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25 janvier 2026

Les obsessions graphiques de Nine Antico

Débarquée dans la BD en 2008 via l’autobiographie, Nine Antico s’en était largement détachée depuis. Elle y revient avec Une obsession, son nouveau livre sorti chez Dargaud en septembre dernier. L’occasion d’accorder cette préoccupation au pluriel et de plonger avec elle dans les méandres de ses tourments graphiques.

Certaines rencontres se font comme on s’accrocherait un élastique à la taille sans faire gaffe (ça arrive) : on a beau tirer pour s’en défaire, certains finissent par céder quand d’autres vous renvoient ce à quoi ils étaient liés directement dans la gueule.

L’élastique Nine Antico s’est détendu pendant une déambulation au moment du festival Parisien Formula Bula, en septembre dernier. L’autrice y est invitée pour faire son grand déballage. Littéralement. Rôdée depuis plusieurs années maintenant, la formule est un exercice d’équilibriste dans lequel l’intéressé.e se raconte à l’occasion d’une sortie récente et mets en lumière son parcours entre anecdotes et considérations plus intimes.

Nine Antico : « On très peu interrogé sur la fabrication. On nous pose souvent des questions de l’ordre du sujet mais finalement le comment, les hésitations, etc. Par exemple, tout ce qu’on n’a pas mis dans le livre mais qu’on pensait mettre, tout ce qui a été écarté et qui se révèle tout aussi intéressant à décrypter. Pour moi, c’était important d’y participer. »

Composé d’une trentaine de personnes, le public est invité à s’asseoir ou se tenir debout dans un espace ni trop grand, ni trop petit, pensé pour la confidence mais pas trop non plus. Le milieu est juste, la place de l’artiste centrale et l’exercice atypique. Autour d’elle, étalés sur plusieurs tables: carnets, papiers, photos, livres.

© Photo Agathe Waechter-Formula Bula

Ce déballage à lieu à l’occasion de la sortie d’Une obsession, son nouvel opus paru dans la collection Charivari de chez Dargaud. Antico revient à l’autobiographie, genre qui l’avait fait découvrir en 2008. Dans une déambulation à Venise et ses canaux, elle interroge son désir, effeuille la ville autant qu’elle-même, raconte le derrière, la complexité, casse le vernis de façade. La cité italienne devient métaphore de son incarnation : ses canaux sinueux sont ceux de son esprit, ses passages obscurs, les recoins sombres de son histoire.  Elle questionne son rapport au temps, à nos corps mutants, au sexe, ses us et coutumes mais aussi le désir des hommes et de la façon qu’ils ont de le projeter sur celui des femmes. S’y ajoutent l’acceptation de soi, la honte, le consentement, l’émancipation.

Autant de thématiques qui ont régulièrement parcourues son œuvre (Coney Island Baby ou Madones et Putains) sans qu’elles ne soient directement racontées depuis sa lucarne. « Ce livre, c’est une quête de l’autonomie et de l’indépendance. »  Antico a cette capacité à mettre en mots des sentiments souvent jugés trop intimes ou anodins pour être décortiqués.

Quand on la rencontre, Angoulême sort enfin de sa mouise et le #Girlxcott fait la nique à la bien-pensance.

« Se dire que cette fois l’initiative a fonctionné et va fonctionner et qu’on a réussi à porter ensemble une impossibilité de continuer face au mépris, a quelque chose de réjouissant et de très optimiste. On ne veut pas la destruction, on veut un changement, une révolution de la pensée dominante de ce festival. Différentes manifestations vont avoir lieu à travers tout le pays. On ne va pas reconstituer Angoulême de manière locale et on est évidemment conscient du caractère morcelé des évènements. Mais Angoulême étant une vitrine importante pour tout le monde, il faut que quelque chose se produise et relance la dynamique dans le respect des auteur.ice.s qui fabriquent ces livres. »

Plutôt qu’une énième interview promo, on a décidé de la rencontrer pour mettre cette fameuse obsession au pluriel et savoir ce qui guide graphiquement son pinceau au moment de le poser sur le papier. Valeur ajoutée : le déballage, encore lui, a permis de se rendre compte de sa passion pour la musique et de se demander pourquoi elle n’a jamais eu le droit à un papier chez Gonzaï. Une erreur désormais réparée.

