Jadis, les clowns étaient parqués dans des camps qu’on appelait des cirques ; la femme-tronc y côtoyait les freaks androgynes, et les gamins en avaient pour leur argent tandis que les parents s’emmerdaient sévère pendant le show de Jumbo l’éléphant. Plus d’un siècle après la mort de Phineas Barnum, gros switch générationnel : désormais, les dingos divertissent les plus vieux avec des perruques délavées et des disques finis à l’urine. Quant aux gosses, ils assistent consternés à la sortie du neuvième album d’Ariel Pink.

Il faut tout de même un certain aplomb pour oser publier un disque aussi approximatif que « Mature Themes ». Non pas que je veuille absolument me payer la tête de la version américaine de Katerine, ou chier sur les mocassins de ses milliers de fans ravis de trouver avec pareil énergumène l’opportunité de régresser sans complexe pendant que leurs gosses font leurs devoirs de vacances. Jusque-là, Ariel avait pourtant fait des efforts de présentation, ses loufoqueries verbales contrastaient avec les productions trop proprettes de l’Amérique conditionnée sous vide ; on écoutait ça d’un œil distant (sic) sans trop comprendre pourquoi nos amis trop cools trouvaient ça trop hip’, ni comment l’Ariel, avec sa belle gueule de Kurt Cobain passée sous le kärcher d’un Éléphant bleu (ou rose, c’est selon) parvenait aussi bien à séduire la midinette indie que le voisin d’à côté qui lit Chuck Palahniuk très sérieusement dans le métro. Pour résumer : notre pote aux cheveux couleur papier toilette était jusque-là en liberté conditionnelle, et ses disques, aussi inécoutables soient-ils, avaient au moins le mérite de laisser indifférent.
Mais patatras ! Avec « Mature Themes », le faux mongolien des banlieues riches décide d’accélérer sa dégringolade dadaïste. Le sort de ce neuvième album pourrait d’ailleurs se régler en deux coups de cuillère à pot. On traiterait alors ce grand dadais peinturluré comme Jackie Sardou d’épiphénomène de la folk américaine, rien de plus qu’un zouave faussement farfelu cherchant vainement depuis dix ans déjà à atteindre ce que Connan Mockasin a réussi en un seul disque. Depuis que sa reprise de Donnie & Joe Emerson, Baby, a récemment été élue « best new track » par Pitchfork, même plus besoin d’une boule de cristal pour visualiser la nuée de tongues fluo regroupées comme du bétail estival sur la prochaine édition de la Villette Sonique. Que les provinciaux se rassurent, Ariel se produira aussi dans une SMAC, faisant sa programmation grâce au dernier CD sampler des Inrocks. Vous paierez alors 25 balles sans rechigner, puis taperez mollement du pied en attendant la mort, qu’elle vienne par un cancer du larynx ou via la chute inopinée d’un astéroïde, tout ça en supportant sans effort ni vrai plaisir le suppositoire transformé en fusée aérophagique qu’est « Mature Themes ».

Ariel Pink Albums From Worst To Best

Bon, tout ça c’est un peu facile quand même. Après tout, ce n’est pas la fin du monde si Only in My Dreams est un plagiat du Turn Turn Turn des Byrds, ce n’est pas grave si une preview de 30 secondes de chacune des chansons du « Nightfreak & the Sons of Becker » de the Coral vaut à elle seule l’intégralité de ce disque d’imposteur, à la fois mal branlé, mal ficelé, mal habillé, et surtout, mélodique comme un coussin péteur. Chaque chanson de « Mature Themes » ressemble à s’y méprendre au dernier opus païen de Sébastien Tellier : monté comme un Lego, creux comme un vase, aussi divertissant que la plus ringarde des compilations de station essence.
Les meilleures blagues étant souvent les plus courtes et les plus drôles, justement celles qui ne sont pas censées l’être — allez demander à un croque-mort pourquoi il fait une gueule d’enterrement… — on aurait envie de conseiller à Ariel de consulter un pédopsychiatre et de, tant qu’à faire, demander un tarif de groupe pour tous les post-trentenaires qui continuent de s’extasier devant ses mimiques et ses saynètes pop de 2’30 composées sur des pianos jouets. Finalement, que raconte ce disque régressif, si ce n’est la désillusion de l’adulte qui s’aperçoit tardivement que ses souvenirs d’enfance ont rétréci au lavage ?

Ariel Pink // « Mature Themes » // 4AD
http://4ad.com/artists/arielpinkshauntedgraffiti

5 commentaires

  1. Mec, si Palahniuk fait souvent bien marrer, on peut comprendre que le lecteur ait parfois le sourcil froncé à la lecture de certains de ses passages. Sinon, je ne connais pas ce Ariel Pink. C’t’un drôle de nom, Ariel Pink. Le voilà habillé pour l’hiver qui arrive. Mention spéciale à « mélodique comme un coussin péteur ».

  2. Même si c’est ranplanchiant, et que les « interludes » (ou les morceaux, comment ça s’appelle?) de ses disques n’ont pas d’intérêt, je trouve pas très cool de l’attaquer sur son côté cool.

  3. j’aimais bien la bête, j’aimais bien son dernier album, mais c’était surtout quand il faisait du lo-fi. ça avait l’air pas mal, de loin.

  4. putain mais ça vous arrive d’écouter des disques plutôt que de faire de la sociologie à deux balles et des allégories rhétoriques de hipster?
    Non mais c’est drôle de vous lire, mais musicalement, vous êtes aussi inutiles que ce que vous décrivez – très mal en définitive : sa musique
    Et si Ariel Pink porte des perruques couleur papier-cul c’est sans doute aussi pour se foutre de votre gueule de rédacteur de torche-culs dématérialisés que vous êtes. Et vous qui aimez le détail, c’est le seul que vous ayez retenu…

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