Après plus de 20 mails de relance et trois coups de fil nocturnes du célèbre barbu à casquette mal rasée, Gonzaï ne pouvait pas laisser passer l'opportunité, publier un texte de contre-culture T

Après plus de 20 mails de relance et trois coups de fil nocturnes du célèbre barbu à casquette mal rasée, Gonzaï ne pouvait pas laisser passer l’opportunité, publier un texte de contre-culture Theoliesque. Ca parle de lui, de Belgique, d’une poignée d’iconoclastes en tongues perdus loin du domicile et ca leur a couté environ cinquante euros d’essence. The Moules Mystery Tour, récit d’une micro-aventure par des maquereaux-emmerdeurs. Une critique corporate, par Cyril Lener.

Le Moules Mystery Tour, ça parle d’héroïsme. Pourtant, c’est un objet étrange, un lecturockumentaire road movie. Pour tout dire, un film qui commence plutôt mal. Son introduction est proprement atroce.

On y voit des jeunes dans une voiture (des jeunes jeunes et des vieux jeunes… qui paraissent parfois plus jeunes que les premiers) tenir des propos post modernes sur tout un tas de sujets dérisoires sans Kurt Russel et sa Death proof car pour mettre fin à tout ce tapage. Sans station service texane infecte et bercée par le ronronnement rassurant d’une tronçonneuse au loin pour achever les palabres. Rien de tout cela… juste des scènes vaguement sympathiques avec des jeunes vaguement chiants, en route vers on ne sait trop quoi. A un moment, la fine équipe arrive en Belgique et l’on se prend déjà, consterné et au désespoir, à rêver, pour y mettre un peu de vie, de blagues racistes sur les flamands, la pédophilie et les baraques à frites… Caution sexy du naufrage, deux jeunes femmes sont très présentes à l’écran. L’érotisation latente multiplie les questions quand au devenir narratif de ce qui s’annonce, minute après minute, comme un objectif nul. Quand alors ? Quand Marjolaine S. arrêtera-t-elle de poser et faire cette moue qui me fout les glandes ? Quand Aurore Molière (vibrante duettiste vocale, qu’on a connu en Marianne écorchée et ironique sur scène) sortira t’elle de la réserve tiède de son siège arrière ?

Une question en appelle une autre… C’est quand Secret Story ?

Parce que quitte à regarder dans le puits sombre du vide autant pouvoir s’y dégourdir les yeux… que ses parois reluisent au moins du foutre de la France profonde, de son inculture franche comme un rot, de son amour du libéralisme fécal à forme humaine et de sa collection de tampon usagés élevé au rang de « moi j’existe ». A un moment, il est bien question d’un canon de beauté exotique. D’une bombasse fédératrice propre à introduire de force un soupçon de dramaturgie porn-amat dans ce huis clos nomade. Mais ce n’est qu’une semelle de vent de plus à Charleroi. L’ombre d’une rumeur. La copine d’un organisateur (de la lecture auquel Théolier participe) qui n’a sans doute pas préférée apparaître à l’écran. Au stade où je vous parle, le hypeux de base qui s’est procuré le DVD du Moules, pour prouver qu’il est bien du SDH auprès de ces proies étudiantes en socio/art plat, a probablement éteint le DVD et reprit son air blasé de jeune con à qui j’invite, sans animosité ni paternalisme (notez bien !), à se coller une mandale. Sit the mothefucking down, watch and learn, petite merde !

Le Moules mystery tour, ça parle d’héroïsme.

