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John Parish, 59 ans, toujours génial

Depuis plus de 30 ans, c’est la forêt qui ne cache pas l’arbre, l’homme de l’ombre de Polly Jean Harvey qui ferraille dans son dos. De temps à autre, ce Parish couteau-suisse à la fois producteur (pour d’autres) et musicien (pour lui) tente des escapades en solo comme prochainement avec « Bird Dog Dante » à paraître le 15 juin. C’était le prétexte parfait pour composer son numéro sur Skype et retracer la carrière de ce héros très discret de la musique anglaise.

On vous a épargné un titre lourdingue, mais le fait est que John Parish porte bien son nom. Si PJ Harvey est parvenue tout en haut de sa montagne elfique, c’est en partie grâce à lui. Ca l’a certes rendu célèbre et parfois, quand le bougre accompagne l’anglaise sur l’une de ses tournées marathon, les plus érudits reconnaissent ce mec sec comme un clou au physique d’expert comptable qui, contrairement à nombre de ses confrères, n’a pas besoin du devant de scène pour exister. Cet homme dont les gens souvent oublient le nom, c’est Parish, artisan mélodiste à qui l’on doit la co-écriture des « Dance Hall at Louse Point » (1996) et « A Woman A Man Walked By », ainsi que la coproduction de « To Bring you my love » (1995) ou encore les récents « Let England Shake » (2011) et « The Hope Six Demolition Project » (2016). Autant dire que depuis le début, entre PJ et John, c’est le même destin que pour deux pièces coincées ensemble au fond d’une poche.

Il n’en a pas toujours été ainsi. Pendant six ans, de 1982 à 1988, John a commencé par voler de ses propres ailes, pas bien haut. C’était avec Automatic Dlamini, un groupe dans lequel on trouvait déjà Rob Ellis, et surtout dans lequel une certaine Polly Jean finit par s’inviter au chant et à la guitare. L’histoire est en marche, et le succès des premiers albums solo d’Harvey (« Dress », « Dry ») en pleine période grunge suffira à éteindre les ambitions de Parish, du moins pour un temps.

Pas riche numérairement parlant, John a tout de même à son actif une longue carrière de producteur, en plus des trophées accumulés avec PJ, et c’est peut-être cet élan de confiance qui va lui permettre, fin des années 2000, de se jeter à l’eau en solo. D’abord avec une B.O. pour le film Rosie, puis avec « How Animals Move », superbe retranscription musicale de ce que pourrait être une après-midi immobile sur la côte anglaise par un jour de pluie. C’est qu’on l’oublie, mais ce grand taiseux se bat dans la même catégorie que des artistes comme Tindersticks ou Beth Gibbons pour maintenir le souvenir lointain d’une Angleterre millimétrée où chaque arrangement aurait son importance, sa beauté, ses enluminures. Une musique souvent précieuse où ses parties de guitare ressemblent aux toiles de Jouy des belles maisons de Londres ; c’est à la fois suranné, élégant et lorsqu’on prend le temps d’écouter attentivement cet animal, c’est intemporel.

« Bird Dog Dante » ne fait pas exception. On y trouve un featuring – logique – avec PJ Harvey pour rendre hommage à feu Mark Linkous, des ambiances de western tourné dans le Sussex avec Mick Harvey en acteur principal ; avec comme à chaque fois l’impression très collante que Parish est l’un des derniers dinosaures de sa Majesté. Pourtant John Parish est un mec comme nous ; il a surement des problèmes de thermostat, des factures à payer, mal au dos le matin ; tout cela à la différence que lui, à 59 ans, continue d’évacuer son quotidien dans des compositions au charme mélancolique inégalable. C’est tout le propos de ce nouvel album solo agissant comme une time machine sur les oreilles transportées quelque part dans les limbes des années 90 ; à moins qu’il ne s’agisse des années 50. A force de taper sur ses instruments comme les artisans sur des casseroles en cuivre, on finit par ne plus trop savoir où ce Parish habite, et c’est précisément pour cela que l’interview Skype qui suit débute par une question toute simple. Simple, comme John Parish.

