Pour faire mon inventaire personnel des années 60 et 70, autant puiser dans un stock (abondant) d’images d’Epinal. « Sex, drugs, and rock and roll » dixit Ian Dury. Moi aussi. Bruce

Pour faire mon inventaire personnel des années 60 et 70, autant puiser dans un stock (abondant) d’images d’Epinal. « Sex, drugs, and rock and roll » dixit Ian Dury. Moi aussi. Bruce Paley itou. Sauf que, contrairement à ma petite personne, ce dernier a vécu le grand – le vrai – plongeon dans les deux décennies psychédéliques. De quoi accroître des envies de défoncer les idées reçues. Il a son vécu. J’ai le mien : à mon goût, suffisamment de matière pour faire mon propre récit « beat generation ».

Bruce Paley : né en 1949 à New York. Soit 18 ans lorsque que se pointe le Summer of Love. De quoi raconter une autobiographie sincère, sous forme de bande dessinée, le tout illustré par sa femme, Carol Swain.

Clément : né en 1985 à Nice. Soit 24 ans lorsque se pointe la fin des années 2000, avec ces aléas existentiels « en veux-tu en voila » et son bordel idéologique généralisé. Le terreau fertile pour un bon road-movie opérationnel. Personne pour illustrer mes propos. Pas grave, tant qu’il me reste les mots… What else ?

Analyse de la situation. Ça commence un peu comme dans Sur la route de Kerouac. Bruce, binoclard à la tignasse grasse, vêtu d’un t-shirt Donovan, est blasé de sa vie new-yorkaise. A sa copine Janet, 16 ans. « On a déjà parlé de la Californie. Et si on y allait ? » Jusque là, le flux de la BD remplit plein pot mon bain de préjugés. Je connais la chanson désormais : triptyque « frustration, tout faire valser, à l’aventure… ».

Moi, Clément, 18 ans en 1967, Côte Est en force, bienvenue dans le Var. Malgré tout mon amour pour mon territoire riche en soleil et en ressources viticoles, j’ai des envies de West Coast à la française. Finis les terrains de pétanque et le pastaga. Je veux faire du surf, et sentir claquer l’iode Atlantique sur mon visage décharné par les boutons d’acné. Blasé, annonçant à ma petite copine de l’époque :  » Et chérie, rien à foutre : si on se barrait à Bayonne ? »

Putain, ça ne marche pas. Même une BD va me mettre à l’amende au niveau road-movie spirituel-quête-initiatique-je-fume-des-bédots-j’observe-les-étoiles-à-l’arrière-d’un grand-van-avec-l’Amérique-la-vraie-qui-met-des-chemises-à carreaux-crasseuses ? J’ai beau reprendre ces mêmes recettes éculées (et néanmoins encore efficaces dans Rock‘n roll life), et non de nom, je sens déjà vos rires moqueurs derrière vos écrans d’ordinateur. Le rock en français, ça ne marche pas, OK… Mais la littérature, bon dieu ! Relecture du bouquin pour en extraire la substantifique moelle qui – c’est sûr – m’est passée sous le nez. Je n’ai aucune excuse, ayant les images et le texte à ma disposition : la formule marche, encore…

Revoilà Bruce et sa copine. Sur la route, encore. Arrêt dans un Diner’s miteux. Un escroc leur pique leurs affaires de camping. Les deux tourtereaux se raccrochent à une vieille branche familiale qui traîne dans le coin. Mais Bruce repart seul : sa copine en a déjà sa claque de pérégrinations sans horizons…

A mon tour :

Je fais une pause à Aubagne. Ma copine m’a lâché à la Ciotat. Il pleut des cordes sur mon crâne de skinhead. Pas le moment de s’en rouler une. L’autoroute du Soleil porte vraiment mal son nom. Merde. Faisant dos à mon objectif « côte ouest », je continue, à reculons, orientant mon pouce dans le but d’être pris en route par un automobiliste charitable. Le temps passe. A reculons. Sans tellement m’en rendre compte, je viens d’arriver à l’aire d’autoroute de Lançon de Provence. J’use de mes dernières économies pour m’offrir un bon casse-dalles à l’Arche Restaurant. Une fois fini mon festin (j’étais aux barres céréales depuis trois jours), je passe par les toilettes afin de continuer mon voyage dans les meilleures dispositions. Les commodités sont barrées par la serpillère du technicien de surface (quelle appellation à la con). Je pose mes affaires pour demander au gars s’il en a encore pour longtemps. Je me retourne. Mon sac Adidas a disparu. Le nettoyeur de chiottes me dit qu’il a rien vu. Journée de m…. M’en fous. Je trace ma route. Toujours dans l’espoir de rencontrer les beatniks bayonnais, décrits par K…. mon auteur favori.

Je laisse tomber. Pas de puissance. Pas de rêve. Reproduire un schéma approuvé par un couple de générations ne fonctionne pas forcément.

Pourtant, loin des mythologies hippies, des dizaines de « rise-and-fall » publiées et cousues de fil blanc, je me sens plus proche des chroniques de Bruce Paley. Rock’n’roll life, c’est du vécu, de plan foireux en plan foireux, raconté par un looser-junkie-malchanceux. Un beatnik, un vrai, très spontané un peu stupide mais honnête avant tout. Pareil pour moi, moins le côté « junkie » et « malchanceux »… Un tiers de beatnik quoi…

Alors que valent mes quelques esquisses de périple fictionnel ? Pas grand-chose ? Absence de rêve américain ? De grands espaces ? Pas de réponse à ça. Il est vrai, le contexte n’est plus le même. Et puis, il serait indécent de rester bloqué dans les rouages de l’omnipotente nostalgie sixties… Cependant, qu’ai-je fait, mis à part de lire des « classiques » beatniks pour avoir ma petite part de rêve itinérant ? Il n’appartient qu’à moi de me faire ma Rock’n’roll life. Manque juste les voyages. Alors, il s’agit juste de partir. Il s’agit…

Et puis reste le côté « looser »…

Bruce Paley, Carol Swain // Rock’n’roll life // Editions Ça et là.

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