Avec le troisième album de Black Mountain, Spinal Tap, Oasis, Black Sabbath, Deep Purple et King Crimson font un bœuf. Etonnant ? Ah ça oui. Et puis non, finalement.

Guide de montagne. En plein hiver 2005, une noire montagne sort de la terre canadienne. Sorte de contre-pied prog-rock à l’âpreté de leurs compatriotes Godspeed You ! Black Emperor, Stephen McBean (sherpa en chef) et ses potes ne se soucient pas d’apocalypse, contrairement aux compositeurs de la B.O de 28 jours plus tard. Leur mission:  propulser l’auditeur en haut de sommets jamais visités. Seuls dénominateurs communs aux deux bands: un amour prononcé pour les formations à géométrie variable, un certain goût du collectif et une vision du monde assombrie pas tout autre chose qu’une paire de Wayfarers. Saxo free, longues envolées de guitares, batterie lourde comme une paire de chaussures de randonnée : Black Moutain repeint le psychédélisme en noir et les oreilles en voient de toutes les couleurs.

Hiver 2008, l’équipage remet ça et va faire un tour In The Future. Toujours aussi prog, toujours aussi rock : l’absence d’effet de surprise s’efface devant une tempête à faire des nœuds dans les cheveux d’un skinhead. Idéal si le LSD vous fait peur. Et puis ces gens-là, même couverts de riffs en polaire, savent écrire des mélodies.

Wilderness heart

Automne 2010, BM chamboule tout, se tire sur la nouille et veut envoyer la montagne dans un stade, sur les ondes radios en déroulant d’ignobles solos de guitares. Ca s’appelle Wilderness Heart et ça met un grand coup de pied dans la fourmilière, façon prog-pop. But what happened ?

Un peu d’interprétations à la mord moi le nœud. Avouons le : l’armure, les boules quiès et les moon boots enfilés en prévision de cette nouvelle secousse auront été bien inutiles. Le ridicule ne tuant pas (ce qui est souvent bien dommage), posons nous ainsi attifés à la terrasse la plus proche – surtout pas de vin chaud pour moi, faut pas déconner non plus – et cherchons les causes d’un tel virage en chasse neige. Principal incriminé, le sherpa en chef :  Stephen McBean, ce coquin, avait posé sur disque des signaux annonciateurs. Peu après le premier opus de BM, monsieur claquait en solo Axis of Evol, sous le pseudo Pink Mountaintops. Du Beck en noir et blanc soufflant le chaud et froid comme seules les 80’s en étaient capables. C’était beau et touchant : mélodies coupantes, boîte à rythmes pour seul rail, mélodies tristes et rock. Et puis patatra, Pink Mountaintops remettait ça l’année dernière, avec Outside Love, guimauve boursouflée et un peu prétentieuse. Son mojo s’était-il dissolu dans une ambition à la noix ?

Guitares (échelles de) pompiers, solo à permanente et refrain Morning Glory.

Eloge du mauvais goût. Alors donc, la machine de guerre se serait transformée en machine à tubes ? Un peu. Mais des tubes heavy. De ces trucs qui poussaient dans les années 80, où les artistes se sanglaient de cuir et permanentaient leurs cheveux longs à l’aide d’affreux bigoudis faits maison et taillés dans la mégalo. Sauf que Black Mountain ne renie rien du passé. Ni les grands élans, ni les mélodies, ni la batterie propulsion. Mais quand un tel groupe fait un pas de côté, ça ressemble à un pas de géant, voilà tout. Prenez Radiant Hearts. Ca fleure bon le mauvais goût et il faut autant de courage que de lâcheté pour y succomber. Mais un des plus drôles reste Lets Spirit Rides : les allers-retours sur la corde de mi, qu’on imagine joués de trois quarts face au public, un genou fléchi et manche en avant, tandis que la touffe fait du head banging (Pedro Winter, honte à toi d’avoir phagocyté ce terme) finissent évidemment par un solo dégoulinant que Kirk Hammet n’aurait pas osé. Cool ! Autre cause de trouble : la voix. Où la question d’un featuring avec Liam Gallagher (The Hair Song, The Way to Gone) est en droit de se poser. Là encore, ils finissent pas renverser la vapeur en claquant un solo HORRIBLE qui, c’est le moins que l’on puisse dire, bouscule. Car derrière, ça défouraille, ça galvanise, ça mélodise, ça emporte la mise avec le panache d’un Cyrano à bandoulière, voyez-vous. Et puis le fan de base pourra toujours se raccrocher à Rollercoaster et Old Fangs, où Black Mountain fait du Black Mountain.

