigles ne volent pas avec les pigeons » que vous n’hésiterez pas à ressortir dès demain à votre collègue quand il vous invitera à partager un jus de tomates à la machine à café. A ma gauche un jeune homme annonce que « la bière est moins chère qu’au stade de France ». C’est peut-être le fils de Dominique Seux.

On mate, on mange, on boit…19h, l’heure d’un dj-set rap. Sur scène, 2 DJ branchent leurs matos comme s’ils allaient jouer pour des potes. Un MC commence à hurler dans le micro et se prend pour Georges Clooney. « On n’est pas là pour animer, on est là pour vous réanimer !! ». Certes. En attendant, je continue de déguster mes chips et passe au coca normal.

C’est gentil tout ça, mais il est bientôt 20h et le grand musclé de Miami ne vient toujours pas bomber le torse sur scène. Dans le public, des dizaines de maillots du PSG. MBappé et Matuidi sont (textilement parlant) dans la place. Autrefois ça aurait été Kobe Bryant ou Jordan. Les temps changent, et Lebron James fait moins recette ce soir que Serge Aurier. Dans les loges VIP, tout là-haut, une fille se brosse les cheveux pendant plusieurs minutes. Partout, des filles sublimes et des armoires à glace. On se croirait chez Gymnasium. Pas de doute, le public de B2O s’entretient mieux que ceux de Jul.

Sur scène le MC et les deux DJ font quelques selfies souvenirs avant de nous demander de « faire du bruit pour Booooooooooooooooooooooooooooooooooba ». Dans les travées, une fille souriante vend des casquettes 92i à 20 euros. Faut faire du biff. En fosse, on trouve plus de têtes de mort qu’à un séminaire d’entreprise chez Zadig & Voltaire. Et deux drapeaux. Un de l’Algérie, l’autre du Sénégal. Mais pas un seul drapeau breton. Une première depuis 1979 selon nos sources pas forcément fiables.

Soudain, les lumières de la salle s’éteignent. Pas grave, puisque tout le monde allume son smartphone pour filmer l’arrivée du boss. Le public de l’Arena scintille autant que les chaussettes à paillettes de Michael Jackson. L’excitation est au maximum. Sur scène, le public découvre deux ailes immenses chacune surmontée d’une énorme mitrailleuse. Au centre, un énorme réacteur finit par s’allumer laissant place à Booba, seul au milieu de ce plateau gigantesque. Veste en cuir, pantalon de treillis, tee-shirt à paillettes et casquette « XIII – XVIII », le duc se la joue sobre mais en impose. Comme à chaque fois. Immense et musclé comme jamais, il assure le delivery et son flow retourne ses fans. Rapidement, il décoche une première flèche aux journalistes. « Observateur t’es où ? On te verra après ». Je frissonne.

Booba rappe, bouteille de whisky à la main. Il sirote à un rythme soutenu ce breuvage et ne le quittera quasiment pas du concert. A tel point que je finis par me demander s’il ne risque pas une nouvelle fois d’envoyer sa bouteille dans la figure d’un spectateur comme cela lui était arrivé en 2008. Une attaque qui serait sans riposte possible. Personne n’a en effet été autorisé à conserver le bouchon de sa bouteille d’eau, histoire qu’elle ne prenne pas trop de vitesse si d’aventure on voulait viser le maître des lieux avec.

Damned, voilà qu’une blonde parvient à monter en « clandestin » sur scène et se jette sur B2O pour l’embrasser. Relax, le duc riposte par un «Il y a de la meuf ce soir ». Les titres s’enchaînent, de 3G à Jour de paye. Au détour de Wesh Morray, la salle hurle le refrain « Willy Denzey, Willy, Willy Denzey ». D’accord avec eux, mais faut-il vraiment sauver Willy ?

Un feat avec Benzema

Quelques soucis de micro et autres larsens indésirables n’arrêtent pas le maître de cérémonie. En plein Adieu mon pays, il demande « C’est quoi ça, c’est l’Irak, le Koweït? ». Tout en haut de la carlingue d’avion, un DJ balance les prods. Il porte un tee-shirt blanc floqué du mot « Irréprochable » et ça lui va bien. Booba interroge son public avec sa question préférée « Mais qu’est-ce que je vais faire de tout cet oseille ? ». Peut-être nous le filer pour alimenter enfin nos CODEVI ? Un clin d’oeil à Fleury-merogis, puis c’est le rappeur Dosseh qui débarque pour Irréprochable. Sur scène, un homme inattendu surgit : mais, mais… C’est lui, c’est Karim Benzema ! J’en conclus un peu hâtivement que Teddy Riner ne devait pas être disponible cette fois-ci.

