Arrivé au demi-siècle non sans encombres et avec quelques poils gris collés au pare-choc, le barbu fantasque livre ces jours-ci un huitième album (« Kiss the Beast ») qui fait oublier quelques-unes de ses errances discographiques. L’occasion d’un passage en revue de l’ensemble de son œuvre, album après album, entre amour et violence.
L’Incroyable vérité (2001)
Cinquante ans après l’affaire Roswell, un Ovni survole la France et l’affaire ne fait pas grand bruit. A combien d’exemplaires s’est véritablement vendu le premier album de cet étrange garçon posant comme un cousin Corleone sur sa pochette mafieuse : 1 000, 2 000 ? On laissera les comptables de l’underground faire les comptes, mais l’arrivée de Sébastien Tellier dans l’écurie Record Makers – qui a alors le vent dans le dos avec les premiers albums d’Air dont il assurera quelques premières parties oscillant entre variations sur thérémine et grands moments de sauvagerie rock’n’roll – fait le même effet que la maxime de Brian Eno à propos du Velvet Underground : « Ils furent seulement 500 à acheter l’album, mais tous ont fondé un groupe ».
Glauque, poisseux et terriblement dépressif, L’Incroyable Vérité est avant tout un formidable chef-d’œuvre de pop progressive qui rappelle qu’avant d’être lui-même musicien, le gamin de Pontoise est le fils d’un guitariste ayant gratté des cordes chez Magma. Il en résulte un disque accouché dans le noir (la pochette) qui aurait parfaitement pu être signé sur le label Tapicoca en 1976. La même année, à titre de comparaison, Daft Punk publiera son Discovery. Pas vraiment la même sauce, comme on dit dans la rue. L’Incroyable vérité, si tant est que le disque en contienne une, fait davantage penser à un disque d’illustration sonore façon Paradia de Roland Bocquet qu’à une fête foraine spatiale avec des robots s’aspergeant d’huile anti-rouille. Moments de grâce de l’album : L’Enfance d’un chien, Fantino (placé sur la BO du Lost in Translation de Sofia Coppola) ou encore Oh malheur chez les O’Malley. Soit autant d’instrumentaux qui préfigurent du talent de Tellier pour la musique à l’image (comme en atteste la sortie de la magnifique BOF de Narco en 2004). A la réécoute de ce premier album, difficile de croire que Tellier ait pu faire une telle carrière avec un si beau suicide commercial.
Politics (2004)
Que faire après un véritable acte artistique à base de Prozac et de disques de Pink Floyd cassés à la tronçonneuse ? Réponse : un disque de mariachi sous cocaïne ! Album-concept par excellence, bien que le tracklisting soit un gigantesque n’importe quoi, Politics permet à Tellier de s’émanciper de lui-même. Au revoir l’image du musicien maudit, bonjour la version WTF. Tellier joue tantôt le clown d’Amérique du Sud (League Chicanos), tantôt un Morricone en pleine montée de LSD (Slow Lynch), tantôt un Chivers tout droit sorti du film Steak de Dupieux (où il joue un petit rôle épique). Et puis bien sûr, glissé dans tout ce bordel, il y a le tube imparable de 7 minutes nommé La Ritournelle, avec Tony Allen à la batterie ; un titre écrit en « 8 minutes » chez lui sur un nouveau piano (un Yamaha CP-80, Ndr), et dont la malédiction tient à sa beauté : avec une introduction de près de 4 minutes, La Ritournelle est impossible à placer en radio. Pas grave : le titre sera placé dans plusieurs publicités et fera le tour du monde (jusqu’aux Jeux olympiques de 2024).
