The Doors Alive, tribute band des Doors comme son nom l’indique, jouaient à Paris le 3 juillet pour célébrer les 40 ans de la mort de Jim Morrison et ramasser du pognon – pas seulement réinvesti dans le fleurissement d’une tombe sise au Père-Lachaise. Gonzaï était présent sur les lieux, car l’on ne saurait manquer un évènement aussi improbable.

Les tribute bands m’ont toujours fascinée ; au-delà de la fanitude absolue, au-delà de l’hommage, et même au-delà du fait (avéré) qu’un tribute band gagne plus d’argent et touche plus de public qu’un groupe jouant ses propres compositions. Il y a ce fait troublant : ces gens veulent être adulés non pas pour ce qu’ils sont, mais à la place de quelqu’un d’autre. C’est ce que semble nous dire Willie Morrison, avec sa voix qu’il a dû beaucoup travailler pour qu’on la confonde avec celle du James Douglas du même nom : “Je veux qu’on m’aime pour ce que je ne suis pas.” Si le raisonnement est tordu, que dire de celui du public, tous ces fans des Doors qui ont payé pour ne pas assister à un concert des Doors ? J’ai vu des humains adultes tendre désespérément la main pour attraper celle de ce mec déguisé en Jim Morrison ; j’ai vu ces gens sourire, heureux, car ils avaient frôlé la main d’un imposteur. Un simple contact physique avec un type dont ils se foutraient comme de leur première paire de chaussettes s’il le voyaient sans déguisement, les rendait extatiques. Ben merde alors. Comme ces beaufs qui se font prendre en photo avec le faux Mickey à Disneyland… Ce sont ces mêmes beaufs qui ont payé leur place ce 3 juillet à La Cigale, et sont venus avec leurs tee-shirts tie & die à l’effigie des Doors. J’en ai même vu qui arboraient des tee-shirts estampillés « 40ème anniversaire » de la mort du roi lézard. Un maillot pour célébrer la mort de quelqu’un… est-ce bien décent ?

Ce soir, on le verra, rien ne sera décent ; après tout, pourquoi rechigner à bouffer du cadavre ? C’est bien connu, il n’y a plus guère que ces braves macchabées qui rapportent encore quelque thune à l’industrie musicale. Voyons donc quel profit nous pourrions tirer de cette foule d’Américains ayant traversé l’Atlantique pour venir commémorer la mort de leur idole cannée à Montmartre, fleurir sa tombe, et voir un type qui se prend pour quelqu’un d’autre se rouler par terre sans grande conviction.

Remarquez, peut-être vaut-il mieux aller voir le tribute band des Doors, plutôt que la vraie reformation du groupe sans Morrison, quand on sait que Manzarek et ses compères ont récemment intenté un procès à un bar parisien nommé le Lezard King, parce qu’ils ne voulaient pas que la mémoire de Jim Morrison soit associée à la consommation d’alcool. Ben ouais bien sûr les mecs, car il est reconnu scientifiquement que Morrison ne buvait que du lait-fraise, c’est d’ailleurs de ça qu’il est mort ; faut faire attention avec les produits laitiers. Vu l’état d’esprit des vioques, on préfère aller voir des jeunes hommes qui aiment sincèrement les Doors, et tentent tant bien que mal de faire revivre le groupe dont ils sont fans.

Mais venons-en à la musique (puisque musique il y a eu).

