Cinq ans après un premier album sorti la même année que le « † » des Bognadoff de l’électro des parkings, le temps a fini par rendre justice à Zombie Zombie. Alors que les deux zozos de chez Perdreaux Winter ne passeront, justement, pas un hiver de plus, Zombie Zombie publiera le 22 octobre prochain son « Rituels d’un nouveau monde », plus dépaysant qu’une croisière sur le Costa Concordia. Après une bénéfique remise des compteurs à zéro, voici en guise de supplément touristique notre « track by trac », soit une dissection morceau par morceau de ce mutant qui fout les chocottes.

Le lecteur avisé des périodiques musicaux le sait depuis qu’il est en âge de lire les formules toutes faites de Rock & Folk : « le moment du deuxième album est toujours une épreuve difficile ». Certes. Mais outre le fait qu’un deuxième opus puisse être pour le combo en question un véritable casse-tête chinois – comment réitérer le succès du premier album ? Comment ne pas se répéter ? Et comment claquer le beignet de la presse fainéante ? – on oublie souvent que le deuxième album, terrible instant de vérité qui peut changer des vies autant qu’il peut sonner la fin dudit groupe, est aussi pénible pour le barde qui a la lourde tâche de s’en faire l’écho. Dit plus simplement : après un nuit de noce entre un journaliste bien luné et un groupe inspiré sur son premier essai, vient toujours le moment éprouvant de l’amour après la surprise. Et ça, ça s’appelle un deuxième disque.

Face à telle épreuve, les cas de séparation sont multiples. Il y a les disques à qui on reste fidèle du bout des lèvres (sic) de peur de se fâcher avec le groupe – avec qui on est devenus potes, entre temps, ce qui est évidemment la pire des situations. Il y a ceux qui inspirent un tel dégout, une si grande déception, qu’on file direct chez la maison de disques pour signer les papiers du divorce – et là le journaliste passe généralement pour le sale con qui a eu le toupet de retourner sa veste, le meilleur exemple étant encore ce robinet d’eau tiède qu’est le « Coexist » de The XX. Et puis il y a ces deuxièmes disques qu’on regarde en chien de faïence, ne sachant pas trop quoi en attendre parce que justement on en espère beaucoup. Inutile de préciser que le « Rituels d’un nouveau monde » d’Etienne Jaumet et Cosmic Neman rentre directement dans cette catégorie de disques avec qui on aimerait bien passer la deuxième nuit, mais pour lesquels on n’est pas prêt à craquer sa chemise gratuitement.

Aussi, tout ça pour dire que ça fait des plombes qu’on vous bassine avec Zombie Zombie, et qu’à force de lire et relire depuis cinq ans que ces deux nerds aux physiques dignes d’un épisode de The IT Crowd ont remis le krautrock au gout du jour, vous en avez peut-être marre de vous coltiner des superlatifs pompeux sur ce qui vous semblait jusque là n’être qu’un « ramassis de pouet pouet soutenu par une batterie anémique ». Votre méfiance était, il est vrai, bien légitime. Parce que dix parisiens faussement mal fringués qui se trémoussent maladroitement devant un remake de John Carpenter, ça n’a jamais fait une carrière. Okay, okay.

Aux fans, comme aux avocats du diable, l’écoute de ces rituels sonnera peut-être le début d’un renouveau. Produit par Joakim, « Rituels d’un nouveau monde » a le doux parfum du tabula rasa avec, collé au verso, une belle envie d’évasion. D’invasion ? Ah, peut-être… Le clin d’œil discret de la pochette au « Planète Sauvage » d’Alain Goraguer n’explique pas tout. « Le risque c’était de s’enfermer dans cette image réductrice de néo John Carpenter » explique Jaumet, « … Je ne fuis pas mes influences pour autant : elles resteront là dans mon cœur (…) mais on n’avait pas envie de céder à la facilité ou de reproduire des automatismes qui ont déjà fait leurs preuves ».
La meilleure preuve, la plus étonnante, de cette mutation artistique chez Zombie Zombie, c’est peut-être la récente participation du même Jaumet à un concert des, euh, Red Hot Chili Peppers au Stade de France. Oh c’est pas grand chose, juste trois salves de saxophone sur un titre dispensable. Mais tout de même, l’image du groupe de fashionistas à peine connus dans le onzième arrondissement en prend pour son grade. Et c’est tant mieux. Parce qu’après avoir réussi à réhabiliter la scène allemande des 70’s, les claviers vintage tout cheapos, le rôle essentiel du batteur mais aussi l’importance du béret lorsqu’on est touché par la calvitie précoce, Zombie Zombie livre avec « Rituels d’un nouveau monde » ce manuel inédit de groove métaphysique qui, pour paraphraser Descartes, permet de dissiper tous les doutes : Danso, ergo sum. Je danse, donc je sue. Martial, tribal, spatial, abyssal… on pourrait empiler un à un tous les adjectifs en -al accolés à l’ensemble des albums psychédéliques sortis depuis 2007 qu’on n’aurait finalement pas l’air plus intelligent qu’un rédacteur de Vice soufflant dans une flute inca. « Rituels d’un nouveau monde » étant cet album de Library music anachronique que Christophe Colomb aurait pu écouter en cherchant le mars de Total Recall, voici un rapide aperçu subjectif de ce disque, pas pipeau.

1. The wisdom of stone (Do you believe in… ?)

Six minutes d’agonie sidérale qui sonnent comme du Ennio Morricone enregistré à Detroit, période Juan Atkins. Parfaite saynète d’introduction pour un film d’un nouveau genre : l’électro spaghetti.