Mais résumer Politics à ce seul morceau serait une erreur. Car sous ses airs très second degré (la pochette, le je-m’en-foutisme ambiant, etc.), ce deuxième album réunit également tous les cadors de la French touch ; à commencer par Bangalter qui conseille le barbu sur le matos, mais aussi Rob de Phoenix présent sur certains claviers, Phillipe Zdar de Cassius au mix, Mr Oizo sur La Tuerie sans oublier la relève pop avec Chassol (aux arrangements) ou Alice Lewis (aux chœurs). Bref : si Politics était un parti, ce serait surement celui d’un groupuscule anarchiste capable de pleurer dans une Fête de l’Huma sous ecstasy péruvienne. A ce jour, le plus inclassable disque de cette discographie tellurique et peut-être la raison expliquant que nonobstant la puissance de La Ritournelle, Tellier peine pour l’heure à gravir la marche vers le succès. L’escabeau vers la notoriété arrivera quatre ans plus tard.
Sexuality (2008)
Après le disque-concept politique, place à celui sur le sexe. Troisième disque, troisième virage. Certains pilotes de F1 sont morts pour moins que ça. Dès la publication du premier son (Sexual Sportswear), un doute s’immisce chez les fans de la première heure : Sébastien Tellier les aurait-il trahis ? Pourquoi avoir troqué sa musique prog contre cette vulgaire tentation électronique à base de machines et de nappes ? Et qu’est devenu le très discret et fondamental Mathieu Tonetti, présent sur les deux premiers disques ? La réponse tient en quatre mots : Guy-Manuel de Homem-Christo. Produit par la moitié la plus mystérieuse des Daft Punk, le disque accélère et propulse le Français dans une nouvelle cour où hipsters, puristes, médias et suiveurs de la dernière heure tentent tant bien que mal de cohabiter dans un même espace. Ça fait quand même beaucoup de monde pour une pièce si mal aérée ; certains décident de sortir.
L’arrivée du crooner déviant à l’Eurovision dans une voiturette de golf devant des femmes à barbes achèvera la mutation en Gainsbourg 2.0. Exit le Melody Nelson déprimos du premier album, bonjour au Gainsbarre capable de pondre du cul mélodique façon Mr Iceberg (Roche), des doo-wop brûlés au troisième degré (Divine) et une riposte lointaine à sa propre Ritournelle (L’Amour et la violence) avec cette intro de 80 secondes et son crescendo crépusculaire semblable au Contact des Daft Punk dans leur grand adieu.
Branché mais toujours pas populaire, celui qui très jeune fit un tour volontaire dans un hôpital psy commence à se calmer : à 33 ans, il passe désormais à la télé (et c’est catastrophique). Le début d’un long combat intérieur entre folie et reconnaissance qui va engendrer le premier faux pas d’une carrière aussi alambiquée qu’un intestin grêle.
My God Is Blue (2012)
« Je ne me suis pas rendu compte de la chance à saisir, j’aurais dû enchaîner avec un album aux chansons bien construites qui m’aurait permis de m’installer […] Cela a été un immense loupé ». Ça, c’est le principal intéressé expliquant au Monde (janvier 2026) comment après être monté sur l’échelle de la fame, Tellier en redégringola aussi sec avec My God Is Blue, un disque-concept sur la religion saccagé par Mr Flash dont on peine à retenir quoi que ce soit hormis quelques gémissements, un look à la Demis Roussos et ce beat disco sous-Cerrone (Cochon Ville). Après avoir écouté cet essai poussif où Tellier semble avoir perdu sa voix, difficile de croire encore en Dieu. On pourra à la rigueur sauver The Colour of Your Mind (une mauvaise démo de Justice passée au ralenti) et Pépito Bleu (pour sa tentation d’un disque orchestral semblable au Lux aeterna de William Sheller), mais pour le reste, dur de ne pas avoir l’impression d’écouter Richard Wagner en train de se faire écraser par le gros camion de Sam le Pompier.
Confection (2013)
Souvent tard le soir, dans quelques tavernes parisiennes aux adresses confidentielles, la confrérie des irréductibles fans de Tellier en parlent comme du « disque pas de bol ». Pas de bol, parce que Confection, avant de devenir le cinquième disque studio du Français, aurait dû être une bande son pour le film Confession d’un enfant du siècle de Sylvie Verheyde. Sauf que bah pas de bol, les musiques de celui qui vient de perdre sa grand-mère (cf le titre d’ouverture Adieu) n’ont pas été retenues au casting. Certainement vexé par ce refus, Tellier recycle alors ses compositions en vrai-faux-nouvel-album au risque de déboussoler ses fans.
