Boulogne-Billancourt, deuxième ville la plus peuplée d’Ile-de-France, mairie de Pierre-Christophe Baguet, et terre d’accueil du jazz. L’auditorium du Carré Belle-Feuille, 600 places assises dans des fauteuils de velours, accueillait trois jours durant The Warlocks, Bonaparte, The Raincoats, Swans et d’autres qui passeraient sur le ring devant un public inquisiteur. A gauche : l’équipe du BB Mix, revendiquant sa 6ème ceinture d’organisateur de festival rock. A droite : les féroces fonctionnaires UMP et Nouveau-Centre garants de l’ordre. Gonzaï pour arbitre.

Vendredi, 1er round

Vendredi 26 novembre, les lumières de Boulogne-Billancourt se tamisent, les stores s’abaissent, alors que les prix du litre de Heineken grimpent en flèche rue Belle-Feuille. Trois euros la canette. La longue baston commence. Le résultat est attendu pour dimanche soir : qui imposera son souk / son ordre ? Est-ce que Boulogne est punk ? Est-ce que ça valait le coup de voter à droite ?

Voirie. Quelques mégots, une canette de bière vide sur le trottoir, parce que la poubelle était pleine, mais dans l’ensemble, les rues de Boulogne sont propres. Bobby Conn ouvre le bal. Il a des courants d’air dans le ciboulot, gravement siphonné le garçon au bout de ses talonnettes. Un certain folklore vient chatouiller nos zygomatiques, on ouvre une mousse dans la salle (interdiction facilement contournée) et on écoute béatement leurs mélodies absurdes. Un point pour la mairie pour le trottoir impec, mais les BB Mix égalisent grâce à Bobby.

Sécurité. Les Bonaparte conquièrent l’audience, heureuse de pouvoir remuer son cul encrassé d’alto-séquanais, quatre notes au clavier. Une nymphe, chose chauve, enrubannée de cellophane, distribue des Mars qu’elle pioche dans son étourdissant corset. Une autre sympathique créature fait voler autour d’un public de teenagers émerveillés, un phallus de faïence. En un instant, des petits monstres envahissent la scène pour toiser les gradins et s’élancer sur leurs pairs. Ces paquets humains  pourraient blesser n’importe qui en sautant. Et les vigiles réagissent trop tard. BB Mix garde l’avantage. Puis les Warlocks, trop saturés. J’abandonne et croise deux jeunes déçus : « Heureusement qu’on n’avait pas payé. » Des passeurs de frontières. Ca c’est rock. Un point pour BB Mix. Mairie de Boulogne VS Rock du BB Mix : 1 / 2

Samedi, 2ème round

Couvre-feu. Samedi, deuxième manche. La mairie de Boulogne-Billancourt s’est pris une bonne raclée la veille. Alors elle décide de rattraper son retard en renvoyant les ados au dodo à 22h30. C’est stratégiquement très bien joué de la part des fonctionnaires. Dès 21 heures, la quasi-totalité des groupes sont passés, je loupe Young Michelin et les quidams abordés n’attribuent aux groupes des premières parties qu’un « pas mal », ou un « pas top » pour les plus sévères. La mairie de Boulbi reprend du poil de la bête et égalise à nouveau.

Minorité. Heureusement, la bande féministe post-punk de The Raincoats donne un show pour clore la soirée. La bassiste s’est pété la main (les agents des autorités ?) et les excentriques ne manifesteront pour leurs idéaux pro-gouines qu’à trois. Elles défendent ardument leur bout de gras, et  sont hilarantes. On les veut en parents délégués. Lever de camp avant l’heure du crime et chants de suffragettes : la Mairie domine désormais les BB Mix.
Mairie de Boulogne VS Rock du BB Mix : 3 / 2

The Raincoats (C) Caroline Rose

Dimanche, 3ème Round

Nuisances sonores. Dimanche, balle de match. Les Edgar Pilot sont français. Comme The Elderberries ou The Elektrocution. Et, comme eux, ils sont taillés pour la scène. Leurs amplis éclatent les sonotones des petits vieux qui sont tombés là par hasard (les aléas des promenades post-Vivement Dimanche). C’est burné et BB Mix prend un point facile.

Le mec d’après, James Blackshaw, a beaucoup de cordes à sa guitare, plus que d’accords dans son répertoire. Trop répétitif, trop calme, trop Jean-Michel Jarre en fait. Mais la virtuosité satisfait une salle à demi-comble. Je m’endors. Puis, changement de joueurs, les Swans, échauffés, mettent l’ultime uppercut. Un ampli basse explose, les oreilles aussi (120 décibels).
Score final : Mairie de Boulogne VS Rock du BB Mix : 3 / 4

La mairie de Boulogne s’incline après un combat difficile. Très belle édition 2010. J’y partais avec l’envie de voir des musiciens éclater leurs guitares sur les débiles du premier rang, des chanteurs s’étrangler avec le fil du micro. J’avais envie d’avoir peur et envie d’avoir envie d’autre chose. Mais finalement, les lieux propres et la canette à trois euros ce n’est pas si mal. Qui a dit que je m’embourgeoisais ?

http://www.myspace.com/bbmix

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