Conclusion en direct de chez mon coiffeur, les cheveux sous le séchoir géant. Cet album est extraordinaire, au sens propre du terme. Il flirte avec le pire du heavy, ressemble parfois à ce que les années 80/90 ont donné de plus hideux, mais en même temps, ses auteurs ont déjà tout défoncé sur leurs deux premiers albums. Après avoir pris 400 années lumières d’avance sur la concurrence, Black Mountain assume son mauvais goût et sort du bois. La seule question que je me pose encore c’est « Est-ce que je vais laisser un pourboire à la coiffeuse ? »

Black Mountain / / Wilderness Heart / / Jagjaguwar (Differ-ant)
http://www.myspace.com/blackmountain

8 commentaires

  1. J’ai beau considérer cet album comme du sous Dire Straits filtré par Moroder perfusé à la weed, je dois bien admettre que cette chronique décoiffe (facile), sur le fil du rasoir (easy) entre rock à cheveux longs (ça frise sur les bords là) et gonzo bien mis en pli. Vernon, Tony & Guy te remercie pour ce papier de l’au-dela.

  2. Le côté vieux hard et mauvais goûts ne m’a frappé que sur Let’s spirits ride (c’est vrai qu’il faudrait être sourd pour ne pas le remarquer sur ce titre)
    Sinon j’ai surtout trouvé Wilderness Heart fade, très fade … où est passé la voix de AMber Webber, les nappes synthétiques, les guitares de pachidermes ???
    Je laisse un lien vers mon article http://lebaldesvauriens.over-blog.com/article-black-mountain-wilderness-heart-57484778.html

  3. Et allez, une bonne vieille tirade anti-hard rock par de bon vieux indie boys, maintenant que black sabbath est mort et AC/DC pourri, on peut louer leur immense talent dans les inrocks. En revanche, chions ensemble sur le mauvais goût d' »une corde de mi joué en aller retour » (ça frise le ridicule les mecs) et offusquons nous de la présence de solos de guitare (c’est vrai que c’est le comble pour un genre issu d’une musique d’improvisation comme le blues).

    Je suis pas un vieux hardos fanatique, loin de là, mais j’en ai marre de ces lieux communs franco français sur le bon goût dans le rock n’roll. Les Cramps, Stones, Led Zep, Misfits, Cooper,Pistols ou autre New York Dolls ont démontré que le bon goût, musical ou vestimentaire n’était vraiment pas une question dont le rock devait se préoccuper, à moins que ce soit pour envoyer chié les étiquettes. Je vous laisse donc à vos réflexions sectaires et vait me coucher en écoutant un bon vieux Guns N’Roses des familles.

  4. Quentin,
    C’est à se demander si je n’écris pas en chinois : je crois qu’à un moment, il est question d' »éloge du mauvais goût », que j’avoue succomber et que dans l’ensemble, je défends l’album ; quant aux allers retours sur la corde de mi, c’est exactement comme ça qu’il joue sur ce morceau, non ?
    Pour Gun’s, tu es plutôt Appetite ou Lies, non parce que moi, je n’arrive toujours pas à me décider.

    Un indie boy qui te fume eu head banging, quand, mais alors quand tu veux.

    P.S / relis le papier, et vois si tu réécrirais EXACTEMENT le même comment. Parce que les clichés « Gonzaï c’est rien que des élitistes parisiens, obtus et donneurs de leçon », ça commence aussi à bien faire. En fait, on est cooooooool.

  5. Ahah, effectivement, j’ai un peu lu avec mes panards, c’est le problème de la glande nocturne et alcoolisée sur internet, milles excuses en tout cas.

    Moi j’aime tout des Guns, même Chinese Democracy, c’est vrai que niveau mauvais goût, ma perception est brouillée. En revanche je vois toujours pas le mauvais goût dans cet album-ci.

    Et puis tu as raison, tenons nous la main et peut être qu’un jour les fans des Strokes et de Van Halen forniqueront ensemble en écoutant le futur projet indus-twist-glam de Leonard Cohen. La musique que l’on aime (celle qui vient du Blues) s’en porterait sans doute mieux.

    à bientôt pour une bonne partie de Headbanging

  6. Ah merde ! Chinese Democracy ! Non là, Quentin, tu vas un peu trop loin pour moi. Mais j’attends avec impatience Tunisie’s Democracy, avec MAM en featuring.

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