Hello John. Vous êtes où à l’instant où on se parle ?

Dans un studio de Bristol, en train de finaliser des prises de voix pour un nouvel album que je produis.

Tout cela alors que le votre sort le 15 juin. Vous ne vous arrêtez jamais, en fait ?

Non effectivement, jamais. Mais je suis dans une bonne phase, tout se passe bien actuellement.

Reprenons depuis le début alors. Mon début plutôt, puisque j’ai découvert votre travail en solo avec « How Animals move », c’était en 2001. Peut-on commencer par s’entendre sur le fait qu’aucune des questions qui suit ne mentionnera PJ Harvey ?

OK ça me va très bien, aha !

Tout de même, n’est-ce pas fatiguant à la longue ?

C’est un sujet difficile à éviter, mais ce n’est pas un problème pour moi : c’est la plus célèbre de mes collaborations, c’est comme ça, les gens vous associent à ce qu’ils connaissent le plus. Et PJ est intimement liée à une grande partie de ma carrière, c’est une amie, y’a vraiment pire comme association, non ?

D’ailleurs vous ne cherchez même pas à l’occulter puisqu’elle est présente sur Sorry for your loss, le premier « single » de « Bird Dog Dante ».

Absolument. Ca me semblait important de l’associer à ce morceau ; ce n’est pas forcément le cas sur tous les albums, mais pour Sorry for your loss, dédiée à Mark Linkous [de Sparklehorse, suicidé en 2011, Ndr] c’était une évidence : nous le connaissions très bien tous les deux, on était connectés tous les trois.

Mais pourquoi cet hommage à Linkous huit ans après sa disparition ?

Les paroles avaient été écrites très peu de temps après qu’il ne soit parti, ça trainait dans l’un des carnets où j’entrepose toutes mes idées ; les mots attendaient une musique qui a mis du temps à venir… En vérité même après l’avoir terminé, je n’étais pas certain de l’intérêt d’expliquer qu’elle lui était dédiée ; seuls les gens qui le connaissaient auraient compris les références. Et puis j’ai fini par accepter que Sorry for your loss ne soit pas une lettre confidentielle à Mark, plutôt un hommage assumé.

Et je suis désolé de le dire vu la tragédie de l’histoire, mais c’est un vrai putain de single.

Oui, j’avoue que le morceau est très catchy. C’est précisément ce qui est formidable avec la musique : l’art de connecter des événements sombres à des refrains disons, plus enjoués.

(C) Michelle Henning

(C) Maria Mochnacz

« Bird Dog Dante » sera votre premier album solo avec de « vraies » chansons depuis un bail ; les précédents essais étaient des B.O. instrumentales pour She, A Chinese et Screenplay. Comment est venu le déclic ?

Mmm… Quand j’ai commencé à bosser sur « Bird Dog Dante », l’idée initiale était de le composer en deux parties, une face avec des chansons, l’autre avec des instrumentaux. Et puis les chansons ont finalement pris le dessus, ça s’est avéré moins cloisonné que prévu. Et comme je bosse majoritairement à l’instinct, j’ai mis de coté cette réflexion, sans trop calculer. Chanter s’est avéré très naturel, d’autant plus après mes deux derniers albums avec PJ, où j’assure pas mal de chœurs. Inconsciemment, cela a rejailli sur mon propre album car en dépit des apparences, j’aime chanter. C’est un vrai plaisir.

Quel est le sens du premier titre, Add to the list ?

Ca m’est venu en lisant un article dans le journal, qui parlait de la disparition du langage. Ca peut être interprété comme une chanson sur le manque de communication dans un couple, ou sur la relation entre l’homme et la nature ; je laisse une ambigüité planer là dessus, à chacun de se faire son propre avis. L’idée était simplement de capter une atmosphère, ce moment avant le crash qui flotte dans l’air avant l’accident, comme une mélancolie.

