Entre synthés rétro et slogans politiques absurdes, John Maus se vit comme un électron libre de la pop underground américaine. Nous l’avons rencontré lors de son passage ahurissant à Rock en Seine pour parler musique, IA, survie artistique et chaos.
John Maus, c’est le type qui pourrait habiter dans ton cauchemar pop préféré. Philosophe raté, musicien génial, roi des synthés des années 80 recyclés, l’Américain débarque sur la scène comme on débarque dans un film étrange : on ne sait jamais si l’on doit admirer ou fuir. Son récent passage à Rock en Seine n’a pas fait exception. Après des problèmes pour brancher son matériel (pour faire simple, un laptop posé par terre), l’énergumène a fini par prendre la scène « Bosquet » d’assaut. Quarante-cinq minutes plus tard, il ne reste plus rien tant le bonhomme frôle la démence. Seul, muni d’un micro et de son PC portable, « headbangant » comme ta grand-mère en crise d’epilepsie maousse, la grande tige originaire d’Austin (Texas) a tout donné. Après 7 années à disparaître de la circulation – entre crise de la quarantaine, frasques personnelles, soutien à Trump lors de l’invasion du Capitol et confinements divers –, le voilà de retour avec un nouvel album, noyé entre chaos et mélodie, entre slogans politiques absurdes et nappes de synthé qui collent au cervelet.
A quelques semaines de la sortie de son nouvel LP « Later than you think », nous avons profité de son étrange passage à Rock en Seine pour lui poser en 10 minutes (le prochain qui me propose une interview plus courte peut d’ores et déjà aller pointer chez France Travail) quelques questions sur la musique, l’intelligence artificielle et ce qui fait de lui un musicien aussi étrange qu’incontournable.
Comme nous n’avons pas beaucoup de temps, je voudrais te poser quelques questions sur le rôle de la musique aujourd’hui. Parfois, elle devient juste un bruit de fond dans nos mornes existences. Pourquoi continuer à en faire alors que 99 % des gens ne l’écouteront que sur des smartphones avec des écouteurs pourris ?
JM : Ecoute… Je pense que c’est comme ça a toujours été. La musique peut renforcer les structures de pouvoir et refléter dans un même la société dans toutes ses composantes, mais en même temps, elle contient toujours quelque chose qui résiste, qui est dérangeant ou beau. Que ce soit la musique de cour du XVIIIᵉ siècle ou des petits extraits sur TikTok, elle peut servir à contrôler et à résister en même temps. C’est un pari sur un moment de subjectivité. Pour répondre plus clairement à ta question, j’en fais parce que j’ai besoin de le faire. Le reste, je m’en fous.
On vit un début d’ère de l’intelligence artificielle. Que penses-tu de l’IA ? Peut-elle créer de la musique de façon profonde ou se contente-t-elle d’imiter ?
JM : Déjà, ça n’est pas vraiment de l’intelligence. J’ai joué avec de l’IA il y a cinq ans, juste pour synthétiser des choses. Pour le dire simplement, on entraînait un réseau sur des images de spectres, on génère un spectre et on le transforme en son. C’est comme des samples, finalement. Comme toute nouvelle technologie, on peut l’utiliser pour composer, mais ça ne remplacera pas l’émotion et l’intention humaine. C’est un outil, bon et mauvais à la fois, mais certainement pas intelligent.
Sur ce nouveau LP, tes paroles sont parfois absurdes. Il y a notamment cette chanson chantée en français, « Les gens qui sont d’ici sont vraiment d’ici ». C’est quoi ce « What the fuck », un hommage décalé aux surréalisme ?
JM : C’est plus simple que ça, je te rassure. Sur nos albums, nous – artistes – devons être nos propres censeurs. Avec tout ce qui se passe dans le monde, j’ai décidé d’utiliser un slogan politique, un peu comme il en existait en Mai 68 chez vous. Je l’ai déjà fait avant, pour les droits des gays, par exemple. Parfois, un slogan répété peut devenir une bonne parole, presque une chanson de protestation.
Les chansons de protestation ont pourtant presque disparu aujourd’hui. L’entertainment est en train de tout grignoter.
JM : Oui. Mais il faut faire attention. Musique et politique ont chacune leur vérité. Si tu esthétises trop la politique, ça peut devenir dangereux. Mais toute œuvre artistique a toujours un moment politique, parce qu’elle imagine un peuple qui n’existe pas encore.
Tout est anti-écologique… Sauf si tu es dans les bois à frapper un tambour.
La musique est aussi un objet social, et l’écologie devient importante pour beaucoup de gens. La musique électronique, qui utilise ordinateurs et électricité, est-elle selon toi anti-écologique ?