Si l’habillage est joli et les cordes bien enregistrées, pour le reste c’est conforme à la pochette avec un Tellier emprisonné dans ses propres filets ; gros poisson pileux incapable de se sortir du piège dans lequel il s’est lui-même foutu. Un peu beau mais surtout très chiant, Confection est la bande-son d’un film qu’on n’a pas envie de regarder jusqu’au bout. En comparaison, la BOF réalisée en 2024 pour le Libre de Mélanie Laurent s’avère plus divertissante.
L’Aventura (2014)
C’est officiel : englué dans ses délires d’album-concept, Sébastien Tellier ne sait plus comment s’en dépêtrer ! Cette fois, il est question d’enfance et d’innocence sous inspiration brésilienne. Et le public, handicapé par ces multiples virages en chaises roulantes, ne sait plus sur quel pied danser.
En fait le problème avec L’Aventura, ce n’est pas tant la musique sous inspiration brésilienne, mais le fait qu’en 15 ans le musicien toujours signé chez Record Makers a musicalement fait le tour du cadran. Alors oui, Tellier, qu’on le veuille ou non, commence à lasser. Déjà dix ans que la Ritournelle tourne partout et que le barbu n’a pas pondu quelque chose d’aussi fort. Alors oui forcément, le disque promo de L’Aventura prend la poussière sur l’étagère des mélomanes un peu fatigués par l’exercice de style permanent ; au point que certaines blagues comme le nom du titre Comment revoir Oursinet font rapidement oublier la force du même morceau et ses 14 minutes d’oratorio tout en cordes donnant l’impression de voir une licorne dégueuler son petit-déjeuner arc-en-ciel. Mention bien à Ricky l’adolescent, single efficace inspiré par les années 80 et la série Ricky la belle vie, et les félicitations du jury pour Ambiance Rio, autre sommet du disque où Tellier fait oublier temporairement la casquette de gros rigolo qui lui colle désormais à la peau. Suffisant pour bien amorcer la prochaine chicane ?
Domesticated (2020)
Six ans sont passés depuis l’escapade franco-brésilienne et Tellier a désormais 45 ans. Un âge très midlife crisis où la logique exige qu’on s’entoure de plus jeunes que soi afin de rester dans le coup, et un piège dans lequel le Français va tomber les deux pieds devant. Finalisé par Nk.F à qui l’on doit toute la discographie de PNL (mais aussi les grandes œuvres de Damso ou Orelsan), Domesticated tente donc le coup de botox avec un autotune semblable à une teinture pour les cheveux, sauf qu’au milieu du passage piéton menant de la vieillesse à la cure de jouvence, il est cette fois question d’un disque concept sur les tâches ménagères et le fait de gérer le quotidien. « Y a-t-il encore un pilote dans l’avion », demandent en chœurs les nostalgiques du Tellier des années 2000 ? « Personne », semblent répondre à l’unisson les tableurs excel.
Artistiquement pas déplaisant, voire même en rupture avec les disques précédents où les tracklistings étaient plus fastidieux qu’un film de Jean-Luc Godard, Domesticated n’est hélas pas l’album du grand retour – malgré le très bon Domestic Tasks.
Désormais sponsorisé par Chanel et adoubé par la clique des décideurs d’agence de communication ayant grandi avec lui, le Tellier des années 2020 a bien fait le ménage : en guérissant de ses obsessions et en bâillonnant tout ce qu’il a de sombre en lui, il a paradoxalement tué ce qui le rendait si particulier aux yeux du monde entier. De ce point de vue, Domesticated sonnera aussi comme un gros coup de carwash : il s’agit de son dernier album chez Record Makers ; cette maison fidèle qui l’avait accueilli pile vingt ans plus tôt.
