« Les banques sont exsangues ». J’ai tout d’abord trouvé l’expression très belle.  Romanesque et triviale. Puis à y réfléchir, l’explication de Dominique Strauss-Kahn (patron du FMI 

« Les banques sont exsangues ». J’ai tout d’abord trouvé l’expression très belle.  Romanesque et triviale. Puis à y réfléchir, l’explication de Dominique Strauss-Kahn (patron du FMI : Finances Matraquées Instantanément) sur la crise mondiale m’a laissé comme un parfum de doute sur le palais. Arlette Chabot et ses rides en stock-options avaient plutôt l’air du même avis.

« Sounds of the Universe », le nouvel album moderne des garçons coiffeurs de Depeche mode, m’a fait même impression. Un monde qu’on n’arrive plus vraiment à expliquer autrement qu’avec des mots compliqués ou simplistes, selon qu’on est banquier ou chantre de la musique pour les masses. Rationnaliser l’impensable, est-ce encore possible ? Jouir en 2009 ? Ceux qui simuleront se casseront sans doute les dents. Et même plus d’or pour combler les trous.

Dans ce contexte disco-festif à capitaux réinjectés, Fever Ray s’affirme comme l’exact contraire de tous les possibles. Froid, glacial, cold-wave, digne descendance du meilleur de Massive Attack lorsque le gang de Bristol laissait les stores encore à demi-clos. Blue lines, ou l’angoisse des années 90 qui, pensait-on, ne finirait jamais : Aimer son époque, parce que c’était la pire ; aimer le pire, parce que c’était notre époque.

« Le Titanic pour tout le monde, dansez maintenant, et attention aux glaçons ». Il y a de cela quinze ans cela avait encore un sens de se revendiquer dépressif. Hélas, la modernité nous a rattrapé et les cordialement en corps de mail ont remplacé les lamentations par fax interposés. Le divertissement a pris le pas sur la réalité ; désormais vous n’appelez plus votre meilleur ami pour lui dire que ca va pas très bien en ce moment.

Contrairement à ses petits voisins de bureau (MGMT, Vampire week-end, Empire of the sun et tout ces artefacts du bonheur à semelles compensées), Fever Ray ne tire pas sur la corde sensible variant entre hédonisme et alter mondialisme bariolé. Le premier album de Karin Elisabeth Dreijer Andersson (moitié de The knife) est un diamant noir, un joyau abyssal dans lequel on pourrait aisément s’enfermer pour les quinze prochaines années. La langueur du malaise diluée sur une heure de synthés tordus et de rites indiens passés au photocopieur. Les motifs répétitifs envoutant, Brian Eno sans la complexité, Goldfrapp au rouleau compresseur, Joy Division sans les tremblements, ce premier album éponyme (tout comme celui de Koudlam, à paraitre) est une bénédiction pour le trader moderne : rigueur, abstinence et économie d’énergie. Certains cuistres s’élèveront surement contre l’étrangeté d’un disque qui sonne, de par ses filtres 80’, comme rétro-moderne. Le terme est éculé, mais il permet encore aujourd’hui d’écouter des monolithes indémodables (Counterfeit de Martin Gore) sans préoccupation du temps qu’il fait ou du temps qui passe.

A ceux qui croient qu’être novateur c’est coller à son époque, Karin Elisabeth apporte une solution gravée dans le bitume des grandes capitales. Fever Ray n’existe pas, pas plus que vos solutions confortables, autrement qu’au ralenti. Et paradoxalement, Fever Ray ne spécule pas sur le bonheur, il l’anticipe.

Fever Ray // Fever ray // Rabid Rec (Coop)

http://www.myspace.com/feverray

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