Encore faut-il en distinguer ses moments de bravoures émergeant. A commencer par celui de Jean Louis Costes, ce monument culturel érigé au nom de la crudité sentimentale, dont chaque élan d’amour finit par vous percer le crâne comme une scie sauteuse, se prend la tête avec un ingé-son récalcitrant. Il le fait presque par devers lui. Ce type qui a consacré à sa vie à produire un râle d’agonie, ou plutôt d’impossibilité de vivre, d’une violence telle qu’aucun des spectateurs de ces représentations ne puisse un jour l’oublier… ce type-là, en face d’une petite contrariété, fait tout pour éviter le conflit. Il reste poli, contenu. Quand le malentendu avec l’ingé-son a visiblement trop enflé pour pouvoir en détourner les yeux (sans doute aussi parce que la qualité de sa performance à venir est en jeu), il essaye de crever l’abcès, mais sans emportements. Une modération exemplaire et aux antipodes de celui, possédé qu’il devient sur scène. Jean-Louis Costes est de ces héros qui ont recours à une cabine téléphonique pour devenir un mythe à l’abri des regards. Puis sortir au grand jour et répandre sur le monde la bonne nouvelle d’une souffrance hystérique, incontrôlable. Jean Louis Costes doit être un homme timide parce que lorsqu’il s’incarne enfin, il fait bouillir le sang furieux d’un chœur antique malade mais réincarné. C’est une puissance tragique, dans son expression la plus pure, familière (et par là même inquiétante) qui s’arrache à sa gorge de forçat. « Je suis une merde mais une merde amoureuse ». Jean Louis Costes est un héros au sens classique du terme et la sincérité de son art constitue un exemple pour qui a ambition de devenir un jour un homme dans toute la beauté violente et fraternelle de son espèce. Il est l’alpha d’une exemplarité… à laquelle succède une autre.

En comparaison, TH (le jeune vieux jeune) ne monte pas vraiment sur scène. Il parle d’offrir un OB au public. Il y a un punk qui propose de le sucer et il raconte quelques conneries…

En réalité, il se révèle impossible de décrire exactement ce qui se passe quand TH entame Baiser avec une boat people... il y a ce glissement imperceptible. On n’a rien vu venir. Pendant une demi heure, TH vous a fait croire qu’il tenait son rôle de branleur hypé dans son uniforme bien connu, (sa casquette paris, ses sacs ED). Il vous a dressé un couvert sur la table de ce bordel apparemment sans importance parce qu’une fois sur scène, l’appel lunaire d’une époque en manque de héros le changerait en loup. Mais TH est une lettre volée. Il était pourtant là partout où vous avez posez les yeux pendant cette introduction road movie casse couille. Vous n’aviez rien vu venir. Une prise conscience tardive qui ne survient qu’après une ou deux minutes de Baiser avec une boat people, son tube insubmersible… Soudain ces quelques mots, balancés sur cette guitare faussement malhabile et débraillée par Alister, réunissent le monde autour d’une plateforme houellbecquienne. Désespérée mais jouissante. Tournée contre le monde, contre la vie. Tout contre. Il y a que TH n’est pas un héros au sens classique. Il est l’incarnation légitimement auto proclamée d’un mythe d’un genre inédit. Il est Travis Touchdown (No More Heroes). Héros du quotidien. Qui n’est pas héros parce qu’il sauve ou défend mais parce qu’il incarne un idéal, même quand il dort, même ivre mort. Il est le produit de son auto fiction, de son exemplarité. TH n’a plus besoin d’une double vie, il a réussit à rendre sa propre vie mythique… il n’a plus à utiliser la cabine téléphonique pour se transformer. Il est. La rançon et le sacrifice de son geste, c’est qu’il ne sera jamais un mec normal tant il assume, du héros épique, toute la part d’ombre et de trivialité. Tout ce que vous ne lirez jamais dans les livres de contes modernes Closer ou Entrevue. Car contrairement aux usual suspects paris-itaires de notre inconscient (inutile ici de les name-dropper si la chute de leurs noms ne nous en débarrasse pas complètement), l’exemple de TH nous apprend à vivre. Contrairement à l’immense majorité des putes branchaga avec lesquels il feint la parenté, TH mérite d’être étudié.

S’il ne fallait retenir qu’une seule leçon de ce film trop long et qui commence mal, elle prendrait la forme d’un moralisme inespéré. Des héros, nous nous voyons transmettre l’inspiration à faire un monde meilleur. A sa façon dépravée, rigolarde, toxique et généreuse, TH est de ceux là.

Illustration: http://www.marjo-lain.net/

Vincent L’hostis // Not for Production // Commander le DVD  – la page du MMT

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