LE GOUT DU PARADIS (2008)

C’est ma première bande-dessinée. Je me rappelle qu’au moment de la sortir, je n’avais pas de titre. Pendant le brainstorming pour lui en trouver un, je bloquais pas mal. Les éditeurs d’Ego Comme X m’ont alors proposé « Petite pute ». J’ai vraiment cru que c’était une blague. Même si je vois en quoi ça pouvait correspondre à une certaine idée du livre, je ne l’aurai clairement pas assumé, je n’étais pas prête. « Fille facile » à la limite. Tu imagines : « Nine Antico dédicace Petite Pute au stand B18 » aha. La structure était morcelée en chapitres et le projet n’avait pas encore trouvé sa linéarité. Vu que ça parlait de beaucoup d’autres sujets, finalement j’ai trouvé que Le goût du Paradis, qui est un titre que ne je n’aurai jamais pu obtenir moi, était beaucoup plus sensé. Il vient de mon rapport à l’Italie qu’on retrouve dans Une Obsession. Là-bas, « le paradis n’a plus le même goût quand il se met à pleuvoir ». Cette phrase, qui pourrait s’appliquer à beaucoup d’autres aspects, correspondait parfaitement à l’esprit du livre. Aujourd’hui, c’est important pour moi d’avoir un titre dès le début du projet. Ça m’aide à penser mon sujet et de là découle la forme, le chapitrage, le déroulé. Comme de l’architecture.

Le gout du paradis est une autobiographie. J’ai découvert la bande-dessinée avec les auteurs américains et français. Dans le genre autobiographique, j’adorais Robert Crumb, Chester Brown ou Joe Matt. Julie Doucet, je la connaissais mais il me manquait ses longues histoires pour rentrer avec elle dans la densité d’une narration. J’appréciais son travail mais je me rends compte que je lisais beaucoup d’hommes. J’aimais leur ton, leur façon de ne pas s’épargner le ridicule, le sale, le honteux. Ces récits-là m’ont plu parce qu’ils se racontaient sans complaisance. C’est ce que j’essayais de reproduire de manière intuitive dans mes carnets quand je dessinais pendant les concerts. Je racontais ce qui me touchait directement, ma vie nouvellement libre.

EXTRAITS CARNET A DESSINS (2004)

C’est le moment où je suis allée vers des choses que je ne connaissais pas, le moment où je me suis ouvert à des types de musique dont certains avec lesquels je n’étais pas né. Le folk, le rock, l’indie, le post-punk, ce courant émergeant du low-fi dans les années 2000. Paris foisonnait de petites salles et j’allais en concert plusieurs fois par semaine, le carnet toujours à la main. J’envoyais mes dessins aux organisateurs des soirées en leur demandant de venir m’exercer.

Quand le festival Les femmes s’en mêlent avait lieu au Café de la Danse, je photocopiais mes dessins du jour pour les accrocher le lendemain dans le couloir. Les gens faisaient la queue et voyaient mes crayonnés comme une rétrospective, c’était génial. Le dessin était mon sésame et me permettait même de rentrer gratuitement dans certaines salles. C’était vraiment une période idyllique pour moi, je sortais, je ne payais pas mes concerts et je taffais ma street cred en découvrant de la musique ah ah. J’ai commencé à trier et compiler ces carnets pour faire du fanzine. On m’avait dit que le salon du fanzine avait lieu au point éphémère tous les ans. Ça m’a donné mon premier lectorat et l’impression d’avoir des choses à montrer, à raconter, à dire.

Commentaire : « Yo la Tengo est un groupe qui représente bien le son indie-rock que je découvrais et adorais dans les années 2000. Leur label Matador, mais aussi Rough Trade ou K-records étaient des mines d’or. »

LE GOUT DU PARADIS – EXTRAIT (2008)

L’élément déclencheur qui a motivé une continuité et une histoire, c’est l’envie de dessiner l’ambiance de mes dimanches en famille, quand je m’emmerdais, que la journée s’éternisait en bouffe, en tiercé, en tarot. Cette histoire est une des composantes du Goût du Paradis. Il y avait à la fois cet ennui du dimanche, ce fantasme du garçon qui était dans mes pensées et qui changeait très souvent et la vision très critique que j’avais du coté blanc/beauf de ma famille. Je n’arrivais pas à le détricoter à l’époque parce que je n’avais pas encore assez de recul.

