La pop a ses génies mais regorge aussi de faiseurs talentueux et d’imitateurs doués. Dans un univers où tout se recycle mais rien ne se crée plus vraiment, entre balance et concert, installé dans leur loge du Trabendo, convoquons à la barre les Américains de Brigitte calls me baby. Fake ou authentiques ?
Il ya deux ans, les Américains de Brigitte calls me baby (Désolé, je ne me remets pas de ce nom) sortaient The Future Is Our Way Out, premier album remarqué pour la qualité des morceaux mais aussi parce que Wes Leavins, leur leader, ressemblait comme deux gouttes d’eau à Morrissey. Physiquement, trente ans séparent les deux hommes et le Moz a pris quelques coups dans le pare-choc depuis ses années d’icône. Mais vocalement, la ressemblance était sidérante. L’auditeur déboussolé pouvait presque avoir l’impression de découvrir un nouvel album des Smiths. Même si par instants, Wes poussait le vice jusqu’à singer Brandon Flowers des Killers.
En écoutant Irreversible, leur nouvel album, on rêve d’écrire :
« Originaires de Chicago, les Américains délivrent dans leur nouvel album Irreversible un alt-rock luxuriant et intense, aboutissant à un son audacieux et singulier, résolument novateur et incontournable du paysage rock actuel. Produit par Yves Rothman et Lawrence Rothman (Blondshell, Yves Tumor), Irreversible a vu le jour au cœur d’une tournée effrénée, marquée par des prestations dans des festivals majeurs comme Lollapalooza, des concerts aux côtés d’artistes tels que Morrissey et Muse, et des tournées à guichets fermés aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Europe. Enregistré en public au studio de Lawrence, le résultat est un ensemble majestueux de chansons intenses et percutantes, célébrant avec passion la richesse de l’existence ».
Pas de bol, ça a déjà été écrit par quelqu’un sur Spotify.
Arrêtons-nous là pour les conneries. En vrai, cet album – fort agréable au demeurant à l’écoute/la réécoute et qui contient de très bons morceaux (These acts of which we’re designed, The Pit, I can’t have you all to myself,…) – ne marque pas une avancée majeure dans l’histoire de la pop, mais il est tellement imbibé d’influences qu’on peut légitimement finir par se demander si on n’a pas affaire à un produit marketé pour la win plutôt qu’à une réelle création artistique. Allons plutôt demander aux intéressés ce qu’ils en pensent, et surtout écouter ce qu’ils ont à dire pour leur défense.
Merci d’avoir accepté cet entretien, messieurs. Un entretien difficile car je suis ici pour faire votre procès. Je serai donc le procureur, et vous vos propres avocats. Comme vous le savez, on vous reproche souvent d’être un groupe « sous influences ». Impossible de trouver un article sur vous sans mention de The Smiths, par exemple. Sont aussi évoqués the Strokes, Presley, Orbison…
Jack Fluegel (guitariste) : Ton interview est étrange, mais allons-y. On gagne le procès à la fin ?
Vous verrez ça au moment du verdict. Commençons par votre étrange nom « Brigitte calls me baby ». C’est une blague ou un manifeste ?
Jack Fluegel : Un peu des deux, ou plutôt ni l’un ni l’autre. Ce nom vient tout simplement de l’actrice française Brigitte Bardot.Notre chanteur Wes, quand il était à l’école, avait eu comme devoir : « écrivez à une personne célèbre, une personnalité importante ». Il a choisi Bardot et lui a écrit une lettre. Voilà d’où ça vient. Rien d’incroyable.
Honnêtement, croyiez-vous vraiment en ce nom lorsque vous l’avez retenu ?
Jack Fluegel : Bien sûr, oui. Évidemment. Forcément.
C’est une histoire vraie, cette histoire de lettre à BB ? Ou c’est du storytelling ? Parce qu’il n’y a quand même pas beaucoup de groupes qui ont une phrase comme nom. Vous n’avez pas du tout hésité ?
Jack Fluegel : Oui, c’est vrai. Tu sais, on en a parlé entre nous quand on cherchait un nom. On aurait bien sûr pu s’appeler « The This » ou « The That », mais on s’est dit qu’il y avait déjà assez de groupes comme ça. Du coup, on voulait un nom qui, si tu le voyais sur la programmation d’un festival, te ferait peut-être penser que c’est ridicule, mais qui attirerait forcément ton attention. C’était l’une des raisons pour lesquelles on a choisi ce nom.
