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PRINCIPLES OF GEOMETRY
Vers un courant alternatif

La nouvelle a été passée sous silence, mais le 28 avril 2014 fut publié le quatrième album de Principles of Geometry. La raison de cette éclipse médiatique ? La découverte, à 500 lumières, de la première exoplanète habitable. Hasard des calendriers, me direz-vous ? Nan, je crois pas. Son nom de code ? Kepler-186f. Sur la grande carte astrale, « Meanstream » aurait tout de même eu plus de gueule.

La nouvelle a été passée sous silence, mais le 28 avril 2014 fut publié le quatrième album de Principles of Geometry. La raison de cette éclipse médiatique ? La découverte, à 500 lumières, de la première exoplanète habitable. Hasard des calendriers, me direz-vous ? Nan, je crois pas. Son nom de code ? Kepler-186f. Sur la grande carte astrale, « Meanstream » aurait tout de même eu plus de gueule.

10330429_10154073084485527_3709706724808197078_nAu départ, j’étais parti pour taper cet article comme une fiction spatiale. Je m’imaginais, tenue de cosmonaute chevillée au corps, dérivant dans l’espace pendant des années entières, sans plus rien à faire ni personne à voir avec pour seule compagne ce disque usé de bout en bout depuis 1 mois, non stop, matin midi et soir. Une éternité, toute relative pour paraphraser Einstein, qui m’avait finalement convaincu que cette longue digression cosmico-littéraire allait être très longue pour tout le monde; ça risquait d’être encore plus éprouvant que d’écouter un disque de SebastiAn au volume maximum pendant 15 minutes. Après 3 heures à me décider sur l’entame de ce papier consacré au plus grand groupe électronique des deux premiers millénaires de l’humanité contemporaine, je décidai donc de botter en touche en optant pour un retour à la ligne.

Séquence digression. Quelque part au début du 20ième siècle, en 1972 pour être exact, une bande de farfelus suisses réunis sous le nom du Club de Rome rédigea ce qui pourrait bien être le premier acte fondateur de la conquête de l’espace. Ecrit au moment du premier choc pétrolier, le manifeste éco-sociologique, nommé The Limits to Growth, démontrait que l’utopie d’une croissance infinie était impossible dans un monde aux ressources désormais limitées. Mais alors, comment faire pour concilier le besoin d’absolu dans un monde restreint ? Et surtout, où était passé le futur qu’on nous avait vendu par paquet de douze, bagnoles volantes et stations orbitales pour tout le monde, maintenant que la planète terre tirait la langue sa race tellement que t’aurais envie de lui donner 3 siècles de RTT pour qu’elle se refasse une beauté ? Face à toutes ces questions, j’eus soudain l’envie de reprendre ma fiction du départ.

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Across the Universe

Dans cette histoire parallèle, tout débutait avec la découverte de Kepler-186f, le 16 avril 2014. Conscient que le destin de l’humanité allait maintenant se jouer sur une partie de dés, les meilleurs scientifiques de la Nasa, par ailleurs fans de Principles Of Geometry – me demandez pas pourquoi j’ai pas le temps de tout expliquer en détail et de toute façon c’est moi qui raconte l’histoire, donc si tu es pas content tu files lire une interview de Skrillex sur sa coupe Half Hawk et tu arrêtes de me couper la parole – décidaient dans la foulée d’envoyer une sonde en éclaireur, avec quelques vestiges de notre culture en guise d’offrande interstellaire.

A la manière de la chanson des Beatles envoyée en direction de l’étoile Polaris en 2008, ou encore de la célèbre plaque de Pioneer envoyée aux frontières du système solaire en 72 – décidément une année charnière – la sonde Kepler avait été équipée d’une bande-originale nommée Roanoke, un titre du dernier disque en date des deux Principles Of Geometry, par ailleurs grands fans d’astronomie : « C’est d’ailleurs l’intérêt premier de l’infini » me précisait le groupe par échanges interposés, « sans limite tout est possible, tout est imaginable. C’est peut être ce qui manque dans l’inconscient collectif de nos jours : réinstaller cette notion d’infini et donc cette imagination sans faille ». Le titre en question, Roanoke, évoquait particulièrement la dramaturgie du décollage de la sonde, cet instant où tout se joue en quelques secondes, quand l’oiseau de métal parvient à s’affranchir de la gravité. Philippe Katerine et Sébastien Tellier, pourtant auteurs pour l’occasion d’un formidable titre nommé Aster-hémorroïde 2000, avaient été recalés sur la rampe de lancement ; ils payaient ici le prix d’années à bavasser sur la pesanteur des terriens, par définition lourds. La pensée de Principles Of Geometry sur la découverte de cette exoplanète faisait, sans le savoir, échos aux deux empotés : « imaginer c’est penser, et c’est malheureusement diamétralement opposé à l’idiocratie qui s’installe en principe de masse. Ploutocratie et Idiocratie main dans la main pour lutter contre l’imagination, l’infinie crasse face à l’infini tout court. Le caniche contre le Phénix ». Et puis, somme toute réaliste, de conclure : « mais on est surement en train de s’égarer là ». Pas tant que ça.