Ce qui était évident pour moi, c’est que j’étais blanche, entouré de gens issus de familles d’immigrés de deuxième voir première génération, que j’en oubliais que mon père était aussi un immigré italien, arrivé en France dans les années 50. Je n’aimais pas la culture Française, son cinéma, Jean Gabin, tout ce qui pouvait me renvoyer vers cet aspect franchouillard. J’ai beaucoup de tendresse pour cette BD parce que je l’ai vraiment faite sans me dire qu’elle allait devenir une bande-dessinée. C’est venu au fur et à mesure des histoires. Je les sentais, elles étaient là, en moi, elles débordaient. Elles sont nées de la violence que je ressentais de mon complexe d’être blanche, d’être lâche, ma fascination pour les garçons et d’essayer de comprendre ce qu’était cette obsession. Tout ça sortait de manière très brutale. Je me souviens que je remplissais mes pages avec des petits ornements autour de mes personnages. Je ressentais ce besoin de combler l’espace. La différence avec ce que je fais aujourd’hui c’est que je n’ai plus besoin de remplir, j’ai besoin de respiration, de laisser infuser des mots ou des images. L’espace et le vide ont un sens.

AUTEL CALIFORNIA – FACE A (2014)

Autel California tome 1 - Treat me Nice

Autel California est l’un de mes livres pour lesquels je me suis inspiré de la vie de gens ayant réellement existé : Pamela des Barres, son héroïne mais aussi les Beatles, les Stones, Mama Cass, Jimi Hendrix…J’ai décidé les raconter parce qu’il y a des aspects qui me touchaient particulièrement et si ça me touche c’est que j’ai quelque chose à projeter, que leur vécu me sert à interroger un thème. La poupée Barbie est un motif récurent au même titre que la Alice d’Alice au pays des merveilles, avec cette envie forte que la poupée prenne vie, qu’elle passe derrière le miroir. C’est le cas dans Autel California justement ou j’ai travaillé l’histoire comme les deux faces d’un même disque. Livre 1, Face A, elle est devant le miroir et Livre 2, Face B, elle est passé de l’autre côté, côté backstage, côté elle fait de la musique, elle fait partie du mouvement. Passer derrière le miroir, c’est s’approprier sa vie.

Page des Libraires

UNE OBSESSION (2025) – EXTRAIT – OUVERTURE

Cette entrée en matière je l’ai questionnée tout au long du livre : c’est quoi qui justifie cette déambulation, cette dérive sur les canaux ? Il fallait vraiment que ce soit une phrase, comme un mantra que je me récitais : « le voyage était programmé, les billets réservés. Puis nous nous sommes séparés. Fallait-il que j’aille seule à Venise ? » Ces mots-là, je les ai eus à chaque passe que je faisais en me demandant si c’était le bonne entrée, le bon moyen d’ouvrir les souvenirs. Toutes les pages autour de Venise, je les ai faites en dernier. J’avais fait des essais pour voir comment elles pouvaient s’agencer mais j’ai eu cette peur jusqu’au bout, m’interrogeant sur la fluidité. Il y a toujours le risque de se rendre compte qu’une fois le chemin de fer posé, cette idée ne circule pas. J’ai eu le sentiment qu’il fallait qu’elles soient à la coupe, c’est-à-dire que le dessin déborde. Elles représentent le réel à contrario des autres qui racontent le souvenir. Les autres sont donc en marges blanches, comme cloisonnées et les souvenirs sont plus concentrés dans la page.

UNE OBSESSION (2025) – EXTRAIT

Ici j’introduis l’obsession de la bouche, d’embrasser les garçons et ce motif qui est inspiré de Man Ray et de son tableau Les amoureux – A l’heure de l’observatoire. Ces lèvres sont celles de Lee Miller, photographiées par Man Ray et agrandies, flottant dans le ciel au-dessus de l’observatoire de Paris. Elles symbolisent également son corps nu allongé.

Le tableau a été fait au moment de leur séparation et peut se voir comme le témoignage onirique d’une relation très fusionnelle. Lee Miller était une figure d’émancipation forte, photographe mais aussi égérie du surréalisme. Grâce à Man Ray, elle a eu accès à du matériel dont elle a profité pour créer ses propres œuvres photographiques et ensuite se faire connaitre. C’est en faisant le story-board que l’idée de raconter cette obsession pour la bouche m’est venue. La bouche ce n’est pas le sexe, c’est un endroit de sécurité, sans danger, presque open bar ah ah. Et puis ça conserve un aspect romantique.

UNE OBSESSION (2025) – EXTRAIT

Ce sont des vignettes que j’adore. J’ai beaucoup d’affection pour les passages consacrés à l’Italie dans le livre. L’Italie cristallise tellement de choses pour moi : l’été, la découverte de la sensualité, les premières sorties. Ces images, je leur ai donné un côté un peu jeu-vidéo parce qu’il y avait vraiment ce sentiment de gagner des points avec les klaxons des Vespa.