Une deuxième fille arrive alors en clandé au bras d’un type de la sécurité. Booba, désormais papa, se révolte. «  Pourquoi tu me ramènes des meufs, toi? ». Une question délicate, effectivement, mais qui ne l’empêche pas d’enchaîner sur un medley de ses classiques, toutes époques confondues, de Mauvais œil de Lunatic à D.U.C en passant par Temps Mort ou Ouest Side. L’occasion pour celles et ceux qui en douteraient encore qu’on se trouve bien en présence du grand patron du rap français. Du genre qui n’a pas besoin de parachute doré pour atterrir sans dommages. B2O en remet quand même une couche « Il y a des classiques comme jamais. On peut durer une heure comme ça. Tu veux qu’on continue? ». L’effronté. Et d’ajouter « On va arrêter là je crois. Sinon on va finir par te faire dormir ici, cousin ». Le pire ? Il n’est pas loin d’avoir raison.

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Le duc n’a manifestement pas du tout apprécié le traitement médiatique récent de son escarmouche avec la bande à Kaaris. Au taquet, il assène « Observateur, viens sur scène ! T’es un clandestin ici ! ». J’ai encore plus peur qu’au concert de John Carpenter salle Pleyel. Mes frissons disparaissent rapidement quand un homme tente de monter sur scène et se fait jeter sans ménagement dans la foule par le service de sécurité.

Mové Lang en duo avec Gato secoue la foule. Avant (ou après?), Karim Benzema est de retour sur scène, avec un sweat floqué Pirates. B2O le présente et demande à la foule de faire du bruit pour lui. Il en profite pour placer une dédicace au Real Madrid. Bizarre pour un homme qui il y a quelques années chantait Milan A.C. De plus en plus de personnes parviennent à déjouer la sécurité et se retrouvent sur l’avant-scène, au milieu du carré or. Tous ou presque se font virer sans ménagement. On n’est pas chez Iggy Pop, les gars, calmez-vous. Je pourrais avoir de la compassion pour eux, mais non. Il faut dire que la fosse est coupée en deux et que les happy few qui parviennent à toucher l’idole sont ceux du carré Or. En gros, ils ont lâcher 250 euros pour s’en prendre une par la sécu, et ça, c’est aussi du génie ou presque.

Si le reste de l’U Arena est plein à craquer, la fosse Or est aux 2/3 vide, ce qui donne une impression très étrange. Une bagarre est à deux doigts d’éclater quand un homme parvient à serrer Booba dans ses bras et commence à se faire secouer par la sécu. Relax et diplomate, le duc fait un selfie avec lui et apaise les esprits « Allez, on va se ressaisir là ». Sur scène, les featuring s’enchaînent. Niska, Benash,…et Dany Synthé, seul au synthé (si,si, un Nord Stage 3 ou 2), pour un « Petite fille » qui restera comme le grand moment émouvant du concert. Ensuite, c’est un peu flou. Je me souviens de trois fumigènes, de deux faux départs pour le remuant Validée avec Benash, d’un grandiose Friday, du tatouage 45 dans le cou de Booba, du somptueux Drapeau noir et de son nouveau titre BB. Et du départ de l’idole après un jet de tee-shirt dans la foule, dévoilant des pectoraux que j’aurais sûrement dans trois ans si je me mets à faire deux heures de musculation par jour et que j’arrête les chips et le coca.

Il est l’heure de quitter cette salle immense. Ce soir, tout n’était pas parfait, mais c’est aussi ce qui rend les concerts de Booba si particuliers et attirants. Là où d’autres artistes ressemblent à des machines essoufflées par une tournée sans fin, le duc de Boulogne respire la vie avec tout ce qu’elle peut avoir d’imparfait mais de jouissif. De l’humour, un peu d’humanité, des classiques à la pelle, des punchlines…« La piraterie n’est jamais finie ». C’est pas moi qui le dit, mais B2O en quittant la scène après 2h30 de show. Signé l’observateur.

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