Journaliste. Pour certains, ce mot se réduit au synonyme d’une profession prestigieuse, pour d’autres ce n’est qu’un vulgaire tremplin vers la gloire. Aux yeux d’une minorité d’illuminés, il s’agit d’une vocation profonde. Mais quand la réalité rattrape les apprentis Pujadas, ce métier devient rapidement le tombeau de leurs meilleures années et le rêve se transforme en mirage cruel. Reportage au cœur d’un monde étrange où les plus bizarres sont devenus professionnels depuis longtemps, comme disait l’autre.

Le ciel s’assombrit drôlement ces derniers temps. Impossible d’affirmer depuis quand exactement : les attentats de 2001 ? L’avènement de Sarkozy en 2007 ? La crise mondiale de 2008 ? L’élection, en mai dernier, de François Hollande, qui semble déjà faire flop ? Pour dissiper la morosité ambiante, il est tentant de se laisser guider par ces voix criardes, celles des médias hurlants comme des poissonniers prêts à tout pour vendre leurs infos toutes fraîches. Erreur fatale. Le danger d’ingurgiter de l’info en masse consiste à laisser son esprit critique s’endormir tranquillement, de la même manière que l’ogre gave les enfants pour mieux les dévorer. Il y a deux ans à peine, j’aurais été prêt à croire n’importe quelle nouvelle sortant de la bouche maquillée de la présentatrice de TF1. Mais plus maintenant.

Pour nombre de journalistes, ce métier fut un choix de raison et non de cœur, tout comme les artistes ratés se convertissent en animateur télé. Mannequins névrosées, musiciens déçus, sportifs dans l’âme : rares sont les étudiants en journalisme à présenter cette profession comme une vocation chevillée au corps. Avec un matériau aussi malléable, l’abus est facile pour les écoles chargées de former les journalistes de demain. Déontologie, éthique, valeur ; ces mots y trouvent peu d’écho dans les esprits.

À la frontière entre journalisme et communication, les écoles peinent à tracer une ligne claire, volontairement ou non. Dans cette période confuse, on a pourtant sacrément besoin de redonner un sens à l’actualité, avant que ce ne soit elle qui donne un sens à nos vies. Les journalistes qui sortent des grandes écoles ont-ils ce pouvoir ? Un seul moyen de le savoir : fourrer son nez là où certains se le pinceraient avec dégoût. En d’autres termes, essayer de faire son job de journaliste.

Premier pas…

En 2011, une bombe éclatait dans le petit monde des écoles de journalismes : c’était le classement StreetPress des meilleurs établissements en la matière. Sur le podium trois géants : le CFJ, l’ESJ Lille et l’IUT Lannion. Étonnamment, aucun d’eux n’a daigné répondre à mes questions. Après tout, ils n’ont rien à y gagner, à part le risque d’égratigner une précieuse image de marque. Car en vérité, ce classement a fait grincer des dents plus d’un directeur d’établissement. J’ai là le terreau idéal pour débuter ce reportage. Profiter des failles pour creuser la roche. C’est avec cet objectif en tête que je m’entretiens quelques jours plus tard avec Magali Bonavia, directrice de l’Institut Européen de Journalisme. Pour autant, je n’y vais pas en journaliste lambda ; depuis plus d’un an j’y suis étudiant. Inutile de préciser que dans ces conditions, le choix de mes questions est délicat. Après les politesses d’usage, l’entretien débute réellement.

Magali Bonavia : Je vais vous le dire franchement, le classement StreetPress m’a échaudée. Le journaliste s’est contenté de faire un simple travail de communiquant. Il a pris pour argent comptant tout ce qu’on lui a rapporté.

Gonzaï : Justement, ne trouvez-vous pas qu’à l’heure actuelle la frontière entre journalisme et communication tend à s’estomper ?

