Chaque jour qui passe nous éloigne du rock tel que vos (grand) parents l’ont connu. Tout comme votre durée

Chaque jour qui passe nous éloigne du rock tel que vos (grand) parents l’ont connu. Tout comme votre durée de vie, la rubrique nécro-rock s’allonge toutes les semaines alors que de nouveaux artistes hésitent entre la chemise Celio et les jeans mal coupés Rica Lewis, le tout pour monter sur une scène qui ressemble de plus en plus à une estrade. Bienvenue dans le grand confort moderne. Paraît qu’il y a même des salles de concerts qui portent ce nom.

Evidemment, le coup des icones crevant la gueule ouverte lorsque les foules se rêvent artistes, je vous l’ai déjà fait. Dans cette décennie dont on n’arrive à voir le bout qu’à l’aide de forceps chirurgicaux, tout le monde tombe, même les meilleurs. Et plutôt rapidement. Alors chaque témoignage d’un survivant des 60’ devient -presque- un document. Ce sont nos poilus à nous, ceux qui se sont bien marrés ; avec l’âge on en prend soin davantage, on les lustre comme un Gran Torino, les frigos et les transistors d’époque ; eux restent en état de marche, survivent, transmettent leur savoir à des générations qui ont oublié d’apprendre.

En retrouvant la trace de Robert Chouraqui, l’un des pionniers français du psyche light show, je me suis rendu compte qu’une partie de l’audience venait de « changer de chaine » et que l’autre ne saurait surement même pas de quoi il s’agissait. Moi-même, avant de découvrir ces projections fait de diapositives, vaseline et autres liquides datant des années 60, j’ai longtemps cru qu’un concert se consumait tranquillement entre deux diatribes du public, la groupie et son téléphone 3 millions de pixels (mais qui shoote toujours flou, étrange) et des musiciens super forts en comptabilité du divertissement. Surtout bien penser à saluer le public, lui dire qu’on est content d’être là et surtout lui ressembler. Let it roll John Doe.

Il n’en est pas de même pour Robert Chouraqui, rencontré au très mal nommé Psychedelic Festival de Bordeaux au CAPC (Le musée d’art contemporain de Bordeaux, NDR) en novembre dernier. Entre deux concerts un peu drone –mais franchement chiants- de la nouvelle garde, surplombant une foule amorphe du haut de sa structure, Chouraqui et ses associés diffusent des diapositives psyche comme au bon vieux temps, à l’époque où ils assuraient –première en France- les projections pour les concerts de Captain Beefheart, John Mc Laughlin ou Spooky Tooth.

L’un des problèmes majeurs du sentiment nostalgique, c’est la répression qui l’entoure. Dans son excellent recueil de chroniques ((Garage Land)) paru en mai 2009, Nicolas Ungemuth, le saint des saints détestés, pose le problème autrement, ramenant l’évaluation culturelle à ce qui est bon ou pas, sans distinction des époques. Les années 60, 70, 80 et 2000 n’ont, face au grand jugement, pas la même valeur ; sinon comment expliquer l’incroyable retour des Converse/Ramones face au timide come-back des jeans troués/ Soundgarden ? Quoi qu’un peu poussive, cette digression me mène tout de même à la conclusion que s’émouvoir du passé est parfois salutaire. Surement pas l’interview du siècle, mais un testament des années perdues. Let the good times roll, Robert, où quand un sexagénaire éclaire soixante ans de musique sans complaisance ni regrets.

Salut Robert, que cela soit avec Captain Beefheart, John Mc Laughlin ou Magma, votre CV parle pour vous, Android Light Show a bossé avec la crème de l’époque. Comment vous êtes retrouvé sur ces concerts à l’époque ?

