Barcelone, 20 juin, 18h49. Je suis arrivé par le vol de 9h40 en provenance de Paris. Dans mes bagages, des chemises, ma femme, un ordinateur et du matériel d'enregistrement audio et vidéo. Après installation dans notre pied-à-terre, ma femme, que par commodité nous nommerons Irène — de Rennes, chacun sa blague sur son nom — s'est décidée à aller boire une bière avec un tatoueur qui nous le jure : "pas de scène musicale à Barcelone". La nouvelle tombe tel un couperet. Entre un bol de sangria et la déglutition de tapas mous, il va me falloir mener l'enquête. Mission de la semaine au cœur des Ramblas : trouver la scène barcelonaise.

21 juin, 10h04. Après avoir sympathisé avec deux Françaises et bu un long apéritif, on nous propose d’aller au bar de Manu Chao, situé à deux pas de notre logis. Ivres et fatigués, on décline.

21 juin, 21h35. Enfin, une piste. Un mec qui vend des cassettes transformées en porte-monnaie veut me vendre un cul de joint et me confie que la scène barcelonaise se trouve au Polaroïd, un bar pas loin de la plage.

23 juin, 20h58. Le Polaroid n’a rien de chouette. Nous tombons sur un bar nommé le Red Rocket. Objectivement, ça me fait penser à la Mécanique Ondulatoire, la cave en moins. Le voisin d’en face semble être une charmante personne qui tente au préalable de nous jeter un œuf sur le coin de la gueule. À l’intérieur, la musique est assurée par deux ou trois DJ qui mixent sur CD du hard rock, du punk, des machins plus dansants et du Queens of the Stone Age, qu’on a retrouvé dans le second bar sympatoche trouvé ce même soir.

Après avoir acheté des bières, on part sympathiser avec Juan, un type peu causant — à moins que ce ne soit mon anglais qu’il a du mal à saisir. Quoi qu’il en soit, Juan me file des noms et adresses de bars : le Nevermind, le Bollocks (sacrés Ibères, quels farceurs !), le Tequila, le Rock Sound, le Magic Disco et le Psycho. Liste qui sera un peu corrigée par Marc, objectivement la meilleure rencontre de la soirée. Marc a pile vingt ans de plus que moi et joue dans un groupe nommé the Rippers, qui sortent leur disque “Fire Traäctat” chez Bcore Discs, un machin objectivement keupon. Subjectivement pas très bon. Le Red Rocket est, selon lui, “le meilleur bar rock’n’roll de la ville“, le Psycho étant le second mais restant un formidable point de chute pour les afters après les concerts, et ce jusqu’à 3h30 du matin. Plus tard, nous y rencontrons un type barbu qui joue dans un groupe nommé les Surfing Sirles. Un groupe qui chante en catalan.

Les nuits sont longues à Barcelone, et l’ivresse d’Irène combinée à notre budget limité et aux chants de supporters nous empêchent de tenir la distance. Je ne connais que Glory Glory Man United, et je n’ai pas vu un match de football depuis 2006.

25 juin, 13h23 : Irène ayant décidé d’aller dans une vraie boîte de nuit avec des fraggles et du David Guetta, je retourne au Red Rocket. Au plus fort de la soirée, nous sommes six, barmaid et DJ compris. Je sympathise avec Javier, le DJ de la Muerte qui officie régulièrement dans ce bar (puisqu’il anime les soirées intitulées « Domingos y Lunes de la Muerte »). Notre discussion de départ passe de la version alternative de She’s Lost Control qu’il a passée, au sujet majeur de cet article. Sachant que je suis plutôt ivre — San Miguel et Gin Tonic — je vais essayer de reconstituer, à partir des notes qu’il m’a filé, les bribes de notre discussion.

Selon lui donc, le Malpaso et le Red Rocket sont les bars avec la meilleure musique. Puis vient Las Guindas, devenu La Milagrosa. Enfin viennent le Psycho et le Barbara Ann (probablement fermé). Fut un temps où The Moog avait de chouettes sessions rock’n’roll, mais la programmation a changé, à présent on y passe de la techno et de la house toute nulle. Le Sidecar — recommandé par le Guide du Routard — est nul à chier (sur mon papier j’ai « Sidecar = crap ») et il ne faut pas aller non plus au Apolo (Apolo → Tabu). Enfin, le Time to Time n’a pas plus d’intérêt, à cause de sa programmation mainstream.

Je décide de bouger dans le dernier bar ouvert du coin. La bière coute 20 centimes de plus, l’endroit est plein de Français et la musique s’avère pas mal, jusqu’à ce qu’ils passent du Jet. Je sympathise avec deux autres Français résidant à Barcelone ; ils nous emmènent au « Pipas », un genre de bar clandestin où il faut sonner pour entrer, en étages, avec des bières à 4 euros, une décoration pipes et visage de Sherlock Holmes, un billard et une scène qui a l’air salement classe. Selon un des mecs qui nous a emmenés là, c’est un club de fumeurs de pipe entre 8h et 11h du matin — logique, quoi. Je ne suis pas resté jusque là. Le retour est un peu agité, je manque de me battre à 4h du matin au couteau suisse — on ne se réinvente pas, j’ai toujours pas de stiletto. Faites vos dons en envoyant un mail à desk@gonzai.com — avec deux prostituées qui tâtent mon pénis à travers mon pantalon. Plus je reste ici, plus les nuits semblent longues, mais ces aventures sont toujours drôles à écrire.

26 juin, 20h35. Ça y est, j’ai plus un sou, plus de clopes et un découvert d’environ 12 euros sur mon compte. Par chance, mon avion part demain soir et il nous reste des trucs à manger. Par chance aussi, le jour passe vite : deux disquaires repérés sur le Guide du Routard de nos colocataires françaises nous font passer le temps, même si ça m’étonnerait que je tombe sur cette rareté que fut le pressage espagnol de “Sticky Fingers” et sa pochette alternative. Quoi qu’il en soit, je ne suis pas fâché de rentrer à Paris.

En définitive, je n’ai absolument aucune conclusion.

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4 commentaires

  1. Voilà ce qui s’appelle voyager idiot. Le gars a un imaginaire de rockeur ultra-limité et bourlingue comme on se ballade sur Amazon. Aller à Barcelone afin de consommer de la sous-culture anglo-saxonne pour ado attardé, ça montre bien le degré d’aliénation atteint par les blaireaux de ce webzine de mongoliens branchagas qu’est Gonzaï. Des p’tits blancs fadasses qui naviguent à vue dans le vide mais qui s’y croient. Qu’est-ce que vous laisserez quand vous serez morts ? Une collection de vinyles et un compte facebook ?

  2. Cher Igor, je vous invite à aller écouter ceci http://www.youtube.com/watch?v=fML-0M3e6Tk et vous rendre compte par vous même qu’on peut trouver de la “scène rock” partout et à toutes les époques. Vous n’êtes qu’un abruti manquant cruellement de culture pensant aller taper sur le “webzine de mongoliens branchagas” pour être encore plus à la mode que vous croyez que nous le sommes mais je pense malgré tout que rien n’est perdu, vous pourrez peut-être nous laisser après votre mort vos chaussettes sales et le délicieux souvenir “Ah, Igor, qu’il était con ce Igor” porté par le magnifique commentaire ci dessus. Si vous êtes sage je vous lèguerai mon compte facebook.
    Vous êtes mignon, je vous embrasse.

    Roger De Lille

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