Back to fiction. Bien plus tard, on apprendrait que la vie sur Kepler était sensiblement la même que sur la planète terre, les hommes baisaient à tour de bras, les femmes faisaient chier et on y payait aussi trop d’impôt. En définitive, c’était la même merde qu’ici, mais juste un peu plus loin. En attendant, et pendant toutes ces années à dériver dans l’espace, le « Meanstream » de Principles of Geometry avait suffisamment tourné sur lui-même pour que le groupe ait eu le temps de fantasmer cette histoire de conquête spatiale, ainsi que le romantisme qui accompagnait la dernière aventure humaine imaginable, pour des siècles et des siècles :

« Ca nous inspire de longs et beaux voyages intersidéraux sans retours, ou des équipages entiers de Héros partiraient vers une mort certaine à la découverte des ces espaces infinis. En espérant que la 50ième génération de cette caste de cosmonautes y parvienne, à grand renfort de communication reaganienne, un truc puissant et fédérateur, limite totalitaire. Kepler, ça nous évoque un voyage sans fin et sans but qui galvaniserait une bonne fois pour toutes les foules de la terre. Ce qui manque tellement à notre génération : créer des héros, des vrais, les laisser aller au devant d’une mort certaine, d’une apothéose, d’une fin mythique et mieux nous rappeler notre statut d’être humain ».

Outre le fait que le groupe ait sur le feu un projet de moyen métrage autour de cette odyssée stellaire, « Meanstream » s’était finalement avéré un bon choix pour l’embarquement à bord du vaisseau, des morceaux comme Suntunnel décrivaient assez précisément ce safari cosmique où l’on a autant de chances de croiser des zoulous derrière un géocroiseur qu’un Alien aux Franprix d’à côté. Bon, on se calme. Guillaume et Jeremy avaient tout de même voulu relativiser l’importance de la découverte de cette planète habitable : « ne nous emballons pas, c’est peut être un moyen pour la Nasa d’avoir plus de followers sur Twitter ». Les pieds sur terre, toujours.

Back to Mongoland

Personnellement, j’en ai fini avec l’électro-dansante des 2000’s depuis très longtemps; peut-être un jour une génération toute entière repensera-t-elle avec nostalgie aux mix des 2 Many Dj’s et autres facéties de Justice, toujours est-il que ces bricolages ne tiennent pas la route sur le très long terme. Dans le cas de Principles Of Geometry, c’est plus complexe. Entre deux disques, c’est toujours le même silence radio qu’entre deux planètes, le néant, la brutalité des vies qui reprend le dessus, jusqu’au prochain voyage. Avec « Burn this Land and Boil the Oceans » (2012), le groupe avait marqué l’envie d’en finir avec un cycle ; le disque plutôt loupé au demeurant parce que trop proche de « Lazare », était un bis repetita en moins fort, avec au final l’impression d’écouter le Mickael Jackson de Thriller signé chez EdBanger. « C’était une période assez down pour nous, ce disque dans sa genèse, son travail, est bourré d’énergies négatives. Mais il nous fallait cette catharsis, cette expiation pour boucler la boucle ». Conclusion, six mois plus tard le groupe s’était finalement remis au turbin et ré-enfermé dans ses studios, légers et plein d’amour. « On était lavés de tout. Nous étions dans le mode Alpha Meanstream » confie-t-il aujourd’hui. Et ce qui ne pourrait être qu’une gaudriole prend tout son sens à l’écoute de Streamers ou Epilogue, incroyable chute cataclysmique ponctuée par un solo de sax câlin qui fait le même effet qu’un coucher de soleil à Miami en VHS circa 1982, dans la plus grande tradition des films de Michael Mann.