Disons que c’est une époque de festivals pop, les groupes passaient souvent en France, puis en Provence dans de petits théâtres. On a ainsi pu ainsi faire les lights sur pas mal de groupes. Il faut préciser que collectifs de lights psyche se divisaient le pays à l’époque, avec d’un coté Open light qui travaillait sur Paris, et nous pour le sud. L’IAO de Bordeaux nous a réuni pour la première fois ; nous ne nous étions jamais rencontré avant ca. Ce fut à la fois émouvant et étrange, de se retrouver là ensemble trente cinq ans après l’arrêt d’Android light show.

Justement, le fait que vous ayez arrêté en 75, était-ce un aveu que le psyche et la pop 60’ étaient les seules musiques possibles à travailler pour vous ?

Il faut bien avouer que les sixties ont représenté un mouvement fort au niveau idéologique et musical. Nous-mêmes, nous étions fortement impliqués dans la ligue communiste, et je prenais un malin plaisir à insérer des messages politiques dans les projections. Les groupes se rodaient souvent dans les MJC locales, le tout finissait souvent en jam improvisées et c’est à cette époque qu’on a commencé à travailler sur les lumières et l’ambiance. Les gens se sont rapidement habitués aux techniques de projection cela collait bien à l’époque, A la fin du mouvement, vers 1975, on s’est tous un peu dispersés, car oui, la musique n’était plus adaptée à ce travail de mise en scène. Des groupes comme Magma ont bien continué, mais on n’était plus dedans. C’est alors que je suis devenu photographe (pour Playboy, Penthouse ou Elle, NDR), lorsque d’autres membres du collectif ont arrêté ou se sont reconvertis.

Et entre 1975 et 2008, il n’y a plus rien eu ?

Non. Je me suis recyclé dans la photographie. Après 1975, le marché pop semble tari. Bordeaux nous a remis en selle, bien que je me sois gentiment engueulé avec les organisateurs. De par nos engagements politiques de l’époque, et parce que j’étais également sensible à la photo, j’étais habitué à insérer des messages dans nos projections, des visages, des photos du Vietnam, des clichés pro-avortement, etc… Les organisateurs du IAO m’ont fait comprendre que cela n’était pas… indispensable pour le festival. Ils ne m’ont pas interdit hein, ils voulaient simplement conserver l’aspect artistique. Alors voila 6 mois, on a tout dépoussiéré sans savoir si cela fonctionnerait pour le festival. En tant que spectateur, j’ai bien aimé Turzi et ce groupe étrange un peu oriental (The Family Elan, NDR), coup de bol, c’est ceux qu’on a mis en scène. Le reste de la programmation, toutes ces musiques blanches, me semblaient un peu individualistes, je n’ai pas trop accroché. J’oublie quand même Tim Blake (clavier de Hawkind), un gars qui est resté tel quel et qui a fait le lien avec les jeunes générations. et Kevin Ayers, que j’ai bien aimé. A part cela, les musiques bruitistes modernes m’ont un peu laissé de marbre.

Existe-t-il encore des groupes que vous fantasmeriez de « projeter » ?

Okay…. Comment importiez-vous ces techniques de light show en France ? Découvrez-vous ces techniques psyche à l’UFO de Joe Boyd, comme j’ai cru le comprendre ?

Oui et non. Je crois me souvenir que c’était lors d’un voyage à Londres, lorsque nous avons découvert Pink Floyd à la Roundhouse (le successeur de l’UFO, fermé quelques mois après son ouverture, en octobre 67, NDR). C’était incroyable et inédit comme travail. Une fois rentrés en France, on a simplement acheté des diapos, les machins, on les a disséqué pièce par pièce pour comprendre les mécanismes, puis c’est monté crescendo. On bricolait doucement, et effectivement les festivals pop collaient parfaitement à ce travail. Depuis, nos techniques ont été piquées, aseptisées ou récupérées, notamment par TF1. Alors que les gens tombaient des nues à l’époque, les gens ont aujourd’hui oublié jusqu’à leur existence.

Plus d’infos sur les light psyche 60’ ici.

Site de Robert Chouraqui : http://www.robertchouraqui.com/

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