Astéroïde en approche sur la planète terre, date d’impact prévue par les scientifiques munis de casques Sennheiser autour du 23 septembre. En raison du large cratère dont on annonce un épicentre pile poil sur le GQ d’EdBanger, merci de planquer gamins et télécommandes à la cave. Voilà pour l’effet d’annonce qui précède l’arrivée de ce gros bout de roche froide nommé « Lost ». Mais au delà de l’effet de surprise, on était loin de se douter que le meilleur disque de la rentrée serait l’œuvre de, euh, un DJ.

Non pas qu’on prenne cette catégorie de musiciens unijambistes pour des empotés à deux mains gauches, mais les occasions de se prendre dans la gueule des albums électroniques de la dureté d’une balle de golf se faisant de plus en plus rares, il eut été présentement plus facile de parier sur un come back de Nirvana. Cela dit, je suis de mauvaise foi. Disons qu’aucun des albums électroniques parus ces derniers mois n’a la profondeur ni la noirceur de ce troisième album de Trentemøller dont le parfum de Kryptonite radioactive s’avère nettement plus exotique que tous ces noms de clubbers allemands qu’on tente péniblement de nous vendre comme les nouveaux super héros d’un monde où porter sa casquette en biais permettrait une réussite sociale avérée.
Jusque là, que savions-nous précisément de cet homme mystérieux au nom serti d’un O barré ? Pas grand chose, voire encore moins. Douce litote. Si tout de même, deux trois détails. Un look de viking norvégien – ça tombe bien, il est Danois, deux disques à son actif qu’on n’a toujours pas écouté, des consécrations un peu partout et, pour ainsi dire, nulle part. Des mélodies pour graphistes sous-payés dans les agences, une paire de remixes pour la planète pøp (Møby, Pet Shøp Bøys, The Dø) et un nom à coucher dehors, ça ouais !

trentemoller-lost

Par sa pochette, « Lost » intrigue, « Lost » étonne, « Lost » interpelle. Une famille qu’on suppose américaine – trois obèses et un caniche, ça pose un décor – scrute un monolithe de galerie contemporaine planté dans son garage comme un pustule à Fukushima. Pochette de l’année aussi, peut-être ? La suite est encore pire. Douze œuvres avec une dream team de guests dont tu connais le groupe sans pour autant connaître le nom du leader. Jana Hunter, qu’on entend danielbalavoiner sur l’hypnotique Gravity ? Chanteuse transgenre de Lower Dens, révélation de l’année passée avec son disque « Nootropics ». Jonny Pierce, qui donne l’impression d’écouter Sting poser ses cordes vocales sur une instru’ de Massive Attack ? C’est le leader sans charisme de The Drums, l’équivalent de nos Phoenix rockeurs la nuit, comptables le jour. Quid de Kazu Makino, qu’on entend crier comme un loup à la pleine lune, dans un style pas très éloigné de Christophe sur ses morceaux électro-minimalistes chantés en yaourt (en « yop », dixit le principal intéressé) ? Rien de moins que la chanteuse nippone de Blonde Redhead. On pourrait continuer ainsi pendant des plombes, mais la vérité du disque est ailleurs. Car Trentemøller, bien loin d’être un Laurent Garnier du pauvre, s’impose sur son disque comme un chef d’orchestre ayant décidé de jouer l’ultime partition sur le Costa Concordia. Malaise à tous les étages, dépression sur le ponton du navire ; pour comprendre à quoi turbine le moteur Trentemøller il faut descendre plus bas qu’au niveau des loges VIP, précisément au niveau des soutes où une armée de lutins gavés au Xanax semblent s’en donner à contrecœur joie sur la machine-outil.

« Lost », disque résolument plombant, tient donc toutes ses promesses, et surtout celles qu’on n’attendait pas. Comme cette guitare omniprésente et d’obédience cold-wave, qui joue ici le rôle du gouvernail. Etonnant de la part d’un simple DJ. Ce que Trentemøller n’est, évidemment pas. Ou pas que. Il y a du Fever Ray dans cet album, du noir très noir ambiance carburateur en surchauffe. Hey les enfants, peut-on parler du désormais très cliché « disque rock pondu par un musicien électronique en mal d’inspiration », ambiance crise de la quarantaine pour celui qui achète 4X4 et moumoute pour faire jeune ? Encore une fausse route. Sur Candy Tongue, l’une des merveilles de ce disque, c’est le bastringue morriconesque de Goldfrapp qui reprend le dessus ; à vrai dire ce disque est une pièce démontée où les balades d’enterrement côtoient le clubbing de mariage entre gothiques, où le titre Constantinople évoque les heures les plus confuses du rock psychédélique à tendance cachetonneuse, de Goa aux free party, à tel point qu’on a parfois l’impression d’entendre UNKLE ressortir des années 2000 pour infliger à l’auditeur des coups de ceinturon derrière les oreilles.
Arrêtons-nous là pour l’excitation, « Lost » parle volontairement très mal son nom. On trouve dans cette perdition le parfait antidote à « Drive » et l’électro hédoniste qui n’aura finalement permis qu’à transformer une génération de Dj’s en marchands de tapis. Ceux de Trentemøller sont violents.

Trentemøller // Lost // In My Room
http://www.anderstrentemoller.com/

En concert au Trianon le 19 novembre

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