Ok, considérons que c’est un bon choix.
Jack Fluegel : Merci.
« In Dreams de Roy Orbison est peut-être ma chanson préférée de tous les temps ».
Quand on se renseigne sur vos influences, on croise les Smiths bien sûr puisque votre chanteur chante comme lui. Mais on croise aussi Elvis Presley et Roy Orbison. C’est un amour véritable pour ces chanteurs ou un déguisement pour plaire à la masse de moutons fans de pop ?
Jack Fluegel : Tout ce que nous faisons est authentique, et nos influences vont bien au-delà de celles que tu cites. Elvis et Roy Orbison sont cités grâce à la voix de Wes. Il a des caractéristiques très proches de ces artistes, ce chant assez lyrique. Difficile de nier que Roy Orbison est une influence majeure pour moi. « In Dreams » est peut-être ma chanson préférée de tous les temps. Pour répondre à ta question, on est 100 % authentique, pas dans l’imitation.

Dans la pop, à quel moment l’influence devient-elle imitation ?
Jack Fluegel : J’espère jamais.
Devin Wessels (guitariste) : Quand on débute dans l’écriture de chansons, on imite souvent les autres. Quand j’apprenais à chanter, j’apprenais plein de chansons des Beatles, je les imitais. Puis, en vieillissant et en découvrant d’autres influences, pas seulement un seul groupe, mais une douzaine, on pioche des bribes ici et là et on essaie de créer son propre style. C’est là que l’influence prend le pas sur l’imitation. L’idée, c’est que quand tu écoutes un morceau de Brigitte calls me baby, tu finisses par faire une liste d’influences tellement longue qu’à la fin tu n’as pas d’autres choix que de te dire « A quoi ressemble cette chanson ? À Brigitte calls me baby bien sûr ».
D’accord, mais dans vos influences, certaines prennent plus de place que d’autres. The Smiths, par exemple. Votre chanteur sonne très Morrissey. C’est pas un problème parfois ?
Jack Fluegel : Pour nous non, mais pour toi, si j’ai l’impression (Sourire).
Au fait, que pensez-vous de Morrissey, le morceau hommage qui figure sur le dernier album de Robbie Williams ?
Jack Fluegel : Oh, je crois avoir vu un petit extrait d’une vidéo, mais je n’ai pas entendu la chanson en entier.
Messieurs, on pourrait reprocher à votre groupe un côté passéiste à forte coloration 80’s. Qu’avez-vous à dire pour votre défense ? Êtes-vous un groupe qui parle de 2026 ou réécrivez-vous simplement le passé à la sauce moderne ? Je m’interroge.
Devin Wessels : Tu t’interroges beaucoup. Trop, peut-être. Je dirais que nos chansons sont profondément personnelles et émouvantes, et en ce sens, elles deviennent intemporelles. Les gens tomberont toujours amoureux et traverseront des changements dans leur vie, et nous allons tous mourir un jour. Ce sont donc des choses universelles. Je ne pense pas qu’elles appartiennent vraiment au passé ou au présent.
Arguments recevables en effet. Au début du groupe, avez-vous discuté entre vous des sujets dont vous alliez parler dans vos morceaux? Ou vous êtes-vous simplement dit que vos chansons parleraient d’amour, par exemple ?
Devin Wessels : C’est un thème universel. Et un choix assez naturel pour nous. Les émotions, sont des choses qui nous attirent tous. On aime tous les films, et on aime écrire sur des sujets dramatiques, sur des choses qui provoquent des émotions en nous. C’est aussi des thèmes auxquels on peut tous s’identifier, alors c’est assez naturellement qu’on a composé cette série de chansons.
L’amour, c’est une croyance ou une réalité matérielle ?
Devin Wessels : Je dirais que si on y croit suffisamment, cela devient matériel.
Jack Fluegel : Très bien ta réponse ! Très bonne réponse, n’est-ce pas ? Aucune objection, votre honneur ?
Aucune. Wes, le chanteur du groupe, est né au Texas. Vous êtes américains. Impossible de ne pas vous parler de Donald trump, même si ça n’a aucun lien avec votre procès.
Devin Wessels : Oui, c’est certainement complexe. Comme tu t’en doutes, je ne suis pas un grand fan de Trump. Il y a beaucoup de situations difficiles chez nous, mais dans le monde en général.
Est-ce facile d’être un Américain à l’étranger aujourd’hui ?