« La mode, c’est ce qui se démode » disait Cocteau. La stratégie du no name no face no number, telle que la conçoivent les lillois depuis leurs débuts en 2005, semble plutôt bien leur réussir. Fils de Myspace – autre espace – les astronautes ont bien retenu la leçon et sut éviter les trous noirs. Digitaux par envie, fascinés par les circuits imprimés depuis leur enfance (le premier souvenir électronique de Jeremy c’est « un dictaphone avec lequel il enregistrait des sons de la nature et des oiseaux », pour Guillaume c’est « une calculatrice casio en métal argenté qui faisait de la musique », ça s’invente pas), les deux refusent pourtant la communication à outrance telle qu’elle est désormais pratiquée sur les réseaux sociaux. Un certain paradoxe, peut-être. Porté par l’envie de mettre la musique au premier plan, sans mots, sans artifices, et pour ainsi dire : sans tous les subterfuges hérités de la culture de masse. « On ne rêve pas d’être reconnus dans la rue disent-ils, on ne veut pas dire qu’on renonce à une forme de réussite. Le comble étant de rester particulier et d’atteindre l’universel : c’est un des fondements du Meanstream ».
En trame de fond de cette chronique qui n’en est pas une, se dessine donc cette école de pensée pondue le temps d’un disque, mais qui en fait est plus que ça. Rejet des codes en vigueur, dégout du facile, haine du consumérisme béta, amour des grandes envolées, critique acerbe de ce paradis perdu où chacun croit pouvoir devenir Dieu en trois clics :

« Le sublime outils pour les artistes » qu’est internet et ses réseaux sociaux est juste digne d’un Sodome et Gomorrhe à la portée d’un café des sports. Le cliché qui était de dire que n’importe quel artiste allait pouvoir trouver son terrain d’expression et son public est totalement éculé, Internet est devenu un supermarché géant. Un marché du temple ou les nouvelles majors ont eu le génie de zapper les rémunérations des artistes. Regarde Soundcloud, on est obligés de payer pour faire écouter nos titres , c’est ultime. Chapeau. Avant, le grand public définissait les « bons » artistes d’après leur ventes, maintenant c’est d’après le comptages des pouces levés. Mais l’enjeu est de passer au delà de ces considérations, et pour ça il n’existe plus qu’un principe : Meanstream ».

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Electronique Assistée par Humanoïdes

Comme « Meanstream » ne sera pas disque d’or avant 2072 – date à laquelle il suffira d’avoir écoulé 200 disques aux 200 personnes qui comptent pour se voir remettre un ticket pour Kepler, les raisons qui poussent ces deux rats de studio à creuser leurs galeries restent insondables. OU. Ou disons plutôt que « Meanstream », loin d’être une blague quinzième degré consistant à enfiler une tunique de gourou pour épater la galerie, est ce moment où un groupe, lassé d’exister pour les autres, décide de jouer son va-tout sans calcul avec une grande vague d’amour gratuit combattant la fusion des genres en cours – mainstream et indie ne font plus qu’un, vous êtes, pardon de le dire, déjà au courant.
Le groupe se rappelle alors de son dernier jour en studio. Sentiment de ni Dieu ni maitre, créer son propre canal de transmission, écouter les mixs réalisés par Krikor en mangeant des chips et se projeter vers l’infini en réécoutant son propre album, probablement le meilleur de la série en cours : « Il faisait très beau ce jour là, c’était vraiment génial, des rais de lumières traversaient le studio, un très beau moment. Tu ouvres les synthés et tu gardes en mémoire un travelling hélico rasant sur la mer à la Michael Mann, parce que tu veux dire au revoir, mais surtout à bientôt ». Si vous faites partie de cette génération que plus rien n’émeut et pour qui tout prête au sarcasme, alors un titre comme Runner – chanté par le groupe, grande première –  devrait certainement vous couler dessus comme de la pisse de chat. Dans le cas contraire, vous êtes peut-être de ceux qui croient qu’on pourrait repartir de zéro et reconstruire quelque chose de moins bancal, à 500 années lumière.

Et la chute de cette fiction, vous allez me dire ? Bah. A peu près la même que celle du mail que le groupe m’a adressé lors de notre dernier échange épistolaire. Après plusieurs décennies à trainer du côté de chez Martine Aubry, le groupe avait finalement réussi à obtenir son ticket pour Kepler, faisant d’eux les premiers colons d’une planète où l’on n’avait pas encore expérimenté ni le dubstep, ni la rémunération des artistes grâce au streaming légal, ni la bombe atomique et encore moins les jean slim sur des gamines même pas réglées. Dans un dernier élan, Principles of Geometry m’avait fait une dernière confession à travers la banlieue intersidérale ; c’était même pas goguenard, simplement réaliste : « Je vais pas te mentir Bester, humblement , on a voulu faire un album pour l’Histoire, ça peut paraître un peu fou comme ça, mais on trouve qu’on a réussi ».

Principles of Geometry // Meanstream // Tigersushi
https://www.facebook.com/principlesofgeometry

DMD-mai

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