Décrit comme "le premier long métrage documentaire sur les Doors", When you're strange promettait de nous faire passer de l'autre coté. Pourtant l'histoire, on la conna

Décrit comme « le premier long métrage documentaire sur les Doors », When you’re strange promettait de nous faire passer de l’autre coté. Pourtant l’histoire, on la connait tous. Les vagues qui s’écrasent sur Venice Beach et chatouillent les doigts de pieds de ses proto-artistes au patchouli méditatif. Les vagues de napalm qui ravagent Saigon, Phnom-Penh et l’innocence de la génération de la croissance illimitée et de la modernité récréative. Et au milieu, les Doors : les spasmes distordus d’un son en écho qui cogne jusqu’à l’insolation ; la voix caverneuse de Morrison qui tempère les envolées olé-olé de son backing band.

L’histoire on la connait tous et elle nous est narrée par Johnny Depp : acteur médiocre doublé d’un charisme en solde chez Tati. Vis ma vie de Jonas Brother quadragénaire, en somme. Une histoire déjà mise en scène à la truelle deux décennies auparavant par Oliver Stone. Val Kilmer jouait à qui pisse le plus loin avec le personnage qu’il incarnait, et Stone chargeait la mule à chaque scène jusqu’au bad trip. Une ambiance fidèle donc, puisqu’on parle ici d’un groupe dont les valves ont explosé bien trop tôt pour que le naufrage ne soit pas inévitable. On ne fait jamais dans la demi-mesure avec les Doors. Ils sont là à chaque fois que s’allume mon Ipod et leur absence rend le moindre bruit excessivement énervant. Cela dure en général trois à quatre jours, le temps que l’ivresse atteigne les cimes puis retombe et qu’ils retournent patauger neuf mois au milieu des 110 gigas octets de musique qui me servent de tapisserie.

De toute façon, eux-mêmes n’ont jamais fait semblant. Certes, c’est un poncif que de le dire.

Mais qu’importe, même leur période Touch Me, crooner à la mords-moi le nœud, cuivres cartoonesques et mauvais whisky, porte les stigmates d’une trop grande exposition au feu qui dévore de l’intérieur. Les Doors sont un condensé d’american lifestyle retapé au peyotl. Et le film de Tom DiCillo n’oublie rien ou presque : la famille de militaires qui ne pardonnera rien, le coupé qui fend la poussière sous un soleil de plomb, les références à William Blake, le futal de cuir qui réchauffe le biberon, les salles de concert improvisées, le bordel dans tous les sens du terme, l’œil bienveillant de l’Oncle Sam sur ses enfants libertaires. Et puis la touche de folie encastrée sur l’orgue de Ray Manzarek : la famille à qui on plante un coup d’Œdipe dans le dos, l’accident de la route, l’acide qui coule à flot, les organes génitaux qu’on exhibe pour rien, les flics sur scène, les procès sur des broutilles, et l’œil qui tourne d’un Ed Sullivan qui ne carbure pas qu’au jus de fruit.

La chaleur de la salle obcure est insoutenable. La machine à ambiance s’emballe au moment des déboires du groupe, le coup classique. La justice, les conflits de vestiaire et l’alcool évidemment. Au milieu du marasme, l’attention se focalise sur Morrison. C’était attendu, l’ange noir, le Faust à santiags. When You’re Strange ne résout pas l’énigme. Morrison était un pasteur autiste. D’un côté catalyseur des folies les plus dionysiennes et imagées, une toile d’Edvard Munch à lui tout seul. De l’autre, parfait crétin alignant les inepties pour politiser un propos qui n’en avait surtout pas besoin, et de mes yeux de béotien, poète bidon coincé la main dans le caleçon.

Le générique de fin tombe pile au bon moment. Moins de 90 minutes d’images d’archives montées efficacement bien que sans panache suffisent amplement. Tandis que les autres journalistes s’empressent d’acquérir un « dossier » -apparemment un prospectus promo plus détaillé- l’envie me prend de gratifier le réalisateur d’une tape sur l’épaule. Le film arrive trop tard, il est voué à vider les restes, à tringler bêtement une nana qui n’a trouvé personne d’autre. Sortir When You’re Strange en 2010 revient à imaginer que le vinyle d’Exile On Main Street sortait ce mois-ci, vingt-neuf ans après la version remasterisée aux milles extras.

DiCillo après Stone, c’est du taboulé pour le dessert. Après tout, pourquoi pas ? Renverser les codes pour avancer est le thème principal du film. Obedience is suicide, et c’est Morrison qui le dit ! Alors…

« When you’re strange », par Tom Di Cillo, en salle le 9 juin

5 commentaires

  1. Pas vraiment de quoi frimer. D’autant que les journalistes parisiens intéressés par les Doors sont essentiellement de sexe masculin. Du coup, j’ai préféré sécher l’orgie dans le théâtre après la séance.

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