Magali Bonavia : Je ne dirai pas cela comme ça. C’est vrai qu’il a pu y avoir des abus à une époque et qu’il existe de nombreuses passerelles entre ces métiers, comme le brand journalism, qui consiste à mettre les méthodes du journaliste au service de la communication. Mais je pense que quelqu’un qui est vraiment passionné par le journalisme ne souhaitera jamais devenir un communiquant.

Et concernant les étudiants à l’IEJ ou ailleurs, ne pensez-vous pas qu’ils ont tous un profil similaire ?

Magali Bonavia : C’est-à-dire ?

Ils sont généralement issus de foyers aisés. Cela ne crée-t-il pas une homogénéité nuisible ?

Magali Bonavia : C’est intéressant que vous disiez cela, parce que ce n’est pas mon sentiment. Chaque année, à la remise des diplômes, on voit défiler tous types de personnes. C’est vrai que le coût d’une école de journalisme est élevé. Mais tous les étudiants ne sont pas des fils de, il y en à qui travaillent à côté pour s’offrir ces études ou dont les parents se saignent pour les payer.

Mixité sociale dans les écoles de journalisme, donc ? À l’occasion, il faudra que je demande à Marie Drucker son avis là-dessus, si elle n’est pas trop occupée sur le canapé rouge de Tonton.

« Putain, cette salope vient de me mettre une amende sur ma Mini !
– Et alors, tu t’en fous ce n’est pas toi qui paie.
– Ça fait chier quand même. »

C’est typiquement le genre de conversations que vous pourriez entendre en allant rôder aux alentours de n’importe quelle école de journalisme. On se croirait à la sortie d’une usine FHM. Après une étude rigoureuse de la question, je suis d’ailleurs en mesure d’affirmer qu’il y a autant de fils d’ouvriers journalistes que de jeunes SDF au ministère de l’Égalité des territoires et du logement.
Voilà les étranges méditations qui m’amenèrent à me prélasser devant la télé ce soir-là. Une bière froide à la main, j’admirais ce que le journalisme d’investigation avait de mieux à offrir : Zita, dans la peau d’une femme obèse. Le pitch est simple ; une journaliste mince comme un fil se force à avaler tout ce qui passe à sa portée pour ressentir les méfaits de l’obésité morbide. « Mince alors, on a versé des champignons dans ma bière ou quoi ? », me demandai-je. Mais je n’hallucinais pas. J’avais sous les yeux une merveilleuse caricature de journalisme d’investigation à une heure de grande écoute, rien de mieux pour faire rêver la ménagère de moins de cinquante ans.

L’aventurier de l’info perdue

Quelques jours plus tard, en faisant un tour aux abords de CELSA Paris-Sorbonne, l’école d’information et de communication, je suis loin de me douter de la rencontre que je vais faire. Ma demande d’entretien avec le directeur de l’établissement s’est soldée par un échec, un de plus. Pourtant, j’ai cruellement besoin d’info à me mettre sous la dent. C’est alors que je l’ai vu. Il sortait de l’entrée principale en zigzagant ; j’avançai vers lui en titubant. Il a suffi que nos regards se croisent pour savoir que nous appartenions à la même espèce. On se retrouva vite à discuter en amis de longue date dans un bar non loin de là. Le jeune homme venait de terminer sa licence de journalisme et, à l’entendre parler, j’ai ressenti l’étrange impression de me voir dans un miroir.

« Ce métier, c’est juste un nom, qu’il me dit, dans le fond on lui donne le sens qu’on le veut. Certains le voient comme un hobby, un passe-temps, mais pas moi. J’essaye de leur faire comprendre, mais ils ne veulent rien entendre. » Je savais ce qu’il voulait dire, même si je n’étais pas sûr de le comprendre entièrement. « Je vais te dire franchement, qu’il enchaîne, les vrais journalistes sont une espèce en voie de disparition ; si tu veux vraiment en trouver, arrête de fouiner dans les écoles, va jeter un coup d’œil chez Mediapart. » Cet inconnu avait peut-être raison, pourquoi ne pas tenter ma chance après tout ? C’est ainsi qu’une rencontre fortuite m’amena une semaine plus tard à m’asseoir face à Christophe Gueugneau, rédacteur en chef adjoint de Mediapart.