The Doors Alive est présenté comme LE tribute band ayant réussi à “capturer l’esprit des Doors”. Mieux, ils sont censés utiliser le même matériel que le groupe mythique, et présenter “un spectacle dans lequel sont recréés look, ambiance, son, présence et magie des concerts cultes des Doors.” Hum ; j’ignorais que Robbie Krieger fut manchot, que Ray Manzarek eut un son ignoble et que John Densmore fut sous Lexomil. Remarquez, ça fait bien dix ans que je n’ai plus écouté un album de ce groupe, si ça se trouve mes souvenirs sont inexacts… Ou, plus simplement, les Doors Alive sont de piètres musiciens. Le plus marquant étant sans doute l’incapacité manifeste du guitariste à jouer de la guitare. Ce brave type à chapeau est capable d’exécuter quelques notes bluesy dans la gamme aux moments des solos, et c’est à peu près tout. Où est passé l’arpège sur The Spy ? Et la slide de Not to touch the Earth ? Le guitariste ne les joue tout simplement pas. Il reste planté là, bras ballants, jambes écartées, un brin gêné. Le gros organiste, lui, touche indéniablement sa bille, mais est desservi par un son proprement dégueulasse : tel Manzarek, il joue les basses au piano, mais le son est désespérément plat et manque de groove. Quand au Farfisa, qui pourtant semble authentique, je n’arrive pas à m’expliquer pourquoi il n’a pas cette sonorité chaleureuse qui habituellement caractérise ce genre d’orgues. Là, il sonne comme un vulgaire synthétiseur. Quant au faux Densmore… Le vrai muzicos : professionnel, technique, mou, rien à foutre d’être là, il cachetonne. Il n’y a que sur les morceaux funky (Peace Frog par exemple) qu’il se lâche, et semble reprendre vie.

Le seul qui fasse un véritable effort pour ressembler physiquement à un membre des Doors, le seul qui semble vraiment motivé, c’est Willy. Willy Morrison.

Futal en cuir, boots à talonnettes, chemise blanche (ou noire pendant le second set) qui sort régulièrement du pantalon, même ceinture que l’idole, cheveux longs bouclés, petite barbe, il a étudié les postures du vieux Jim et les restitue à l’identique. Lorsqu’on le regarde, on a l’impression de voir les posters qui tapissaient notre chambre d’adolescente. Qu’il ressemble plus à Gary Oldman dans le Dracula de Coppola qu’au chanteur culte n’a pas vraiment d’importance, tant il se donne du mal pour interpréter son personnage. Incroyablement, il possède la voix de Jim Morrison. Jusque dans ses inflexions les plus subtiles. Alors, pour ceux qui ont envie d’y croire, il est facile de se laisser prendre au jeu. Pour moi, qui ne suis venue que pour rigoler un bon coup, c’est plus dur : l’imposteur chante comme Morrison, mais a visiblement du mal à croire à ce qu’il raconte. Manque la conviction. Il se jette par terre, danse, s’agenouille, harangue la foule, le pied sur le retour, mais il n’a pas la folie. Eh oui mon bon Willy, être un showman n’est pas aussi simple que ça en a l’air ; pour convaincre un public il ne suffit pas d’avoir une bonne voix et de gigoter comme il faut : il faut être habité par ce que l’on fait. Il faut comprendre ce que l’on chante, et le ressentir au fond de soi. Et ça n’a pas l’air d’être le cas de Willy qui, dans son infortune, a tout de même un avantage de taille : il n’a pas besoin d’aller chercher le public, car le public est déjà convaincu. Comme ces gens qui, à force de guetter un signe de l’au-delà, finissent par voir apparaître le visage de leurs proches décédés dans la neige de l’écran télé ; si l’on veut vraiment voir Morrison dans ce Gary Oldman au rabais, on le voit.

Pour ce qui est des morceaux, c’est bien simple, nous avons droit au double Best Of (celui orange, avec l’affiche du film à chier d’Oliver Stone). Que des incontournables : Light my fire, Five to One, LA woman, Strange days, Riders of the storm, etc. J’aurais bien aimé entendre deux ou trois chansons plus intimistes, mais pour ça je peux aller me brosser. Le premier set se termine, sans honte aucune, par When the music is over, le second par The End. Plus téléphoné tu meurs. Tant qu’à être putassier… Le public est aux anges, pensez donc, clore le set par une chanson qui parle de fin ! Sur le cultissime The End, les Amerloques sortent même les briquets. Les briquets !!! Comme à un concert de Patricia Kaas ! Z’ont honte de rien, tous ces gens.

Après l’ovation finale, Willy demande à la foule d’acclamer Jim, le vrai, celui qu’est mort. Et vas-y que j’te scande “Jim, Jim, Jim, Jim, Jim, Jim, Jim, Jim, Jim” en tapant dans les mains… Décidément, plus c’est gros, plus ça passe.