Ndr : Dans ce passage du livre, Nine raconte ses vacances d’été en Italie, ses déambulations accompagnées de sa cousine, six ans plus âgée qu’elle et donc plus « mature » sexuellement. Elles font face aux remarques de certains hommes, des « bellissima » lancés en l’air et les klaxons des scooters qui les croisent.

J’avais deux cousines qui avaient le même âge et quand je marchais avec elle, c’était vraiment la fanfare. J’avais l’impression de compter les coups de klaxons, comme dans un jeu. J’adorais ça. J’ai beaucoup aimé faire ces images ou moi et mes cousines apparaissons comme dans Super Mario.

UNE OBSESSION (2025) – EXTRAIT

Cette page mélange à la fois l’image du jeu-vidéo façon Super-Mario justement et cette vieille avec ce gouffre sombre derrière elle, ce noir, cet abîme. Cette idée de l’association de son âge à la mort, qu’elle ne soit plus en action sur le marché du désir et donc proche de la sortie, est pour moi une sensation très forte, que je trouve effrayante. Je suis retourné plusieurs fois dans cette rue. La dernière fois, c’était il y a trois ou quatre ans et il y avait encore la porte devant laquelle je squattais en regardant passer les vespas. C’était une belle porte en bois, faite de marbrures. Quand j’y suis retourné l’année d’après, la maison avait été vendue et la porte remplacée par une banale porte blanche toute neuve. Elle était comme une madeleine de Proust, j’étais dégoûté de ne plus la trouver. Si j’avais su, je l’aurais acheté avant son retrait ah ah. Cette porte, c’était comme mon portail vers un ailleurs, mon moyen d’échapper à la mort puisque c’est le sentiment que ces vieilles en attente dans la rue me donnaient. Aujourd’hui, il y a moins de vie dans la rue que lorsque j’étais enfant. Cette effervescence a un peu disparue…

UNE OBSESSION (2025) – EXTRAIT

Les billets achetés pour Venise m’avaient rendu complètement schizo. Devais-je y aller seul ? Est-ce que ça allait me faire du bien ? Je changeais d’avis plusieurs fois par jour mais ces questions n’étaient que la partie immergée de l’iceberg. La vraie interrogation était surtout celle de mon désir : qu’est-ce que je voulais vraiment ? Je ne savais pas ce qui me faisait du bien, je ne savais pas où j’avais envie d’être. J’avais décidé d’être seule et en même temps, ça me faisait terriblement peur. J’y suis finalement allé deux ans plus tard mais avant de m’y rendre, je tombe sur cette notule qui dit « Ce qui manque à Venise, au fond, c’est un pendant féminin de Casanova qui ne soit pas une courtisane… ». Je l’ai trouvé dans le Dictionnaire insolite de Venise qui raconte, entre autres choses, comment les gondoliers usurpent la légende de Casanova et se la réapproprie pour mieux la déformer. Cette notule m’a beaucoup inspiré : ce bouche-à-oreille réadapté, ce personnage de la courtisane, moi, puis moi en tant que courtisane… beaucoup de projections s’opéraient. 

Ca’ Rezzonico – Il rinoceronte 1751 – Pietro Longhi

Venise ce sont évidemment les masques. Ce masque noir, je le trouvais déjà très beau dans les tableaux de Pietro Longhi. Je pense au Rhinocéros qui le montre bien et qui apparait d’ailleurs en quatrième de couverture du livre. C’est une Moretta, un masque de forme ovale en velours noir, sans lanières avec d’assez grands trous pour les yeux. C’est un dérivé du Visard, un autre type de masque inventé en France au XVIe siècle, à la différence que la Moretta était saisi par un bouton entre les dents plutôt que par une perle. La personne qui le portait devait mordre ce bouton et de fait, demeurait silencieuse.
Le fait que le masque empêche la parole visait à renforcer la beauté, le mystère et l’érotisme de la personne.
Il a côté flippant, presque fantomatique. Je l’ai tout de suite associé à l’idée de la prise de parole, au fait d’apprendre à exprimer ou formuler mon désir, qu’il soit consentant ou non. Dans cet extrait, je raconte le fait que j’avais envie de m’arrêter avant l’acte mais que je n’ai pas osé dire non. Dans le livre, tout le monde porte un masque. Il me permet de m’autoriser l’intime, de ne pas être dans le réalisme et ne pas défigurer. Tout le monde en porte sauf les fameuses vieilles et mon père. En le dessinant, je me suis dit qu’il ne pouvait pas en avoir parce qu’il est sorti du marché de la séduction depuis longtemps. Il n’est plus dans le paraitre.