Gonzaï : Mediapart est un site d’investigation, est-ce que cela a encore du sens de nos jours, à l’heure où l’info devient de plus en plus un produit marchand ?

Christophe Gueugneau : C’est d’autant plus important, au contraire. Toutefois je ne définirais pas Mediapart comme un site d’investigation, c’est un terme trop policier, je dirais plutôt qu’il s’agit d’un site où l’enquête est au cœur de la machinerie journalistique. Et s’il y a déclin de l’investigation, c’est parce qu’il y a déclin du journalisme en général.

La rapidité de l’info a-t-elle tué le journalisme ?

Christophe Gueugneau : Le problème est que de nos jours, le journaliste est poussé par la pub à calibrer au mieux son article, à se focaliser sur le buzz, la petite phrase et l’info un peu fun du moment. Surtout sur Internet, le journaliste répond à la demande au lieu de proposer une offre. Sur Mediapart, c’est la démarche inverse, on creuse le sujet au lieu de l’effleurer. On fonctionne sans aucune publicité, cela garantit notre indépendance. Je discutais il y a peu avec le directeur de publication d’un site d’information, il me disait qu’il doit diviser sa publication en trois parties : un tiers pour l’info pure, un tiers pour le commentaire d’actualité, et un tiers pour la pub. Or, le journalisme d’audience prête à tout un tas de dérives.

Est-ce la faute aux journalistes qui sortent d’écoles trop formatées ?

Christophe Gueugneau : Selon moi, ce n’est pas la faute du petit journaliste qui fait ce qu’on lui demande. C’est la chefferie qui est responsable. Lorsque j’étais étudiant, je me souviens que l’on nous disait : une entreprise de presse, cela reste une entreprise, il faut gagner de l’argent, il y a des modèles économiques à respecter. À mon avis, les étudiants ont trop intégré ce message, ils sont très cyniques sur leurs métiers, et je comprends que beaucoup d’entre eux ne pensent qu’à trouver un job pour gagner leur vie, en se disant qu’ils verront ce qu’il feront de sérieux plus tard.

Bon sang, curieusement cela fait à la fois du bien et du mal à entendre. En rentrant chez moi après cette interview, je suis gonflé à bloc pour écrire un article en béton. Pour affirmer bien haut que dans le fond, la qualité d’un journaliste dépend surtout de celui qui l’exerce, qu’au bout du tunnel brille une fébrile lueur d’espoir capable de tirer cette profession hors de la fosse à purin. Arte diffuse d’ailleurs ce soir là Les Hommes du président, film racontant la révélation du scandale du Watergate en 1971 par deux journalistes chevronnés, bref le rêve de n’importe quel journaliste sérieux. Tandis que j’écris les lignes de cet article, un souvenir me revient soudain en mémoire : brand journalism. Avec lui me vint cette interrogation lugubre : et si moi aussi je n’étais qu’un vulgaire communiquant prêt à tout pour gagner de l’argent dans ce métier pourri ?

Dans la ligne de mire

J’avance à grands pas depuis deux semaines pour finaliser l’article, quand des faits bouleversent la donne. La mort du journalisme est le sujet le plus sérieux qu’un journaliste puisse aborder. Je ressens donc pas mal de pression sur mes épaules, surtout depuis le jour où l’un des mes professeurs m’a déclaré : « Tu sais, je t’ai défendu par ce que j’aime ton écriture, tu as un vrai style. Mais fais attention, ici tu es dans la ligne de mire. D’ailleurs la directrice était à deux doigts de te renvoyer l’année dernière, alors fais profil bas. »

Saloperie, le cours des choses commence à m’échapper. Il devient impératif de finir l’article le plus rapidement possible et prier pour qu’il passe inaperçu auprès de l’école, ce qui, après l’interview de la directrice, semble perdu d’avance. Soit, foutu pour foutu, autant foncer.