Devin Wessels : Non. Enfin je ne dirai pas que c’est facile. Mais je pense que le fait d’être ici et de pouvoir créer une communauté grâce à notre musique nous donne de l’espoir. C’est tout ce que nous savons vraiment faire : écrire des chansons, donner des concerts. C’est tout ce que nous sommes vraiment qualifiés pour faire, mais il y a de l’espoir là-dedans. Être dans une salle pleine de gens si loin de chez nous, partager des points communs, apprécier cette musique ensemble. J’espère que ce genre de moment peut avoir un impact.
« Si on doit se lancer dans cette aventure, faire le tour du monde et composer notre musique, on veut s’investir à fond dans chaque aspect. Le look du groupe, le style, la musique, les concerts, les clips, tout est important »
On fait cet interview dans votre loge du Trabendo où vous jouez ce soir. Vous êtes bien habillés, on sent que vous avez du style. C’est essentiel dans la pop mais une question me taraude. Le style, les fringues, chez vous, c’est une obsession ou un camouflage ?
Jack Fluegel : Je ne dirais pas camouflage. Je ne crois pas qu’on se soit vraiment mis sur notre 31 aujourd’hui. Mais bon, quand on est sûr de son style, ça donne confiance en soi sur scène, tu vois ? C’est pas du camouflage, mais c’est sympa de se « looker ».
Devin Wessels : Je dirais quand même que je suis à la limite de l’obsession, peut-être. Mais dans le bon sens du terme. C’est ça, je dirais qu’on frôle l’obsession du style. Mais dans le bon sens du terme. Si on doit se lancer dans cette aventure, faire le tour du monde et composer notre musique, on veut s’investir à fond dans chaque aspect. Le look du groupe, le style, la musique, les concerts, les clips, tout est important, et c’est ce qu’on veut faire. Oui, chaque détail compte.

Même la couverture de l’album. Comment l’avez-vous choisie ? Est-ce une décision collective ou avez-vous désigné une personne en particulier ?
Devin Wessels : Nous avons travaillé avec la formidable photographe Scarlett Page qui a photographié tellement d’artistes, de musiciens. Nous avons fait une séance photo d’une journée entière avec elle. Nous sommes arrivés avec plusieurs idées. Et puis on a pris des photos de différentes choses, et en regardant le résultat, on a été marqué par celle qui figure sur l’album.
Votre nouvel album ressemble un peu à la bande originale d’un film qui n’existe pas. C’est un problème ?
Jack Fluegel : Qu’on n’ait pas de film pour cette bande originale, aha ? Oui. Probablement, oui. Plus sérieusement, j’adorerais en écrire une. Au moins une fois. Le faire un jour. Je suis sûr que ça arrivera. J’y pense en te parlant, là. C’est fascinant d’avoir une image très précise en tête quand on écrit une chanson, et si je ne parviens pas à l’écrire, c’est que l’idée n’est peut-être pas assez forte. Oui, on adorerait collaborer avec un réalisateur pour lui proposer une bande originale.
Quelle est votre bande originale préférée ?
Jack Fluegel : Question difficile. J’aime bien le travail de Johnny Greenwood avec Paul Thomas Anderson. John Carpenter me vient aussi à l’esprit. Il a composé lui-même les bandes originales de ses films, et je trouve ça vraiment génial qu’il se soit impliqué dans autant d’aspects différents de ses œuvres, en plus d’être un excellent réalisateur.
On arrive bientôt à la fin de ce procès, faute de témoins. Votre groupe est-il authentique ou simplement convaincant ?
Devin Wessels : Authentique.
Jack Fluegel : Forcément.
Franchement, messieurs, il ne vous est jamais arrivé de vous sentir « fake » sur scène ?
Jack Fluegel : Honnêtement, non. On est en tournée depuis presque cinq semaines, et juste avant de monter sur scène, il y a parfois des moments où on se dit : « Waouh, je suis vraiment crevé. Comment on va faire ? » Et puis, une fois sur scène, devant des centaines de personnes dans un pays étranger, on ne peut s’empêcher d’être inspiré et de vouloir leur offrir le meilleur spectacle possible.