Il faut dire que vous êtes passé maitre en la matière.

On peut le dire oui, aha ! C’est une manière pour moi de poser mon fardeau devant moi, dans mes chansons, plutôt que de le trainer dans ma vie personnelle.

(C) Michelle Henning

(C) Maria Mochnacz

Parallèlement, il y a des morceaux comme Le passé devant nous, très cinématographique.

Pour le coup, c’est le cas puisque le titre a été composé pour le film du même nom, et sorti en salles en 2016. J’avais écrit pas mal de trucs pour ce film, mais comme ça se passe souvent dans le ciné, tout ou presque est parti à la poubelle. Le truc, c’est que j’adorai ce morceau, je voulais qu’il existe et tienne debout tout seul, sans avoir besoin des images. Donc le voilà sur mon propre album.

Vous qui composez beaucoup pour le cinéma, comment jugez-vous l’évolution de l’industrie des B.O., qui contiennent de moins en moins de morceau originaux et piochent majoritairement dans les back catalogues, moins couteux pour les producteurs ?

C’est évidemment devenu une habitude d’utiliser de vieilles chansons, le boulot est déjà fait, c’est facile de plaquer une ambiance sur telle ou telle scène avec un morceau connu, et parfois, il faut bien l’avouer, ça marche très bien. Mais ça me semble être une option trop facile ; les films ont besoin de musique originale pour créer une véritable ambiance ; sans cela un tube trop marqué bouffe les images dans la tête du spectateur.

J’ai ce souvenir de Miles Davis composant la B.O. d’Ascenseur pour l’échafaud, face aux images projetées sur un grand écran. Vous, comment composez-vous une musique originale ?

Pendant le montage ou après, tout dépend du réalisateur et du moment où l’on m’implique dans le film. Parfois on me livre des scènes déjà tournées, parfois, comme avec la réalisatrice Patrice Toye, par exemple, c’est l’inverse. Pour Rosie (1998), la première B.O. que j’ai composé pour elle – et la première tout court – j’ai un script ou un synopsis. L’essentiel ce n’est pas d’avoir des images, mais une ambiance, une histoire, à laquelle se raccrocher.

Bon et si ce nouvel album était un film, quelle serait l’ambiance qui marquerait la première scène ?

Le problème c’est que ce disque n’a pas vraiment de début, aha. Je ne sais absolument pas quand je l’ai commencé en fait. Entre la production d’albums pour d’autres, les tournées avec PJ, les B.O., des morceaux comme Sorry for your loss qui prennent 8 ans à être accouchées… je ne sais plus trop où j’habite. Souvent les choses viennent d’accidents heureux, donc j’ai tout posé piste après piste, sans réfléchir à un agenda. Et pourtant, Dieu sait que lorsque je produis des albums pour d’autres musiciens, c’est la première règle que j’instaure. Forcément, pour moi, je fais tout l’inverse.

On en vient à votre travail pour les autres : j’étais très surpris d’apprendre que vous avez notamment joué de la batterie sur le premier album de Goldfrapp, « Felt Mountain ».

Surprenant… oui et non. Je connaissais Alison bien avant que Goldfrapp n’existe, et cette partie de batterie dont tu parles, pour Lovely Head [le morceau qui permettra au groupe de s’envoler plus tard, Ndr] je l’avais enregistré bien avant l’album. Nous étions déjà très proches, et ça remonte à l’époque où elle chantait avec Tricky, qui lui-même faisait les premières parties de PJ… Et le plus drôle, c’est qu’Alison chantait aussi sur mes premiers concerts en solo. C’est donc naturellement que je lui ai donné un coup de main quand Goldfrapp n’était encore qu’un vague projet dans sa tête, pour le coup, très cinématique. C’est, une coïncidence.

