Aussi brève qu'intense. Cette correspondance un brin cynique et désabusée fut initiée sur un coup de tête à 3 heures du mat' par deux amis vivant dans cette drôle d'époque où un simple smiley permet de remplacer une phrase. Ils ne prétendent pas changer le monde ou se porter garant d'un quelconque discours générationnel. Non, non. C'est simplement le regard de deux âmes errant entre IRL et URL, pour le meilleur et pour le pire.

28 mars 2012

Cher Florian,

Oui, c’est par ces deux mots communs, mais néanmoins courtois, que ma lettre débute. J’sais pas d’où nous vient cette habitude de communiquer lorsque les AUTRES dorment. Sûrement ce besoin maladif de se différencier. Prêt à tout pour ne pas ressembler à son voisin, hein ? Je nous vomis, ainsi que notre génération avec pour seul objectif de faire le buzz. Qu’il faille faire le con à la télé, sucer des bites sur le Net ou encore liquider la boulangère. À chacun son moyen de faire le JT.

Et encore ça, c’est rien. Le pire là-dedans, c’est que nous nous mentons à nous-mêmes. Sauf que, sauf qu’on n’est pas dupes de nos mensonges. Nous ne foutons rien. Juste des êtres individualistes, hypocrites et pathétiquement cyniques. Il est trois heures du matin, je viens de rentrer chez moi et je pense à un truc pas très novateur mais plutôt honnête : et si on arrêtait ces conneries 2.0 Facebook/Twitter/Tumblr/Youporn pour mettre au point une correspondance ?

On ne va pas s’raconter des histoires. Ca ne sera pas le portrait de notre génération, mais juste UN témoignage de deux gars de vingt-six et vingt-neuf ans. Ok ?

Je te vois bien dire oui, donc allons-y.

Pour débuter, j’vais te balancer un scoop un peu honteux. Y a deux jours, lorsque je te laissais entendre que j’étais en train de niquer une fille : je mentais. En réalité́, j’étais sur le Net en train de dialoguer avec une inconnue. Ne m’demande pas le pourquoi du comment, je ne me souviens plus trop du cheminement. Au début sérieux, j’étais en train de rédiger l’énième fiche de lecture d’un scenario qui ne se fera pas, puis deux secondes plus tard : j’étais sur le Net. Ainsi tourne le monde aujourd’hui. Bref, j’étais avec Tagada75, 23 ans, esthéticienne. Sa petite présentation indiquait qu’elle recherchait une relation sérieuse… La fille n’était pas très intéressante, mais j’ai pas trop eu le temps d’approfondir la chose car très vite, la relation a glissé dans une conversation scabreuse. Vu que j’ai un peu tendance à améliorer la réalité́, tu ne vas peut-être pas me croire mais c’est elle qui a lancé le truc…

Je ne retranscris pas la conversation car j’aspire à aller me coucher dans pas longtemps et si j’me lance dans la description, dans trente minutes on y est encore. Le plus important est que j’avais vraiment la trique. A cet instant, j’devais bien avoir mes cinq litres de sang dans la verge – ouais, ouais. Tu t’en doutes, j’ai voulu passer à l’IRL (in real life). Pas farouche, elle me file son numéro. Je téléphone dans la seconde pour avoir confirmation qu’il s’agit bien d’une femme et voir si elle est motivée pour une rencontre…

La suite la prochaine fois, si t’es sage.

Cyril

31 mars 2012

Mon petit Cyril,

Je te trouve bien d4rk ce soir. C’est normal que notre génération en soit arrivée là. Nous avons été élevés par la télévision des années 80, 90. Aux clips de Bananarama, Club Dorothée et MTV. Nous étions censés entrer dans un âge d’or, profiter des retombées économiques de ces deux décennies. Finalement y a que du gravier dans la marmite. Il nous reste que nos yeux pour pleurer et une connexion Internet pour se masturber sur les gloires d’antan.

Nous avons choisi la facilité, car à l’époque tout semblait easy. On ne fait que réitérer le schéma, mais pour des mauvaises raisons. Puisqu’aujourd’hui les gens veulent accéder à la célébrité sans rien foutre. Pourtant, lorsque tu regardes la carrière de Madonna, tu t’rends compte rapidement que oui, elle a montré son boule, mais a surtout travaillé comme une folle pour en arriver là. Enfin bon, j’suis pas ici pour refaire le monde, mais pour m’en payer une tranche.

Ah, je ne t’en veux pas de m’avoir baratiné. Tu ne baisais peut-être pas ce soir-là, mais tu baiseras le suivant. Ce dont je suis sûr, c’est que tu n’auras aucun mal à faire rêver cette petite en parlant littérature et cinéma. Non pas qu’une esthéticienne soit forcément inculte, hein, mais plutôt à cause du « recherche une relation sérieuse » sur un site de rencontre. Qui revient à mettre sa bite dans la prise électrique en espérant ne pas être électrocuté́…

En même temps, cette sotte sera sûrement plus naturelle que toutes ces connes apprenties actrices, pubardes, ou autres. Dont le seul intérêt semble être la taille de ton réseau, plus que le diamètre de ta teub – faut pas être surpris si les meufs de la génération Y n’ont jamais eu d’orgasme.

Ça me rappelle ce sosie de Chloé Sevigny qui, à la vue du cadenas autour de mon cou, m’avait lâché́ : « Mec, ça c’est trop 2007. » Givenchy aurait sorti une merde du genre en 2007. Pourtant, avec peu jugeote, tu t’doutes bien qu’un mec avec un putain de cadenas autour du cou en a strictement rien à branler de ces conneries… J’ai bien essayé de lui conter fleurette, mais entre mon état d’ébriété, sa connerie et son pote hétéro, je me suis pris les pieds dans le tapis.

Tout ça me fait réfléchir, et ça me tenterait bien de lâcher quelques pesos sur un site de rencontre payant pour voir ce que ça donne, en 2012.

Florian

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