UNE OBSESSION (2025) – EXTRAIT

C’est un chapitre dans lequel je raconte comment je pense avoir échappé à un danger, en l’occurrence un homme plus âgé qui avait cherché à m’embobiner, en me payant un verre puis en me proposant de monter chez lui, chose que je n’ai finalement pas faite. Ici, je me projette déjà en tant que jeune femme, ce que je ne suis pas. Je suis vraiment à la lisière entre la jeune femme et l’enfant, entre deux âges et déjà sexualisé. C’est pour cette raison que je me suis donné le look d’Iris, le personnage incarné par Jodie Foster dans Taxi Driver. Elle a quelque chose de totalement décalé. Elle n’a pas les attributs de la vamp, elle est plutôt spontanée, assez nature et en même temps elle porte un short très court, un top noué. C’est le mi-chemin entre la nymphette et la femme enfant. Son interlocuteur à quelque chose de Travis Bickle, insaisissable.
Cette histoire, il faut avoir envie de la raconter, de la dessiner, il faut que je lui trouve un biais pour l’incarner. Cette rencontre avec ce mec dans un centre commercial, nos déambulations, si c’est raconté de manière normale, ce n’est pas très intéressant. Je me suis demandé comment mettre ça en scène, comment m’amuser avec les codes de la pop culture. J’aime convoquer des références picturales et le cinéma en fait majoritairement parti. Avec ce dessin, j’induis une violence sourde, qui est là, pas loin. Dans mes cauchemars, j’ai souvent eu la sensation de dévaler, de dégringoler de l’escalier. Ce motif architectural mais aussi celui de la chute, rappelle la référence à Alice dont je parlais tout à l’heure.

UNE OBSESSION (2025) – EXTRAIT

J’avais déjà utilisé ce principe de mettre des masques sur le sexe dans Autel California. Ça m’avait été inspiré par un personnage qui avait réellement existé, un fou-dingue qui faisait partie du folklore de cette époque, qui avait eu une histoire pas facile, notamment la perte d’un enfant. Je crois que c’est Pamela des Barres qui avait raconté que ce mec se baladait tout le temps à poil avec un masque sur sa bite et j’avais trouvé ça génial aha. L’image allait parfaitement avec ce côté de ne pas regarder, ajouté à la peur que ça m’inspire.

UNE OBSESSION (2025) – EXTRAIT

C’est un motif que j’ai utilisé deux fois dans le livre. Il s’agit d’une boite à magie qui existe réellement au musée de la Magie de Paris dans le marais. C’est ce fameux tour des femmes découpées. J’aimais ce motif, il correspond à une idée que j’ai filé tout au long du livre, de par la construction, les angles et la géométrie générale. Je l’ai vu comme un emboitement naturel des choses, au fur et à mesure, comme un Rubik’s cube, comme un Tetris pour rejoindre l’idée du jeu-vidéo. Ici, il y a aussi l’idée de se réaligner. J’ai souvent eu cette sensation d’avoir un trou dans le ventre quand je n’avais pas l’amour. D’avoir trouvé quelqu’un venait combler le trou. Peut-être que dans quinze ans, je ferai un livre qui se racontera sous un autre angle. On ne dit jamais tout et puis les obsessions changent. En le faisant, j’avais vraiment la conscience que c’était une autobiographie qui regardait ce qui s’était passé depuis mon entrée en bande-dessinée. J’étais prête à répondre à cet angle laissé mort depuis mes débuts.

Commentaires : « En musique actuelle, ma dernière claque c’est Doechii. Mais ce qui caractérise ma discothèque depuis quelques temps, c’est que je l’ouvre au jazz et à d’autres genres (de façon tout à fait anarchique ah ah). »

Plus d’infos sur le mouvement Girlxcott et les fêtes interconnectées de la BD : https://girlxcott.org/fetes/

Dans le cadre de l’évènement, Nine Antico sera présente :

– A Toulouse le 29 janvier prochain pour la projection de son film Playlist, précédée du court-métrage le Fond vert. La projection sera suivie d’une rencontre avec l’autrice-réalisatrice.

– A Marseille le 31 janvier à l’occasion d’une table ronde intitulée « Female Gaze en BD : s’émanciper via un nouvel imaginaire érotique » aux côtés de Claire Fauvel, Adèle Mesones et Morgane Tocco

– Tout a long de cette même journée, Nine Antico partagera l’exposition « Desiderata » avec Spinkle, Lusted Men, Claire Fauvel toujours, Elodie Lascar et Lucile Ourvouai. De 12h à 19h à la Librairie Friche & Labo Friche.

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