Kiss the Beast (2026)
« Passez notre amour à la machine, faites-le bouillir, pour voir si les couleurs d’origine peuvent revenir ». Si l’on aura bien du mal à croire que le fils légitime de Christophe ait beaucoup écouté Alain Souchon, le fait est que d’avoir changé de crèmerie et d’avoir été signé chez Because pour ce nouvel album lui a redonné des couleurs. Un rapide coup d’œil à la pochette (souvent un signe de l’état d’esprit de Tellier) permet de comprendre que le héros malgré lui du rehype French touch peine à assumer ses cheveux blancs et son âge (50 ans). Pour l’album de la maturité, on repassera. Et pourtant, dans le petit mercato de l’industrie discographique, le passage de Tellier chez Because est une opération gagnante. Ce huitième album a comme un parfum de (re)nouveau.
De fait, Refresh pousse l’écart tellement loin que toute personne normalement pas trop conne aura rapidement compris l’essentiel : après des années à sortir des disques pour rien, Tellier semble enfin prêt pour un nouveau départ. On mettra ici poliment de côté les featurings pensés pour le marché américain (Thrill of the Night avec Slayyyter et Nile Rodgers qui se calque sur une progression d’accords à la Thriller rapidement produit par Moroder, Amnesia avec Kid Cudi qui mérite bien son nom).
Le premier grand moment, c’est Naïf de cœur avec son intro à la Justice et son refrain dans la langue de Polnareff. On pense évidemment avec un sourire à L’Amour et la violence, et sans même avoir à se forcer. Ailleurs, on entend parfois un peu de Parcels (logique, le groupe australien est aussi signé chez Because) ou les Daft Punk période RAM (Romantic), et c’est somme toute assez divertissant de la part d’un homme arrivé à l’âge du dépistage colorectal. Mais là où Kiss the Beast marque véritablement des points, comme sur chacun des disques de Tellier d’ailleurs, c’est lorsque l’homme obsédé par les miroirs baisse la garde pour de vrais moments d’honnêteté. Il en résulte ici au moins trois grands morceaux, tous en français dans le texte : Parfum diamant, Un dimanche en famille et Animale. Planqués dans le brouhaha de ce disque pensé pour le chic worldwide, ils rappellent que le vrai talent de Tellier tient à ces moments sur le fil et sans fioriture où le cœur hésite entre le palpitement et l’infarctus.
Après huit disques et 20 ans de carrière, et autant d’efforts à à se planquer dans des costumes en location, le chemin de Tellier semble donc finalement se dessiner sur une ligne de crête, comme un horizon. C’est en cessant de vouloir être cette icône internationale noyée dans la masse qu’il pourrait bien sur le tard véritablement embrasser la bête et assumer son statut de crooner dégarni ne s’encombrant plus du superficiel. Une incroyable vérité pourtant dessinée dès le premier album, puis trop longtemps oubliée. Comme quoi chez Sébastien, tout est lié.
depuis My God is blue j’ai cessé définitivement d’accordé le moindre crédit à Tellier ,c’est un clown médiatique mainstream lambda ,mémé topo que pour Philippe Katerine ,99 pour cent de markéting pour 1 pour cent de musique ,c’est des laqués ,dés lèches cul et botte ,des serviteur zélé aux service dé l’industrie du disque et du pouvoir capitaliste ,c’est des pantins ,des cloportes , son meilleur album c’est L’incroyable vérité (2001) suivi dé prés par Politics (2004) ,22 ans qui se fou de notre gueule et qui roupille secs .Sébastien Tellier et Philippe Katerine sont ultra surestimé
nous a la chaude maison c’est la totale de -a certain ratio- (bootleg inclus!)
Ou elle bek promo detournée sur bfm transistord
L’album my god is blue est un chef d’oeuvre
Mathieu Tonetti est discret, mais son empreinte est énorme. Un des réalisateurs les plus talentueux de sa génération, et clairement un précurseur sur l’esthétique et la mise en image.
Tellier pas au niveau de Hubert LAVOINON c’est sûr