Le duo porté par Julien Gasc (Aquaserge) et Louise Roam vient de sortir, sur le label Les Disques du Festival Permanent, un EP qui sonne un peu comme si Martin Rev avait récupéré les corps d’Alan Vega et Glenn Branca pour une partouze sonique aussi malsaine que jouissive.

Dans ce qu’on peut naïvement appeler la « musique électronique déviante », il y a des thèmes récurrents comme le glauque, les meurtres et la déprime, avec le même effet qu’un camion citerne rempli d’amertume. Noir Boy George, Les Morts Vont Bien, Hache Tendre, ASS, Holiday Inn… tous ont au moins un point commun, celui de faire une musique qui pourrait tout aussi bien servir de B.O. pour un fait divers sordide à Bar-Le-Duc. Dans cette catégorie de boxeurs poids lourds, les « petits nouveaux » de Fuck Dead ont comme des envies de porter la ceinture de champion. Les atouts de Julien Gasc et Louise Roam pour une victoire par KO ? Cet EP éponyme sorti le 3 septembre sur Les Disques du Festival Permanent (le label du violoncelliste Gaspar Claus) qui narre une histoire aux antipodes d’un nanar. Au travers les sept titres de ce mini-album, le duo fondé en 2019 raconte ce moment où, en 1982, Peter tue sa petite-amie partie avec son meilleur ami avec un fusil à pompe et l’aide de son beau-frère (oui relisez cette phrase pour bien comprendre mais tout est correct).

Pour bien situer, il faut écouter avec attention le premier titre Salaucreatie qui, sur un beat synthétique qui tabasse, pose les bases de l’histoire.

La suite de ce meurtre ? Peter est arrêté puis condamné à mort, même si l’histoire se déroule en 1982 et que l’abolition de la peine de mort en France a eu lieu en 1981. À vrai dire, rien ne nous indique que cette histoire fictive se déroule en France, ni qu’elle est destinée à être cohérente. Par exemple sur No Futur, troisième titre de l’EP, Julien chante en anglais « qu’il n’a pas de passé et probablement pas de futur ». Comme dans un mauvais rêve distordu, la musique de Fuck Dead, comparée dans le communiqué de presse à Suicide, reprend des éléments inhérents aux musiques électroniques (notamment la notion de montée) tout en jouant avec ses codes. Les BPM ne sont pas toujours constants, les rythmes sombres sont saccadés et les machines cohabitent dans un bordel sonique, donnant une impression de compression, comme si les murs étaient en train de se rapprocher pour vous écraser. Sur Hétéromania en Do Mineur, le couple qui n’est plus règle ses comptes dans un dialogue antérieur au meurtre. Elle lui avoue qu’elle a quelqu’un d’autre et qu’elle se masturbe quatre fois par jour en pensant à sa patronne. Lui essaie de la reconquérir. Mais trop tard : Elle a l’impression de voir son père en Peter. Elle se barre, enfin libre. La suite ? Baise Mort, sorte de chanson pop symphonique qui crépite plus proche de Robert Wyatt que d’Alan Vega et un final, Carpathos, hypnotisant et psychédélique. Voilà, Fuck Dead a réussi à ranimer votre âme maussade qui sommeille bien profond en vous. Dites-leur merci.

Bon, l’idée n’est pas de tout vous spoiler. Pour connaître le fin mot de l’histoire, l’EP de Fuck Dead est dispo juste ici.

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