Saisir de nos jours la comédie humaine au sein d’un festival normand nommé Le Rock Dans Tous Ses Etats? J’aurais préféré mêler Woerth à un scandale sexuel. Fort heureusement il semblerait que le comité à l’origine de cette farce ait également son mot à dire en matière de magouilles. On ne peut malheureusement pas parler d’un scoop, les affaires étant les affaires.

Chargés comme des ménagères à la sortie d’un centre commercial, nous arpentons fièrement l’asphalte brulant en direction des festivités. Sous un soleil de plomb, bouteille tiède dans une main et tente décathlon dans l’autre, nous savourons l’effort d’une bonne randonnée pédestre. Une vague allusion renvoyant à un quelconque périple avant l’arrivée en terre promise met tout le monde en appétit et c’est sans la moindre complication que l’apéritif commence à raconter sa vie. Comme tous les ans, l’enceinte du festival s’est rétractée et la programmation, jadis de bonne qualité, n’est plus que le reflet d’elle même. A l’heure de cette 27ème édition, le Rock dans tous ses états a roulé sa bosse, ne conservant en guise de public que quelques puristes de longue date au milieu des gamins venus faire leurs premiers faits d’armes. Dans le camping, on crame les premiers pétards et on trinque à grand coups de bouteilles en plastique d’alcools pré-mélangés. Certains sortent les djembés et les guitares sèches, d’autres font carrément la bonne blague des Vuvuzelas. Très vite, on a envie de leur enfoncer ces damnées trompettes de la mort bien profond dans les intestins et explorer ainsi les possibilités cachées de l’instrument. C’est cependant peine perdue dans cette canicule où chaque geste entrainant un quelconque effort se doit d’être justifié. Un peu plus loin, sur scène, les groupes commencent à s’enchaîner sérieusement et vidant promptement nos verres, nous prenons la direction des concerts.

Bonne entrée en matière aux alentours de 20 heures. C’est un guitariste australien, un genre de John Butler 100% acoustique, qui nous badigeonne à grand coups de Bottleneck. Jeff Lang, par ses Folksongs très roots, ouvre relativement bien les hostilités de la soirée. Comme tout les ans le son est beaucoup trop fort et risque vite de devenir insupportable. C’est finalement ce qui arrive avec les Tambours du Bronx. Il faut dire que vue l’atmosphère caniculaire, il ne fait pas spécialement bon taper sur de la ferraille. J’attendais quelque chose comme The Stomp mais cet orchestre qui n’a de new-yorkais que le nom, n’est pas groovy pour deux sous et me secoue beaucoup moins que je  l’avais escompté. Ils m’ont purement et simplement cassé les oreilles pour finalement me casser les couilles. Fort heureusement le festival dispose de trois scènes. Deux grosses ainsi qu’une petite (La Gonzo Mobile) pour les Boys Band locaux. Mais non, un rapide passage devant cette dernière me renvoie directement à la case camping et à quelques bières éventées.

Infectious Grooves, fusion boulimique.

Un court entracte et je reprends le chemin des concerts, bien décidé à assister au show de Pete Doherty accompagné de son nouvel orchestre, les Babyshambles. Malheureusement l’ami P.D. et ses danseuses en tutu ne méritent pas qu’on se fasse l’avocat du diable. C’est donc ni plus ni moins que de la grosse merde, de ce coté là on savait au moins à quoi s’attendre. A l’entrée du festival, un type se fait passer à tabac par les vigiles, tout est parfaitement normal: les groupes s’enchainent sans pour autant laisser d’adresse (on en oublie jusqu’à leurs noms). C’est seulement aux environs de 23 heures que les choses prennent enfin tournure. Infectious Grooves remet presque les pendules à l’heure avec sa grosse Fusion West Coast. Faute de mieux tout est là. Un batteur qui fait dans le spectaculaire, des grosses guitares et un bassiste dont le jeux de slap prend plus de place sur scène que la graisse du chanteur. Probable qu’à eux cinq et si on parle de poids, les  membres du groupe dépassent tranquille la demi tonne. Trop occupé avec les californiens, je passe à coté du show de Dan le Sac vs Scrobius Pip, qui valait pourtant le détour. Un petit retour au camping me permet d’éviter les Pony Pony Run Run et, du même coup, une montée d’herpès vraiment pas nécessaire. On ponctue la soirée par un DJ set (si si je vous jure). Danger, plus ou moins superflus, nous fait notre affaire à l’heure où la majorité du public fonctionne de toute évidence en mode sans échec. Je me souviens seulement (et encore, vaguement) d’une interminable coupure de courant et d’un staff incapable de régler le problème.

Trois heures du matin. Tout est clair à présent. Nous sommes des créatures de débauches, définitivement vouées à faire n’importe quoi dans un camp de prisonniers grillagé. Tout autour de nous, des sentinelles patrouillent sous le feu des projecteurs, tenant d’une main leur molosse et se lissant la moustache de l’autre.

_T’es défoncé?
_Oui sergent chef.

Les concerts du soir sont à présent oubliés et ce dont sera fait demain ne compte plus. Le grand banquet a commencé. La fumée des aquariums s’évadant des tentes Quechua se mêle à la brume naissante et les bouteilles vides se font légions sur une pelouse tout à fait dégueulasse. Nous sommes dans une précarité fictive, un bidonville installé en deux jours, habité d’une population partiellement illettrée pour la durée du festival et dont le seul moyen de subsister réside dans la taxe (OCB, matos, clopes…). A l’aube, le fond de tiroir restant est tellement démoli par les effets combinés de l’alcool et du pétard, qu’il en devient presque impossible d’établir un “sans blanc” de conversation. Néanmoins, le spectacle de ces êtres errants entre les tentes dans les premiers rayons du jour demeure à mes yeux plus saisissant que tout ce qui a été vu sur scène plus tôt dans la soirée. Loin d’une quelconque représentation dramatique des clichés de notre temps, j’y trouve les saveurs du parfait désordre, l’esprit tellement brouillé qu’il en est impossible d’émettre la moindre réflexion. Ça vous plonge dans un état de contemplation qui vous mène, aussi serein qu’une vache sacrée, tout droit au fond de votre sac de couchage.

http://www.lerock.org/

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