Il y a pas mal de choses à jeter dans les écoles de journalismes, que se soit à l’IEJ ou ailleurs. À force d’assister à des cours au sein de n’importe quel établissement, un même constat revient : la forme compte davantage que le fond. On vous apprendra à vous servir d’une caméra, mais pas à comprendre un sujet ; on vous dira comment écrire un bon papier, mais pas à soulever la crasse en filigrane. « Être journaliste, c’est avant tout apprendre à fermer sa gueule. » Cette phrase fut mon premier enseignement en école de journalisme. Le ton était donné.
Heureusement, l’entretien passé avec Christophe Gueugneau m’avait appris une chose fondamentale : la qualité du journalisme dépend surtout de ceux qui l’exercent. Beaucoup de journalistes professionnels sont très lucides vis à vis de leur profession. Et le hasard veut que parfois, ces messieurs donnent des cours dans des écoles de journalisme pour compléter leurs revenus :

“Timisoara, retenez bien ce nom car il fait date dans l’histoire du journalisme, c’est son point le plus noir. Je me souviens très bien, c’était en 1989. Je devais avoir dix ans quand les images du charnier de Timisoara sont passées à la télé. Pour la première fois, je voyais des morceaux d’êtres humains, des jambes en sang, des morceaux humains en putréfaction. Encore aujourd’hui, je garde ces images en tête. Tous les médias ont sauté sur l’affaire. Nous étions en pleine guerre froide et, en Roumanie, le régime du dictateur Ceausescu était déstabilisé par des révoltes. Pour tous les médias, il y avait d’un côté le méchant tyran Ceausescu contre le gentil peuple épris de liberté. À la télé, on parlait de 70 000 personnes tuées pendant la répression, nous étions sous le choc. Libération parlait de ‘bennes à ordures pour transporter les cadavres’. Et voir les images de ce massacre à la télé à révolté toute la France.”

Évidemment, ce n’est pas le genre d’annonce facile à digérer un mercredi matin à 9 h 30, mal réveillé et la tête endormie. Mais dès les premiers mots il devenait impossible de baisser son attention. J’avais cru entendre le pire, mais ce qui allait suivre était effroyable.

“Quelques semaines plus tard, on a finalement appris la vérité. Toutes les images diffusées étaient bidons. Des corps avaient été déterrés d’un cimetière pour pauvres afin de les exhiber devant les caméras. Au lieu des 70 000 tués, on en comptait en réalité 700. Les bennes à ordures pour transporter les cadavres, les labyrinthes souterrains de la police secrète, les tortures à l’acide sur les opposants, tous avait été inventé.” (D. Lortholary, journaliste sportif)

J’en avais assez entendu pour la journée. J’ai désespérément besoin de souffler un peu. Ce n’est pas une chose facile de comprendre que le métier vous avez choisi n’est qu’un cloaque d’imposteurs. Pourtant, quelques jours plus tard, j’en apprends encore une belle : “Et Patrick Poivre d’Arvor ? Le maître des journalistes, hein ? Pourtant, en 1990, après son interview controversée de Saddam Hussein en Irak, il sait que la presse va lui tomber dessus. Que fait-il alors ? À l’aéroport de Bagdad, il enlève une fillette de 18 mois dans sa valise, et il rentre en France. Il atterrit et lorsque la presse débarque il ouvre son sac et déclare : ‘J’ai peut être interviewé un tyran, mais moi, j’ai sauvé une fillette !’” (B. Combaud ; intervenant en institutions politiques et géopolitique).