Cette triste manifestation aura tout de même eu le mérite de 1) me faire redécouvrir les morceaux des Doors, que j’aimais tant quand j’avais 11 ans et demi, et que je n’avais plus écouté depuis de nombreuses années, et 2) me rappeler pour quelles raisons j’avais arrêté d’écouter ce groupe, passé 13 ans : public de beaufs de camping, culte à la mords-moi le nœud, ridicule de certaines paroles (“Ride the snake/to the lake/the ancient lake/the snake is long/seven miles/he’s old/and his skin is cold…” – Oh la vache quand même – et après cela, les Doors ne devraient pas êtres associés à la consommation d’alcool !..)

Réentendre ces chansons à la lumière de la maturité – et d’un groupe qui ne sait pas les jouer – m’a redonné envie d’aller chercher mes vieilles cassettes audio, parce que tout de même, les Doors, ça sonnait. Puis y avaient des putains de bonnes compos.

“Rock is dead”, disait Morrison en 1969. Effectivement, dans un monde où un groupe de balloche putassier resté bloqué il y a quarante ans arrive à remplir La Cigale (26.3€ l’entrée – the scream of the portefeuille) alors que les jeunes gens qui proposent quelque chose d’original peinent à signer avec un label et ne remplissent que partiellement la Mécanique Ondulatoire, on se dit que oui, bon Dieu, rock is vraiment dead. Pour le coup, le Roi Lézard avait raison.

http://www.thedoorsalive.co.uk

  •  
  •  
  •  
  •  

12 commentaires

  1. Sortir les briquets “comme à un concert de Patricia Kaas” : ah, bon, ça vous étonne ? Mais ça n’aurait pas plutôt commencé dans les pompeuses (et pompantes) grand-messes wak ‘n’ wolle que dans les galas variétoches, le coup du briquet?
    Et puis franchement: ce groupe de bal sur la vidéo est-il tellement plus mauvais que les Doors ?

  2. T’exagères de dire dans le même article qu’ils ne jouent que les morceaux attendus du best-of, et un peu plus haut de noter qu’ils jouent “Not To Touch The Earth”, un ‘deep-cut’ et accessoirement un des meilleurs titres des Doors.

    Moi j’aime bien le principe des tribute-bands. Je pense que le faux Ray Manzarek est plus excité à l’idée d’être Ray Manzarek que le vrai Ray Manzarek.

  3. il touche sa bille le mec à la gratte, nawak ce que tu dis
    tu écoutais les doors à 11 ans : moncu
    je suis pas fan des doors mais je peux comprendre que ce genre de groupe peut avoir une légitimité auprès des fans … histoire de se retrouver entre fan et partager le même amour pour la musique des doors …
    on se doute bien que personne ne s’attend à voir le vrai groupe …
    peace

  4. Effectivement c’est nul. Mais il y a encore pire. (petit bémol ce n’est pas un orgue farfisa que le claviériste utilise mais le même que Manzarek). Manzarek avait un son reconnaissable entre tous au mélange de ses influences classiques, blues, rock et jazz, et à son orgue, un Vox Continental souvent utilisé par les groupes psychédéliques de l’époque, qu’il remplacera plus tard par un Gibson-G-101 (que le claviériste utilise dans la vidéo),
    Chose importante, la façon dont Manzarek palliait l’absence d’un bassiste au sein des Doors, en jouant lui-même les lignes de basse sur un piano Fender Rhodes.

  5. VOICI UN AUTRE TRIBUTE DOORS QUI FRISE LE RIDICULE

    THE OTHER SIDE – TRIBUTE DOORS
    Samedi 30 Avril 2016 – 20h45La Puce a l’Oreille63200 RIOM

  6. vous êtes tomber sur la tête, je vient d’écouté la version The End de ce groupe et franchement c’est super bon et côté musicale je suis fort, je suis le premier a chiale contre les star académie et the voice quand ils scrape des tonne mais la chapeau a ce groupe le rédacteur de cette article es plus cynique et de mauvaise fois que les critique de resto, c’est un jaloux frustré et dépasser ce mec

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*
*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.