Certains l’ont découvert en train de jouer du sax au Stade de France avec les Red Hot Chili Peppers, d’autres avec l’un des groupes français les plus sous-estimés du début des années 2000 (The Married Monk), d’autres racontent avoir pris 15 litres de flotte sur la gueule lors de ses concerts avec Zombie Zombie et certains même racontent l’avoir vu dans le Vercors en train de sauter à l’élastique. Etienne Jaumet, 52 ans, semble bien parti cette année pour devenir le Damon Albarn du chelou avec déjà 2 albums annoncés, dont l’un formidable, aux côtés de Fabrizio Rat.

 Les chiffres sont formels : plus un artiste dit « indépendant » dure, plus c’est dur. Il arrive que la mort, cependant, lui amène un regain de popularité. De ce point de vue, il suffit de consulter les statistiques d’écoute de n’importe quel album pour comprendre que le vrai challenge, c’est d’abord de réussir à survivre à soi-même quand les fans qui vous ont découvert au début ont parfois du mal à vous suivre.

Etienne Jaumet, lui, n’a pas ce problème. C’est l’un des seuls. Et l’explication de cette survivance est peut-être déjà contenue dans le nom du groupe qui l’a révélé au tournant des années 2000, Zombie Zombie, petit tank Panzer dualiste avec lequel l’homme à tout faire continue, quand tant d’autres ont arrêté, de s’élever vers le ciel. Par définition déjà mort mort, Zombie Zombie possède comme second avantage celui de pratiquer majoritairement la musique instrumentale, comme ce sera encore le cas sur « Vae Vobis » (à traduire par « Malheur à vous »), quatrième album – et le premier signé chez Born Bad. Les mêmes fans ne devraient pas trop en perdre leur latin, même si toutes les pistes sont chantées dans cette langue pas si morte que ça. La pochette est signée Druillet (comme celle du précédent, « Livity ») et pas de grosse surprise à prévoir, le désormais trio étant désormais lancé sur une sorte d’autoroute latino-allemande. Tous les chemins mènent à Düsseldorf.

Mais avant d’y arriver, Jaumet semble avoir trouvé la solution où tant d’autres se sont perdus : la dissolution dans d’autres projets, d’autres routes parallèles qu’il emprunte sans dictature du choix. Citons l’EP modulaire publié à l’automne dernier avec Laurent Bardainne (Poni Hoax, Limousine, Tigre d’Eau Douce), ou encore la participation à une pièce de théâtre en février dernier, pour se grimer en femme dans Brefs entretiens avec des femmes exceptionnelles. Un travestissement constant, donc.

Si un projet semble également dans les tuyaux avec Slift, c’est vers Hambourg que le multi-instrumentiste fera d’abord un crochet en mars, direction le label kraut Bureau B où le Français signe un premier album avec l’Italien Fabrizio Rat, et qui constitue pour l’heure le vrai étonnement de 2022. En s’appuyant uniquement sur des claviers (le piano pour l’un, le synthé modulaire pour l’autre), les deux prolongent le travail de recherche sur les sonorités de l’école allemande des années 70, quelque part entre Neu !, Harald Grosskopf et Aufgang avec Francesco Tristano. Le résultat, à l’image du clip à regarder ci-dessous, s’avère transcendantal, bien perché.

 

« Soffiare Insieme est l’un des premiers titres que nous ayons écrit ensemble explique Fabrizio Rat, avec notamment ce synthé modulaire hypnotique qui vient taper sur mon pattern de piano en créant des harmoniques. Quand on a demandé au réalisateur Hedi Bensalem de créer le clip associé, l’idée de la compétition sportive et de l’effort s’est naturellement imposée ». Une logique d’endurance qui sied bien au Français désormais capable de se décupler sans schizophrénie, et sans angoisse du surplace. Parce que c’est le moment ou Jaumet.

Le premier album d’Etienne Jaumet et Fabrizio Rat, sortira le 18 Mars sur Bureau B.

Quant au Vae Vobis  de Zombie Zombie, sortie prévue une semaine plus tard, le 25 mars, chez Born Bad.

Etienne Jaumet
(C) Pierre Kiandjan

Zombie Zombie - Vae Vobis – The Drift Record Shop

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