Bon sang, n’y a-t-il donc pas un journaliste digne de ce nom dans ce pays ? Ou bien sommes nous tous aveugles au point d’en être devenus malades ? Où est donc la morale dans cette sale histoire ? Pourquoi des sites comme Mediapart sont relégués dans les catacombes de l’information pendant que des figures grotesques comme PPDA sont passées à des heures de grande écoute ? Un confrère bien connu de tous aurait pu définir la situation de la manière suivante : peur et dégoût. La peur de sombrer dans les travers du journalisme de masse, le dégoût de faire partie de ce système aliéné.

  •  
  •  
  •  
  •  

19 commentaires

  1. Je vais me faire l’avocat du diable mais je trouve tout cela un peu convenu, un peu attendu. J’ai l’impression qu’on enfonce une porte ouverte avec l’histoire PPDA, c’était il y a quand même, euh, 20 ans… à ce moment là on peut aussi remonter à la fausse interview de Castro, dix ans avant.
    Pourtant les exemples contemporains sont nombreux: Pujadas, Barbier, tous les CDI de D8, NT1, bref toutes les chaines du câble.. autant je peux comprendre que personne ne t’a répondu pour tes demandes d’interview – et là c’est pas de bol, toi t’as fait ton boulot – autant la fin du papier sonne un peu comme la synthèse d’un mémoire d’école de journalisme, justement.

  2. C’est dommage que tu n’aies pas réussi à entrer en contact avec l’IUT de Lannion (en 2007) Je suis diplômée de cette formation et s’il y a bien une chance qu’on apprend c’est à ne pas être formaté, à être critique envers les médias et qu’on va en baver…

  3. La médiocrité du journalisme aujourd’hui en France peut aussi s’expliquer par des facteurs économiques, comme l’explique ce livre, écrit par l’un de mes profs justement : http://fr.novopress.info/125450/les-patrons-de-la-presse-nationale-tous-mauvais-de-jean-stern/
    Par ailleurs, l’EMI-CFD (école des métiers de l’information, où j’ai été formée) dispense un enseignement de qualité (je trouve), où l’on ne s’assoit pas sur la déontologie pour complaire aux annonceurs. C’est vrai que j’y ai croisé assez peu de fils d’ouvriers, mais ça s’explique par le fait qu’on explique rarement aux prolos que leur progéniture pourrait avoir accès au métier de journaliste : généralement, les conseillers d’orientation des collèges de ZEP te conseillent plutôt les métiers du bâtiment, de l’aide à la personne ou de la restaurations…

  4. Je comprend ce que tu veux dire Charline, mais ce ne sont que des mots. Les personnes réellement “non-formatés” n’enseignent pas dans les écoles. Quand l’un de mes profs qui travaillent à France 3 nous dit ne ne pas être formaté, cela me fait sourire…

  5. Rien de franchement nouveau sous le soleil depuis Les petits soldats du journalisme (et ma modeste expérience au CUEJ)… 🙂

    Une école de journalisme ca sert finalement à qu’à former des techniciens de l’information (comment écrire un papier, monter un sujet, prendre du son, etc) et trouver des stages pour ensuite espérer décrocher un CDD renouvelable ad vitam eternam dans un “grand media”.

    Quant au manque de diversité sociale dans les écoles, c’est pas tant un problème d’orientation des élèves qu’une simple question financière. Faut déjà pouvoir décrocher une licence (ce qui élimine déjà pas mal de monde), se prendre dans l’idéal une année pour préparer les concours, et ensuite s’enquiller un tour de France des écoles (et à 100 euros l’entrée au concours en moyenne+le billet de train+l’hotel, ca commence à faire une jolie somme)