2. Illuminations

Dans un western, ce serait le climax, ce moment de course poursuite entre le bon et les truands, la cavalcade à travers plaines et saloons où premiers et seconds rôles feraient monter la tension avec balles de Smith & Wesson en ricochets et éperons tailladant les mollets. Chez Zombie Zombie, c’est juste un énorme bras d’honneur au clubbing hédoniste avec du disco anxiogène comme on l’imaginerait si Clint Eastwood avait eu la mauvaise idée de débarquer au Studio 54 avec son flingue.

3. Rocket #9

Ne pas se fier à l’EP du même nom et encore moins aux remixes un peu gadget, voilà la masterpiece. Imaginez une messe martienne de quatre minutes avec de petits hommes verts dans le rôle des choristes embauchés par l’IRCAM, on tient là le décorum d’un morceau qui fait par ailleurs penser – de loin – à ce que la France a fait de mieux en rock expérimental au milieu des 70’s. « Rituels d’un nouveau monde » serait-il un disque hommage aux musiciens tombés pour la France ? « Hé hé hé ça c’est bien vu ! » répond Jaumet, « en fait je me sens bien plus proche de la scène française – celle des années 70 notamment – que de celles auxquelles on nous associe d’habitude. Tous ces disques merveilleux de Heldon, Lard Free, Ruth commencent a être réédité ! Il est temps de se pencher sur notre patrimoine musical, qui n’a rien à envier à d’autres pays ! Et effectivement le titre de notre album nous a été inspiré par les titres souvent poétiques des artistes cités ci dessus… ». Pas besoin de préciser que Rocket #9 est aussi plus comestible que le plus accessible des titres de Magma.

4. Watch the world from a plane

Vivement conseillé aux publicitaires en quête d’une musique illustrant la modernité des voitures volantes. Planante parenthèse de milieu d’album qui, sans être parfaite, aurait parfaitement pu trouver sa place au générique de Star Trek ou de quelconque série racontant l’histoire du type qui, 3000 ans après Ulysse, préfère l’exode forcée en terres inconnues plutôt qu’une séance de chill out domestique avec SebAstian aux platines. En gros : une bande-son idéale pour un voyage initiatique qui permettra aussi aux amateurs de mots fléchés de casser leurs mines sur un final, euh, extrêmement crispant.

5. Forêt vierge

Bon déjà – enfin… à priori – ça n’a rien à voir avec un séjour naturiste au Cap d’Agde. Abordant la techno-minimale par sa face la plus dansante et la plus escarpée, Forêt vierge est ce moment où les deux énergumènes décident de désosser le groove comme une grosse Mercedes à la Courneuve. Le résultat de cet anti-tuning de choc, c’est une vision fantasmée de l’Afrique synthétique où Miles Davis taperait le carton avec Jeff Mills en écoutant le Nightcall de Kavinsky. Délicieusement anxiogène, fabuleusement chelou.

6. L’âge d’or

Encore un titre en Français. Qui cette fois fait surtout penser au travail de Kieran Hebden (Four Tet) avec le batteur de jazz Steve Reid. Sans surprise, le titre évoque l’espace et le drame du cosmonaute ayant trop longtemps laissé tourner son iPod en mode shuffle. Malgré le bordel rythmique, c’est un sacré morceau.

7. Black paradise.

Une piste de clôture qui, comme les autres, explose le compteur avec ses six minutes de transe robotique. Une sorte de safari martien à la recherche d’organismes extraterrestres munis d’un port USB. Et d’ailleurs, quelle est la vision fantasmée de ce nouveau monde, s’agit-il aussi d’un clin d’œil au compositeur tchèque Antonin Dvorák ? « Antonin Dvorák aimait beaucoup les thèmes folkloriques traditionnels et se plaisait à les réorchestrer » conclue Jaumet, « à défaut de reproduire les saintes écritures des artistes qui nous ont précédés, c’est leurs visions de la musique et leurs goûts pour l’aventure qui nous anime. Comment envisager un nouveau monde si l’on ne comprend pas déjà un peu celui dans lequel on vit? »

Zombie Zombie // Rituels d’un nouveau monde // Versatile
(Sortie le 22 octobre)

Zombie Zombie – Rocket Number 9 EP (incl Gesaffelstein & Joakim remixes) by Versatile Records

11 commentaires

  1. Par contre faut pas pousser, zombie zombie ils ont quand même bien tourné, je ne pense pas qu’ils ont encore une « image du groupe de fashion du 11ième ». En tout cas plus depuis longtemps. Et pis même si c’est une blague, je commence à en avoir ras le fion de ces expressions « parisiano- centrées ». Je les ais vu à leur début dans une petite salle à Marseille, donc certes c’était « underground », mais les gens qui se trémoussaient maladroitement n’habitaient pas à côté de chez toi…

    Bon en tout cas Illumination est très fraiche, et ce que tu décris pour le reste fait envie. Zdededex.

  2. Coucou Jean,

    c’est vrai que j’y ai été avec de gros sabots là dessus, mais c’était surtout pour tordre le cou aux préjugés, justement. Dans mon entourage – et même ici chez Gonzaï – certaines personnes continuent de penser que Zombie Zombie est un groupe « hip » qui ne présente que peu d’intérêts, sorti du périphérique. Il va sans dire que je pense justement l’inverse, tout comme vous.

  3. Je vois que tu as choisi la photo la plus laide du pack promo.
    Je mets ça sur le compte de ton aversion naturelle pour les gilets péruviens…

  4. Les ayant vu hier soir bien loin du onzième , je peux dire qu’ils ont effectivement bien leur place hors de Paris .
    ( Un live de Zombie Zombie + leur nouvel album en ligne + l’annonce du prochain Poni Hoax pour Février , ça vous fait oublier la morosité de l’automne )

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