A quel moment avez-vous pris conscience que vous aviez, en plus d’être musicien, un rôle à jouer en tant que producteur ? De Morning Star à This is the Kit ou Aldous Harding ou plus récemment Orchestre Marcel Duchamp Tout Puissant, la liste de vos collaborations est assez impressionnante.

Je ne suis pas certain de l’avoir décidé, c’est venu à moi sans que je demande quoique ce soit. Des amis avaient un groupe nommé The Chesterf!elds, ils m’ont demandé un coup de main, et cela m’a évité d’avoir à faire le premier pas, en quelque sorte, et c’est ainsi que mon nom s’est retrouvé crédité sur la pochette en tant que producteur. C’était en 1986, et le mot s’est propagé dans les réseaux indie. Un heureux accident, encore une fois.

Que trouvez-vous dans ce travail que vous ne trouvez pas en tant que musicien ?

Pour être honnête, je ne crois pas que j’étais né pour être producteur, je n’en avais pas le caractère du moins, quand j’ai commencé. J’étais un control freak absolu ; ce qui est logique quand on y pense : un musicien qui compose son premier album sait qu’il peut aussi être le dernier, alors il désire que tout soit parfait, à son image. Avec le temps, on apprend à lâcher du lest ; on écoute davantage les autres, on laisse les idées, bonnes ou mauvaises, faire leurs chemins. Et c’est pour ça que j’ai fini par adorer la production : j’ai accepté que les autres puissent avoir de bonnes idées ! Le vrai tournant, de ce point de vue, c’est ma collaboration avec Howe Gelb, certainement le musicien le plus imprévisible avec qui j’ai pu bosser. Là, il fallait laisser les choses se passer, en faisant confiance à l’inattendu. Ca m’a servi de leçon.

Cette expérience vous a-t-elle aidé à canaliser ce chien fou qu’est Eels sur l’album « Souljacker » que vous avez intégralement produit ?

Historiquement, Mark n’est effectivement pas la personne la plus facile au monde. Je le concède. Mais nous sommes restés bons amis, et pour une raison inexpliquée, nos deux caractères se sont bien trouvées, ça a été. J’avais co-écrit pas mal des morceaux de l’album en question, ça allait bien au delà de la simple production et ce disque je l’adore toujours. J’aurais voulu faire encore davantage de choses avec lui, mais la distance entre Bristol et Los Angeles n’a certainement pas aidé.

Pour conclure, et à moins que j’ai raté une référence littéraire, comment est venu ce nom pour votre album, « Bird Dog Dante » ?

Très simple : dans un rêve. J’ai littéralement rêvé ce nom d’album, et il n’a absolument aucune signification. Au réveil, j’ai fait comme toi : j’ai été sur Google pour vérifier, ça ne correspondait à rien hormis, vaguement, à un livre de Salman Rushdie. Pourtant ça sonnait terriblement bien ! Dès fois vous pensez que les choses ont une signification, mais c’est une vue de l’esprit, c’est abstrait. Et comme je ne désirais pas que l’album porte le nom d’une chanson, c’est resté.

Voilà encore un heureux accident. 

M’en parle pas, c’est l’histoire de ma vie.

John Parish // Bird Dog Dante // Sortie le 15 juin chez Thrill Jockey
http://www.john-parish.com/

En concert le 9 aout au Festival Mens Alors (38)

4 Comments

  1. bill for u

    24 mai 2018 at 18 h 00 min

    hi old arse i’m billy childish

  2. SeX Judas

    25 mai 2018 at 9 h 03 min

    nothing compares 2U, signé le pacha

  3. U-Mec-T

    25 mai 2018 at 16 h 26 min

    pas trop CHAUDASSe la DRY quEEn.

  4. enceinte in eire

    25 mai 2018 at 20 h 14 min

    oooouuuuu je me regalai a lire les delires de ces quelquns/unes? ooouuuuuBester a t’il pû cacher ces commentaires? car il a ete ‘vilain’ aupres de certain, il est impulsif? ou grognon, ou snob du bob?

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