    Enfin, à titre perso, ce qui me gêne le plus vis à vis de ces écoles c’est une vision super étriquée du journalisme :
    – Le nez dans l’actualité (aka le fil AFP et la reprise/copie de sujets publiés dans d’autres journaux) et en dehors d’elle rien n’existe. Ce qui est assez dramatique.
    – Quasiment aucune prise en compte des changements du métier (j’espère que ca a changé depuis mais la formation au web que j’ai pu avoir était ridicule, avec un pauvre cours où on apprend à faire une requête sur google… Et le niveau web du journaliste moyen en France, pour ce que j’ai pu en voir, est assez catastrophique).
    – Et surtout pas de capacité à réfléchir à de nouveaux formats ou une approche transversale du journalisme (pouvoir mélanger plusieurs compétences – graphiste, développeur web, universitaires, etc – )
    Bref, autant faire un pas de côté et faire du journalisme selon sa définition propre, ca sera toujours plus intéressant que d’avoir une jolie carte de presse en se fadant un boulot impersonnel qu’un robot fera mieux que nous dans quelques années 🙂

  6. Mouais sans vouloir être méchant on n’apprend pas grand chose dans ton article, ce qui est, à mon sens le sel d’un bon papier.
    C’est un peu entre oh les grands méchants loups et une lecture de stephane Hessel. On a un peu envie de te dire pauvre petit chou …

  7. Ce sujet mériterait une enquête d’investigation poussée pour ne pas s’arrêter à des stéréotypes éculés. Des journalistes issus de milieux modestes ça existe – on en trouve moins que des personnes friqués qui ont en plus un bagage culturel familial adéquat – mais pour ça il faut se balader dans les IUT et BTS de province et les filières en alternance. Dommage pour l’IUT de Lannion mais tu pouvais aller en visiter d’autres qui tranchent avec les écoles élitistes parisiennes.
    J’en suis la preuve vivante (j’ai fait un contrat de qualif’), même si j’ai du lire beaucoup plus de journaux/livres que les autres pour avoir un bon niveau de culture générale et accepter de bosser pour des journaux de presse professionnelle (très formateur par ailleurs) dans tout et n’importe quoi avant de faire ce que je voulais, parce que le seul piston que je pouvais avoir c’est celui d’un moteur par mon oncle garagiste, trop cool tonton.
    Apprendre les techniques de base c’est important pour devenir un bon journaliste, poser une problématique rigoureuse, trouver un angle original, poser les questions qui font mouche en interview, surtout si ta famille ne peut pas t’aider (en grosse prolo je peux m’accrocher pour trouver une aide critique dans mon entourage).
    Une formation en école ne garantit pas un bon esprit critique et ne forme pas des bons journalistes à 100 % mais ça aide à être rigoureux. Pour faire une enquête d’investigation une interview ou un reportage terrain, il faut être méthodique comme le serait un historien, un chercheur ou un flic, ça s’apprend, et la médiocrité de certains journalistes tient aussi à l’amateurisme de leurs méthodes de travail.
    Pourtant certains discours de l’école il est vrai m’ont hérissé le poil (les sujets “bandants et sexy, etc) on prend ce qu’on veut au final de cet enseignement et ça permet de faire le tri entre ceux qui ont un esprit critique et ceux qui suivent les recommandations de l’école à la lettre.
    Le copinage professionnel tue l’embauche au mérite aussi, et ça les journalistes aujourd’hui se gardent bien de le dire en étant les premiers à bénéficier des piges de leurs potes. J’ai eu tous mes jobs sur offre avec Cv et LM, dans plein de domaines différents à force d’accepter tout, ce qui est un vrai atout maintenant même si ça m’a soulé, je connais peu de journalistes qui ont accepté ça, beaucoup par idée de “noblesse de la profession”, etc. C’est très formateur et je déplore le manque d’investissement de beaucoup de journalistes qui veulent un job en or tout de suite, leur manque d’ouverture à des sujets trop sérieux ou non culturels, etc.
    Aujourd’hui je suis satisfaite de mon taf en CDI dans un domaine très prisé par mes chers confrères (j’en connais qui se mettrait une plume dans le uc et ferait l’avion pour avoir mon taf), à force de ramer on y arrive quand on fait l’effort de bien bosser, et les gens qui bossent avec toi savent à quoi s’en tenir aussi ils te font des lettres de recommandations sincères, t’intègrent dans leur réseaux. Je remercie mon école de journalisme de m’avoir donné une formation de base qui n’est que la première pierre d’une expérience journalistique que j’ai construite, sans ça en tant que petite fille de mineur et fille de prolos qui a grandit en HLM j’aurais pas eu les outils nécessaires.

