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ANYWAVE : WAVECORE JUSQU’À LA MORT

Dans 'High Fidelity', le anti-héro psychorigide Rob Flemming liste les dos et don'ts de l’art subtil de la compilation. Chez Anywave, label basé à Paris devenu spécialiste en musiques synthétiques et audacieuses en tous genres, on se fout royalement des règles, comme de 'High Fidelity' d’ailleurs. La preuve avec leur dernière compilation Wavecore, cinquième du nom, à écouter comme une carte postale bien timbrée.

Si vous lisez Gonzaï avec attention, le nom du label Anywave ne vous est pas totalement étranger. Défenseur des outsiders d’une certaine frange de musique (principalement) électronique pas avare en bidouillages, Anywave s’est fait connaître en partie grâce à ses compilations « Wavecore » toujours soignées, venant souligner la justesse d’un catalogue par ailleurs dense et cohérent. Rien que cette année, les sorties du ‘Mirador’ de Tropical Horses, disque lugubre et halluciné co-produit avec le label Montagne Sacrée, ou celle du dernier Schonwald (qui fait partie de ces disques passés sous silence car sortis la veille des attentats de novembre), sont venues rappeler l’importance de ce label d’orfèvres refusant les lois du cool pour inventer les siennes. En témoigne également le dernier album post-techno de Heather C Celeste, ‘Modern Death’, sorti en partenariat avec le label Lentonia, un disque cérébral et exigeant, au bruitisme étouffant, florilège de comptines pour bébés congelés.

Airb’n’wave

« Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse. » Musset, l’enfant d’un siècle passé, n’avait pas pigé grand’ chose à l’importance du packaging. Chez Anywave, l’objet-disque participe du plaisir de l’auditeur et à défaut de se bâfrer de droits SACEM, le label peut donc s’enorgueillir du travail bien fait, quitte à dilapider les tunes de son loyer en faisant des disques. Loin d’être un cache-misère, la pochette de cette compilation (sérigraphiée et numérotée comme toutes les autres par Myriam Barchechat), cache seize titres choisis avec autant de soin.

Fidèle à sa ligne, le label continue de jouer les globe-trotteurs, façon Routard de l’indie et héberge pour l’occasion des artistes venus d’un peu partout. Airbnwave, soit l’auberge espagnole où chacun ramènerait son petit plat local, des Suédois de Den Nya Borden aux Ukrainiens de †zxz†. L’Australien mnttaB, boss du label Detonic et chantre d’un punk digital, côtoie les Ricains de Spatial Relation, des New-yorkais qui font dans la minimal wave spéciale lobotomie à Guantanamo, main dans la main pour l’occasion avec la Pétersbourgeoise Atariame. Plus de guerre froide, plutôt l’union sacrée dans le brouillard et les basses températures. Les Français et Françaises sont d’ailleurs loin d’être sous-représentés, avec notamment quelques têtes connues de la scène bordelaise : les petits bijoux ambient de Fléau et Volcan – présent en solo et avec Die Ufer, son nouveau duo avec HøRD – et la techno déviante de Our Fortress. Et d’autres plus parisiennes, mais tout aussi respectables : la furie du groupe Les Hôpitaux, l’italo-parisienne Froe Char qui saccage l’héritage techno et Emmanuelle de Héricourt, alias EDH, qui livre ici un titre dans la droite ligne de son très beau dernier album ‘Lava Club’, une pop synthétique et envoûtante à la fois intime et taillée pour les clubs.

En résumé, cette Wavecore est une compile sans équivalent [1] qui se complaît dans les ornières, avec un goût affiché pour la bidouille et la brume ; et l’envie de faire du monde globalisé un terrain de jeu comme dans une partie de Risk alcoolisée. En fait, c’est un condensé des exubérances synthétiques les plus diverses – ce qui, nécessairement, donnera quelques migraines aux oreilles les plus frileuses, mais qui contraste brillamment d’avec le nombrilisme assumé d’un bon nombre de labels franco-français tendance néo-pétainiste. Et pour vous, les toqués et les maniaques des listes, mon Top 1 garanti sans objectivité : l’érotisme froid de Carve The Hour du groupe Bring Her, un duo mixte de Pittsburgh qui vient de sortir son premier EP sur le label allemand Black Verb. Un morceau tout en tension, sensualité et dissonance, et un groupe à l’image du « sound of never » d’Anywave.

V.A. – Wavecore 5 // Anywave – Sortie le 5 juin 2016
https://anywave.bandcamp.com/album/w-a-v-e-c-o-r-e-5

[1] Dans un registre quasi-similaire, on pense malgré tout à la très belle compilation du label Lentonia, ‘Planète Hurlante’, sortie l’année dernière avec des titres magnifiques de EDH, Tamara Goukassova, Opale, Alex June et bien d’autres.

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