Devin Wessels : Tout cela est tellement nouveau pour nous. L’énergie que nous déployons sur scène vient directement du fait que nous ne voudrions rien faire d’autre. Soir après soir, on essaie différentes chansons dans la setlist, ou on change l’ordre des morceaux. Et parfois, on fait un concert meilleur que les autres, sans vraiment savoir pourquoi. Quand on se sent bien sur scène, quand le son est excellent,… J’adore ces soirées-là. C’est aussi un excellent moyen de travailler sur de nouveaux morceaux. Voir comment les choses évoluent au fil du temps sur scène devant un public peut vraiment te guider lors de l’enregistrement d’un album. C’est aussi ce que nous avons fait pour ce nouvel album dont tu ne nous parles pas, aha.
Vous connaissez Patrick Bateman ?
Jack Fluegel : le tueur dans American Psycho ? Bien sûr.
Et bien je pense qu’il adorerait votre album. Devriez-vous vous inquiéter ?
Jack Fluegel : Oui, absolument. Ce serait terrifiant. S’il ramenait une fille à la maison et qu’il mettait Irréversible ? Waouh ! En même temps, je me sentirais quand même un peu honoré. Oui, c’est une forme d’hommage.
Les groupes existaient avant Internet. Ils ont réussi à y arriver. Peut-être que nous aussi.
La célébrité peut jouer des tours, faites attention. Au fait si vous deviez choisir : pas d’internet ou pas de public ?
Devin Wessels : Sans internet. Autant s’en débarrasser. Je n’en veux plus. Je préférerais largement être ici avec les autres musiciens, et c’est pour ça que je suis heureux.
Jack Fluegel : Tu n’en veux plus ?
Devin Wessels : C’est peut-être exagéré de dire ça, mais dans la vie, en général, on n’aime pas trop ça… Bon…Pour répondre à ta question, si je devais renoncer à quelque chose, ça serait sans aucun doute à Internet.
Ca veut dire que vous n’avez pas vraiment besoin de visibilité ?
Devin Wessels : Les groupes existaient avant Internet. Ils ont réussi à y arriver. Peut-être que nous aussi.
Avant de vous relaxer, car vous avez été encore une fois convaincants, j’ai une dernière question. Préférez-vous devenir culte plus tard ou être honnête maintenant ?
Jack Fluegel : C’est une question difficile. J’aimerais pouvoir répondre « les deux ».
Tu crois vraiment qu’on peut avoir les deux ?
Jack Fluegel : Ben oui, des groupes le font, j’en suis sûr. Tu ne connais pas Popular Now and Beloved Later, par exemple ? Révise tes fiches ! Je suppose qu’il faut vivre au présent. Je ne peux pas me préoccuper de l’avenir. On compose la musique maintenant. On le fait pour le présent. Et on espère que, dans quelques années, on deviendra culte. Mais bon, il faut essayer de vivre l’instant présent.
Devin Wessels : Je pense que notre devoir est de tendre vers les deux, aussi insensé que cela puisse paraître.
Vous êtes américains. C’est une fake news, non ? Votre musique sonne comme celle d’un groupe anglais.
Jack Fluegel : Oui, c’est drôle. Encore aujourd’hui, on nous le dit… On rencontre des gens et ils nous disent : « Je vous jure, je vous croyais anglais ! » Je ne sais pas pourquoi.
Devin Wessels : Probablement parce que les groupes anglais sont à l’avant-garde du rock alternatif depuis très longtemps. Prenons donc cela comme un compliment. On aurait d’ailleurs pu se retrouver citer parmi certains de nos groupes préférés. Comment ne pas apprécier ça ? Finalement, on l’a gagné, notre procès ?
Bien sûr que vous avez gagné.
Devin Wessels : Je n’en doutais pas mais je voulais que ce soit consigné dans ton papier !
J’allais oublier, pourquoi ce titre pour votre deuxième LP : Irreversible ? En France, c’est le titre d’un film de Gaspar Noé particulièrement éprouvant.
Wes Leavins (le chanteur, qui vient d’entrer dans la loge pour se recoiffer à deux heures du concert) : On appelé l’album comme ça parce qu’il parle de choses qui bouleversent le cours d’une vie et contre lesquelles on ne peut rien faire. Certainement pas pour faire référence à un film français avec une scène de viol ou ce genre de choses.
ou alors the frenchies de lola-cola
le 3éme de la foto d’accueill c pas le sosie d’un a-ha ?
dans le fond du jardin j’ai 1 vieux barill teXaco K.O. déguinglé, j’y vend!
bein ouwais sont sur tik toc
je dirais plus une copie dans le vent de SUEDE …non