  8. Tout ça pour ça, j’ai envie de dire…C’est ce qu’on appelle survendre un papier dans ce milieu. Très peu d’investigation. Oh zut, personne n’a voulu me répondre alors j’interviewe de manière anonyme un étudiant en journalisme rencontré dans la rue. Et c’est censé être représentatif? Allez, finis ta formation, commence à travailler, ponds quelques enquêtes potables et après tu pourras poser un oeil un peu plus objectif sur la profession. J’ai fait une école de journalisme reconnue mais publique. Mes parents sont issus de la classe dite moyenne et je n’ai pas eu de prêt à rembourser.

  9. Vive la manipulation d’information!
    Dernier exemple: OUEST-FRANCE oblige un de ses magazines BRETONS à changer de titre.
    Présentant les résultats d’un sondage IFOP – BRETONS, le magazine titrait sur un résultat surprenant:
    “18 % des Bretons pour l’indépendance” (33% de la classe d’âge 18-24 ans. L’indépendance de la Bretagne étant un sujet tabou en France alors qu’il ne l’est pas au Canada pour le Québec, en Grande-Bretagne pour l’Ecosse, en Espagne pour la Catalogne, les zélés patrons de OUEST-FRANCE décident de retire des kiosques les exemplaires livrés. Une nouvelle édition semble prévu avec cette fois un titre plus mou sur l’histoire de la Bretagne!!! Et , que font les journalistes de OUEST-FRANCE: aucune réaction à ce qui est pourtant une forme de manipulation de l’information, de censure. Mais, OUEST-FRANCE a déjà un passé peu glorieux: il s’appelait OUEST-ECLAIR pendant la seconde guerre mondiale et collaborait ouvertement.
    Le journalisme à la française fait des pleutres, des lâches, des couards, des veules, de vrais chiens de garde comme le disait Serge HALIMI.
    Pas étonnant avec leurs écoles de journalisme et leurs formations universitaires d’une médiocrité sans égale.
    Boycottons OUEST-FRANCE!

  10. J’ai beaucoup aimé ton article, sans forcément adhérer de façon aveugle à ce que tu dis. Mais il a au moins le mérite de dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas à mon avis. Par contre, si tu ressens déjà un manque de motivation maintenant, tu risques de sombrer dans la dépression en sortant de l’école. La vie de pigiste est loin d’être rose, alors si tu n’es pas motivé et rempli de courage à 100% tu risques de vite t’essouffler. Crois-moi j’en sais quelque chose. Je suis diplômée depuis 2010 et je suis déjà à deux doigts d’aller postuler dans un magasin tellement j’en peux plus de ne pas trouver de boulot (même comme pigiste) et de ne pas gagner ma vie…La seule chose qui me retient encore un peu c’est un dernier sursaut d’orgueil, me dire que je n’ai pas fait tout ça pour finir vendeuse de vêtements (avec tout le respect que j’ai pour cette profession). Courage, il faut t’accrocher si tu veux réussir…Et si tu y arrives, n’hésite pas à partager la recette avec d’autres. Et surtout n’oublie pas comment c’était quand tu étais étudiant/stagiaire. La plupart des journalistes/rédac chef ont tendance à oublier la galère que c’est au début quand on cherche à se lancer et à percer. Ils semblent prendre un malin plaisir à mépriser et rabaisser les ptits jeunes qui commencent et n’ont aucune expérience…Une question de territoire sans doute, ils ont peur de se faire piquer leur place dans un domaine si compétitif.

