Il est dans la fleur de l’âge, boboïsé par une écharpe Laurent Fabius et un CDI porteur d’avenir. Il est barbu, les poils lissés à l’huile de jojoba. Depuis toujours il m’oriente vers ce bon goût universel tant décrié par les ratés. Ce soir, il me conseille le Point Éphémère, au passage, son terrain de chasse privilégié. Attention à vous, chères hipsterettes talonnées. Il me présente Blank Dogs comme une «musique de filles». Il sait que j’en raffole. De belles mélodies synthétiques, légèrement compliquées à cerner, mais toujours efficaces à écouter. Ma confiance en lui est aveugle, je dis banco. Peut-être un peu trop tôt.

Fort d’une première partie (Frank just frank) de jeunes gens mödernes engraissés au donut dépressurisé, au charisme faiblard et à l’énième redite d’un pendu à la voix trop grave pour son âge, Blank Dogs s’installe dans un soubresaut d’applaudissement. Une bassiste sexy, un chanteur encapuchonné bien maladroit de ne pas vouloir montrer son beau minois. Je déteste les musiciens à capuches, ça me rappelle ma triste époque Klaxons et ces trisos fluos affalés sur leurs synthés. Très mauvais début. Et puis arrive le machiniste, un Dan Deacon apeuré, lumière au ventre pour illuminer ses joujoux électrifiés. Je comprends vite que la force du groupe réside dans son bruitisme intriguant, ses beat impertinents, plutôt que dans la voix éreintante du chanteur stylé néo-boy’s band. Très clairement, quand la bassiste passe au synthé, que le chanteur la ferme et que les boîtes à rythme s’agitent, plus rien n’est à jeter. Des ballades électriques mélodieuses et une force de persuasion mécanique et subtile. J’aime l’air «The Pains of Being Pure at Heart» sans guitares ni batterie. Loin d’être envoutant, tout simplement pertinent : de la pop pour vieuj (jeunes-vieux).

Mais il faut que l’encapuchonné se la ramène avec sa voix indie-rock agaçante. Et le château de cartes qui avait atteint désespérément un sommet vacillant s’écroule aussi vite qu’un mineur chilien au fond du trou, asphyxié par la perlouze d’un collègue meurtrier. Blank Dogs vient mourir, esseulé par un ego surdimensionné qui vient détruire la pincée de pureté dégagée par ces fortes sonorités. La redondance affligeante des titres vient noircir mon avis jusqu’à l’heure pointillée.  Le concert suit son cours dans une indifférence totale, d’un chiantisme niveau 8. L’échelle du chiantisme, pour rappel, place au niveau zéro Zemmour et Naulleau le samedi soir puis se hisse jusqu’au niveau 10 avec le dernier Fincher. Pour vous faire une idée.

Comme une conclusion pré-écrite, le rappel est parfait : peu de chant, une vague instrumentale brillante. Et finalement la seule musique que l’on retiendra d’un groupe déjà oublié, énième single band, groupe d’un titre. Savoir faire la part des choses aujourd’hui est d’une complexité extrême. Ne pas s’enflammer et rester mesuré sur son époque. Mon ami barbu s’est emballé après avoir écouté un titre sur Myspace. Le titre du rappel. Pas de bol, il aura fallu attendre une heure pour l’écouter.

http://www.myspace.com/frankjustfrank
http://www.myspace.com/blankdogtime

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