JM : Tout est anti-écologique. Même si tu n’utilises pas d’instruments électroniques, il faut enregistrer, utiliser de l’électricité… Sauf si tu es dans les bois à frapper un tambour. Mais tu peux aussi, en même temps, témoigner de cette inhumanité à travers ta musique. C’est complexe, ton interview pour un festival.
Passons à des questions plus compliquées alors. Ta musique est-elle plutôt underground ou mainstream ?
JM : Je dirais plutôt underground, plus proche de l’underground que du mainstream. C’est en tout cas ce que pense mon public. Et il se trompe rarement.
Tes questions sont super bizarres, mec.
On est à Rock en seine. Comment te sens-tu dans cet espace avec tant de publicités partout ? (Ndr : L’interview a lieu entre un stand Apérol, des parasols siglés bière Gallia, et moultes marques qu’on vous épargnera aujourd’hui)
JM : Ecoute, pour ce qui est de la pub, il faut bien que ces lieux vivent. Et pour vivre, il faut de l’argent. Les marques en donnent. C’est bien, mais c’est pas les endroits où je me sens le plus à mon aise, c’est certain. J’espère juste ne pas jouer sur une grande scène, ce serait compliqué. Mais c’est un équilibre. De toute façon, je sais que je serai critiqué. Mais il faut faire avec. Même dans le top 40 du Bilboard, tu te fais défoncer. Pourtant, ça reste de la musique. Mais une musique qu’on critique avec de l’acide. Heureusement, j’en suis pas là.

On va passer à une question Norwich Union si tu veux bien. Enfin sur ton avenir si tu préfères. En tant que musicien américain sans protection sociale comme en Europe, comment te prépares-tu à la vieillesse, à la retraite ?
JM : Tes questions sont super bizarres, mec. Mais je vais te répondre. Je mets un peu d’argent dans des fonds de retraite aux États-Unis. J’ai très peu de côté, donc je suis en retard. Je voudrais être plus sérieux avec tout ça, mais j’y arrive pas. Et je sais déjà que la fin risque d’être compliquée si je me bouge pas le cul pour changer.
Ton précédent LP date de 2015. Que faisais-tu ces sept dernières années ? Vacances ?
JM : Ça n’a pas été des vacances. Ma vie était chaotique : mon frère est mort, j’ai eu des problèmes conjugaux… Beaucoup de drames personnels et une grosse crise de la quarantaine. Mais maintenant, tout va bien, j’ai un endroit où vivre et j’ai recommencé à travailler. A produire de la musique. Une leçon importante : croire que la musique et l’art sont la plus haute vérité peut nuire à la musique elle-même.
Comme Ian Svenonius de The Make-Up, je t’imagine très bien théorisé ta vie dans l’industrie musicale. Penses-tu écrire un jour un livre sur ton expérience ou sortir tes mémoires ?
JM : Peut-être un jour, mais je réalise combien je sais peu de choses. J’essaie de combler mes lacunes, et peut-être qu’à terme, j’aurai quelque chose à raconter. Mais pourquoi pas, ça pourrait être intéressant, comme tentative.
L’Antéchrist est définitivement un fils de pute.
Peux-tu nous dire quelques mots sur ce nouveau LP pour conclure ?
JM : Il est moins névrotique, plus direct que le précédent. Je continue d’expérimenter et de faire des choses étranges. Il a aussi une dimension spirituelle plus marquée que les albums précédents.
Au fait, le premier single de cet LP s’intitule I hate Antechrist. (NDLR : Je reprends la dernière phrase du single) Penses-tu vraiment que l’Antéchrist est un fils de pute ?
JM : Oui, absolument. L’Antéchrist prétend réaliser dans l’histoire ce qui ne peut être réalisé qu’au-delà de l’histoire et du jugement final. Donc c’est définitivement un fils de pute.
Gonzaï : Merci beaucoup pour cette info qui passionnera notre lectorat averti. J’ai hâte de te voir sur scène dans quelques heures.
JM : Je suis un peu nerveux, j’espère que le public me recevra bien.
John Maus // Later than you think // Sortie le 25 Septembre 2025.
En tournée à l’automne en France :
14/11/2025 – L’aéronef, Lille
15/11/2025 – Espace Julien, Marseille
26/11/2025 – Stereolux, Nantes
27/11/2025 – L’Étage, Rennes
29/11/2025 – Le Cargo, Caen
4/12/2025 – Le Bataclan, Paris
kneecap zont du ketchup sur leur bollocks!
@ orange -841OO- en 77 80 les punks & les reubeux etaient culs & chemises! go there now!
PISS_TOLS
at choung! certains.es disquaires dellah kapital mainstream deviennent woke
OI goneguys quand je passe içi c pour lire les commentaires pas vos gargarismes de chiottes
bobby conn! now!