    Sans parler du fait que ce n’est même pas forcément le travail bien fait qui te permettra de te distinguer. Des journalistes qui débutent et qui font très bien leur travail il y en a plein. Le tout est de trouver la bonne personne en face de toi, celle qui se fichera que tu n’aies pas d’expérience et qui accordera de la valeur à la qualité de ton travail, et pas au diplôme que tu possèdes…Et crois-moi ce genre d’interlocuteur est le plus dur à trouver…Sans vouloir te démotiver 🙂

  11. Full disclosure : je suis étudiant à l’ESJ Lille. Mon opinion n’engage que moi. Ces bases honnêtes posées, je te donne mon avis.

    Article médiocre, qui tombe dans tous les travers qu’il dénonce. Où est ton travail d’enquête ?
    Que la déontologie soit bafouée par de grands noms de la TV et que l’info accélère, c’est pas nouveau et ça existait avant le web. Le “c’était mieux avant, ça date de Sophocle”. Et comment prendre un article au sérieux lorsque l’auteur se décourage parce qu’il prend trois refus au téléphone ?

    Si tu voulais faire un vrai reportage sur les conditions d’enseignement dans les écoles, il suffisait de trois clics sur Facebook, de voir qui était ami pour te mettre en contact avec les gens qui likent les pages officielles – qui sont soit des étudiants, soit des anciens – et là t’aurais eu du témoignage, de la matière pour raisonner, étayer ou nuancer ton propos.

    Au lieu de ça, tu fais comme les journalistes parisiens overbookés que tu dénonces. Un coup de métro pour aller à Mediapart et 5min à la porte du CELSA, et tu penses avoir un article. Où est la notion de “reportage”, ou même le “journalisme” dans tout ça ? Si t’avais eu la curiosité de t’intéresser, t’aurais par exemple pu apprendre qu’à l’ESJ, il y a les travers que tu dénonces : copinage, calibrage des cours en fonction des besoins des médias, etc., mais aussi des éléments indispensables à la formation d’un bon journaliste : cours de déontologie, sessions consacrées aux angles originaux ou décalés, cours d’enquête pendant deux mois dirigé par David Servenay – qui est loin d’être un nouveau venu – et encadré par une équipe d’une dizaine de journalistes, dont une membre de ton très cher Mediapart. Bref, j’en passe.

    Au lieu de faire un article, tu es parti avec une idée préconçue et tu as rassemblé 3-4 éléments pour confirmer ta thèse. Tu bidonnes peut-être pas comme PPDA, mais tu ne donnes rien à voir hormis des clichés. Donc s’il-te-plaît, ne viens pas nous faire le coup de “l’aventurier de l’info perdue” quand il y en a qui se cassent le cul à se former pour essayer de faire un journalisme honnête, malgré les conditions économiques de plus en plus difficiles de ce métier.

    Écrire des reportages à la Hunter S. Thompson, c’est très chouette quand c’est bien fait. Sauf que faut pas oublier un truc. Le mec était génial et légitime quand il était présent dans ses papiers, en immersion : Hells Angels, Fear and Loathing in Las Vegas… Y a plein d’autres moments où il s’est chié dessus parce qu’il ne faisait pas le taff. Comme lors du combat Ali/Foreman en 1974 où il a passé son temps complètement bourré à la piscine de l’hôtel, pendant que Norman Mailer était aux aguets, en train d’écrire un bouquin haletant : Le Combat du Siècle. Je suis désolé pour toi, mais quand je lis ton “reportage”, j’ai l’impression que toi non plus, t’as pas décollé de la piscine.

    Après, Gonzaï ne t’as peut-être pas payé pour ce papier. Dans ce cas, tu es tout excusé et on en revient au titre de ton papier : la mort du journalisme… Parce que peu de gens sont prêts à payer ou à participer pour une information de qualité. Au fond, le public – concept qui nous inclut également nous, les journalistes – n’a peut-être que l’information qu’il mérite.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*
*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.